Étiquette : cacao

  • Barry Callebaut veut tripler sa production de chocolat et renforcer la traçabilité du cacao ivoirien

    Barry Callebaut veut tripler sa production de chocolat et renforcer la traçabilité du cacao ivoirien

    Le groupe suisse Barry Callebaut veut tripler la capacité de sa ligne de production de chocolat en Côte d’Ivoire. L’ambition, présentée le 6 octobre 2026 à Abidjan par son président-directeur général Hein Schumacher, s’inscrit dans un programme de croissance sur dix ans. Le groupe prévoit également de faire passer l’ensemble de ses achats de fèves par le Système national de traçabilité (SNT).

    L’annonce marque une nouvelle étape dans le développement des activités du groupe, historiquement concentrées sur la collecte et la transformation des fèves. Barry Callebaut souhaite désormais renforcer la fabrication locale de chocolat et diversifier son offre pour répondre à la demande des marchés ivoirien et régional.

    Présent en Côte d’Ivoire depuis 1964 à travers sa filiale Société africaine de cacao (SACO), le groupe dispose de deux grandes unités de broyage à Abidjan et San-Pédro, ainsi que d’une chocolaterie inaugurée en 2024 à Marcory. Ses installations représentent une capacité de broyage de 230 000 tonnes de fèves par an.

    Barry Callebaut achète en outre environ 210 000 tonnes de cacao auprès de quelque 250 000 producteurs. Ses activités et celles de ses prestataires mobilisent près de 3 000 personnes dans le pays. Ces chiffres illustrent son poids dans la filière ivoirienne, mais aussi l’importance de ses futurs choix d’investissement pour l’écosystème local.

    L’expansion envisagée concerne spécifiquement la production de chocolat. Elle se distingue donc d’une augmentation des capacités de broyage, qui permettent de transformer les fèves en produits intermédiaires comme la masse, le beurre ou la poudre de cacao. La fabrication de chocolat constitue une étape supplémentaire dans la chaîne de valeur, avec des opérations de formulation, de fabrication et de conditionnement.

    Pour la Côte d’Ivoire, ce positionnement rejoint une ambition ancienne, celle de conserver une part plus importante de la valeur créée à partir de son cacao. Premier producteur mondial de fèves, le pays cherche à développer davantage d’activités industrielles en aval de la filière, alors qu’une grande partie de la valeur des produits chocolatés finis est encore générée à l’étranger.

    Parallèlement à cette expansion industrielle, Barry Callebaut entend renforcer son intégration au dispositif national de traçabilité du cacao. Lors d’une rencontre avec le directeur général du Conseil du Café-Cacao, Koné Brahima Yves, Hein Schumacher a annoncé l’objectif de réaliser, à court terme, 100 % des achats de fèves du groupe à travers le SNT.

    Ce système doit permettre de suivre le cacao depuis les exploitations jusqu’aux circuits de commercialisation, en s’appuyant notamment sur l’identification des producteurs et la géolocalisation des parcelles. Pour Barry Callebaut, son adoption généralisée représenterait une évolution importante dans l’organisation de ses approvisionnements, en complément des dispositifs de traçabilité déjà développés par le groupe.

    L’engagement intervient alors que les exigences de transparence et de durabilité occupent une place croissante dans le commerce international du cacao. L’utilisation du système national doit notamment faciliter la cohérence des informations collectées par les opérateurs privés et le régulateur ivoirien. Barry Callebaut a également exprimé sa volonté d’accompagner le Conseil du Café-Cacao dans le renforcement de la recherche sur le cacao.

    Les échanges avec les autorités ivoiriennes ont aussi porté sur les conditions de développement des activités industrielles. Le ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat, Kalil Konaté, a encouragé le groupe à poursuivre ses investissements et à développer des partenariats avec les entreprises locales. Il a notamment plaidé pour une implantation accrue des unités industrielles dans les bassins de production.

