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  • Aide alimentaire américaine : Washington rouvre les vannes, mais sous conditions

    Aide alimentaire américaine : Washington rouvre les vannes, mais sous conditions

    L’aide alimentaire d’urgence financée par les États-Unis entre dans une nouvelle ère, marquée par un resserrement des conditions d’octroi. Après le démantèlement de l’USAID en 2025, le programme historique Food for Peace, créé en 1954, a été transféré au Département américain de l’Agriculture (USDA), une agence qui ne dispose pas de l’expertise habituellement requise pour la réponse aux crises humanitaires. Un nouvel accord conclu avec le Programme alimentaire mondial (PAM) illustre ce tournant doctrinal.

    Ce texte impose que les denrées distribuées dans sept pays jugés prioritaires par Washington soient désormais cultivées, transformées ou conditionnées aux États-Unis. Cette clause de préférence nationale rompt avec la pratique du PAM, qui privilégiait depuis une quinzaine d’années les achats locaux ou régionaux pour soutenir les producteurs proches des zones de crise et réduire les délais d’acheminement. Or, le PAM tire environ 40 % de son budget des contributions américaines, ce qui limite sa marge de négociation face à ce nouveau cadre.

    Plusieurs pays africains confrontés à une insécurité alimentaire sévère figurent parmi les zones concernées, du Sahel à la Corne de l’Afrique, en passant par la République démocratique du Congo et le Soudan. La contrainte logistique n’est pas anodine : des denrées achetées en Tanzanie, en Ouganda ou au Sénégal pouvaient atteindre les zones de crise en quelques jours, contre plusieurs semaines pour un acheminement transatlantique depuis le golfe du Mexique.

    Plus préoccupant encore, une analyse du Council on Foreign Relations relève que le programme Food for Peace, dans sa configuration actuelle, oriente une partie des denrées américaines vers des pays jugés hors urgence, en contournant des zones pourtant proches de la famine comme la Somalie, le Soudan du Sud et le Soudan. Sur les 1,2 milliard de dollars que représente le programme, une partie significative des fonds de l’exercice 2026 reste encore à engager.

    Pour les gouvernements africains, l’équation se révèle délicate. Accepter une aide désormais conditionnée revient à composer avec une dépendance accrue aux circuits américains, alors que plusieurs unions régionales, à l’image de la CEDEAO, travaillent depuis une décennie à renforcer la souveraineté alimentaire du continent. La refuser exposerait en revanche les populations les plus vulnérables à des ruptures d’approvisionnement immédiates, dans des régions où l’aide internationale reste, pour l’instant, difficilement substituable.

  • Semences africaines : la Déclaration de N’Djamena pose les termes d’une souveraineté à défendre

    Semences africaines : la Déclaration de N’Djamena pose les termes d’une souveraineté à défendre

    Il arrive que des conférences produisent des textes qui, au-delà du symbole, tracent une ligne politique claire. C’est ce que vise la Déclaration de N’Djamena, adoptée début juin 2026 à l’issue de la quatrième Conférence panafricaine sur la gouvernance des semences, organisée par l’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA).

    Pendant trois jours, organisations paysannes, mouvements de femmes et de jeunes, chercheurs, parlementaires et institutions régionales venus de 20 pays africains ont convergé vers la capitale tchadienne pour arrêter une position commune sur l’avenir des systèmes semenciers du continent.

    La déclaration part d’un constat chiffré et documenté : les systèmes de semences gérés par les agriculteurs fournissent 90 % des semences utilisées sur le continent. Ce sont eux qui nourrissent des millions de familles. Pourtant, ces mêmes systèmes sont sous pression croissante — lois semencières restrictives, concentration industrielle du secteur, et désormais numérisation qui risque de transformer le patrimoine génétique de l’Afrique en actifs privés contrôlés hors du continent.

    Face à cette dynamique, la Déclaration de N’Djamena formule six affirmations fondamentales :

    • Les droits des agriculteurs à conserver, utiliser, échanger et améliorer leurs semences sont déclarés non négociables ;
    • Les systèmes paysans sont reconnus comme autonomes et légitimes, et non comme une étape transitoire vers un modèle commercial ;
    • La diversité des variétés locales est présentée comme un atout stratégique pour l’adaptation climatique et la nutrition ;
    • Les femmes agricultrices sont explicitement reconnues comme gardiennes et innovatrices indispensables ;
    • La biodiversité semencière est qualifiée de bien commun, non privatisable ;
    • La numérisation agricole est placée sous exigence de gouvernance africaine souveraine.

    Le texte s’adresse directement aux États membres de l’Union africaine, aux communautés économiques régionales, aux gouvernements nationaux, aux institutions de financement et aux parlementaires. Il leur demande d’aligner leurs politiques, leurs budgets et leurs lois sur ces principes — notamment dans le cadre du protocole de propriété intellectuelle de la ZLECAf.

    Derrière la rhétorique, l’enjeu est concret. Qui contrôle les semences contrôle une part déterminante des systèmes alimentaires. La Déclaration de N’Djamena pose le principe que cette question doit être tranchée en faveur des peuples africains, et non au profit d’intérêts industriels exogènes. Son impact dépendra désormais de la capacité des signataires à en faire un levier de réforme tangible dans les arènes politiques nationales et régionales.

     

  • Coopération agricole : le Vietnam veut renforcer son ancrage en Afrique

    Coopération agricole : le Vietnam veut renforcer son ancrage en Afrique

    Le Vietnam veut ouvrir une nouvelle séquence dans sa coopération agricole avec l’Afrique. À Hanoï, le ministère vietnamien de l’Agriculture et de l’Environnement a lancé, le 29 mai 2026, un groupe de travail dédié à la coopération Sud-Sud dans le secteur agricole, avec l’objectif de mieux coordonner les programmes, les transferts de technologies, les projets d’investissement et les partenariats entre entreprises vietnamiennes et pays africains.

    Cette initiative traduit une ambition claire : faire de l’agriculture un axe stratégique de rapprochement entre le Vietnam et le continent africain. Le pays asiatique dispose d’une expérience reconnue dans plusieurs filières clés, notamment le riz, le café, le poivre, les produits de la mer, le bois, l’élevage, la foresterie et l’irrigation. Pour les autorités vietnamiennes, cette trajectoire peut inspirer plusieurs pays africains confrontés à des défis similaires : sécurité alimentaire, faibles rendements, dépendance aux importations, vulnérabilité climatique et besoin de transformation locale.

    Le groupe de travail aura pour mission de structurer une coopération jusque-là jugée trop fragmentée. Il devra connecter les ministères, les instituts de recherche, les entreprises, les experts et les partenaires internationaux autour de projets concrets. Les priorités annoncées portent sur le riz, le café, la pêche, l’élevage, la foresterie, l’agriculture verte, l’agriculture circulaire et l’adaptation au changement climatique.

    Pour l’Afrique, l’enjeu est double. Il s’agit d’abord d’accéder à des technologies agricoles adaptées aux réalités des pays du Sud, souvent moins coûteuses et plus faciles à répliquer que les modèles importés des économies industrialisées. Il s’agit ensuite de faire émerger de nouvelles chaînes de valeur, en associant production, transformation, logistique, commerce et formation.

    Le Vietnam, de son côté, voit dans l’Afrique un marché d’avenir pour ses entreprises agricoles. Le continent dispose d’un potentiel foncier, humain et climatique considérable, mais reste confronté à des déficits de productivité et d’infrastructures. La coopération annoncée pourrait donc ouvrir des opportunités dans les semences, les équipements, l’irrigation, la transformation agroalimentaire et les services agricoles.

    L’enjeu sera désormais de passer des annonces institutionnelles à des projets opérationnels. Pour les pays africains, cette coopération ne devra pas seulement se traduire par l’arrivée d’experts ou d’équipements étrangers, mais par un véritable transfert de compétences, une appropriation locale des technologies et une capacité accrue à produire, transformer et commercialiser sur place.