    Plusieurs contraintes restent néanmoins présentes, notamment les maladies affectant les plantations, la baisse attendue de la récolte, les difficultés logistiques dans les ports et les besoins énergétiques des installations industrielles.

  • Le Ghana lève 3,39 milliards de cedis pour financer ses achats de cacao

    Le Ghana lève 3,39 milliards de cedis pour financer ses achats de cacao

    Le Ghana commence à tester son nouveau modèle de financement domestique du cacao. Cocoa Capital PLC, véhicule financier entièrement détenu par le Ghana Cocoa Board, a mobilisé 3,39 milliards de cedis lors de la première émission de billets de trésorerie destinée à soutenir les achats de fèves de la campagne 2026-2027.

    L’opération portait initialement sur 4 milliards de cedis. Le montant finalement levé représente donc environ 85% de l’objectif. Les titres ont une maturité de 266 jours et offrent aux investisseurs un rendement de 11 pour cent.

    Cette première levée s’inscrit dans un programme beaucoup plus large de 16,3 milliards de cedis lancé par Cocoa Capital. Sur ce montant, 14 milliards doivent être mobilisés sous forme de billets de trésorerie pour répondre aux besoins de liquidité liés aux achats de cacao. Les 2,3 milliards restants doivent provenir d’obligations à moyen et long terme afin de restructurer une partie des anciennes dettes de COCOBOD.

    Le Ghana cherche ainsi à réduire sa dépendance à des mécanismes de financement extérieur qui ont longtemps soutenu les campagnes cacaoyères. Pendant plusieurs décennies, COCOBOD levait chaque année des prêts syndiqués auprès de banques internationales avant le début de la campagne. Ce modèle s’est progressivement fragilisé, tandis que les difficultés de financement ont contribué à des retards de paiement et à des tensions de trésorerie chez les acheteurs.

    Le nouveau dispositif repose davantage sur le marché financier ghanéen. Les remboursements doivent être sécurisés par les recettes issues de contrats de vente à terme de cacao transférées à Cocoa Capital et versées sur des comptes dédiés.

    Cette architecture doit permettre de rapprocher les levées de fonds des besoins réels de la campagne et d’échelonner les émissions en fonction des conditions de marché. Après cette première tranche, deux autres opérations sont prévues afin d’atteindre progressivement les 14 milliards de cedis destinés aux achats.

    Le montant inférieur à l’objectif initial constitue néanmoins un premier indicateur à surveiller. La capacité des prochaines émissions à attirer suffisamment de capitaux dira dans quelle mesure le marché domestique peut prendre durablement le relais du financement international dans une filière centrale pour l’économie ghanéenne.

  • Côte d’Ivoire : l’INP-HB et Harvard unissent leurs expertises pour une cacaoculture plus résiliente

    Côte d’Ivoire : l’INP-HB et Harvard unissent leurs expertises pour une cacaoculture plus résiliente

    La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao, avance vers une filière plus durable et plus résiliente face au changement climatique. Le 18 juin, l’Institut national polytechnique Félix Houphouët-Boigny de Yamoussoukro a reçu une délégation de l’Université Harvard. Cette visite devait poser les bases d’une collaboration scientifique de long terme sur la cacaoculture. Elle s’inscrit dans le projet intitulé « Towards a Cocoa Producer-Focused Climate Policy in Côte d’Ivoire and Ghana ».

    Le projet a été sélectionné en 2024 par le Motsepe Presidential Research Accelerator Fund for Africa, administré par Harvard et financé par la fondation sud-africaine Motsepe. Le fonds soutient des recherches conduites par des enseignants de l’université américaine avec des institutions africaines. Le projet est dirigé par des chercheurs de Harvard ainsi que par une équipe internationale composée de représentants de l’INP-HB, de l’Université des sciences et technologies Kwame-Nkrumah au Ghana, de l’Université de Leicester et d’University College London. Plusieurs acteurs de terrain participent également aux travaux. Il s’agit notamment de la Côte d’Ivoire and Ghana Cocoa Initiative, du syndicat agricole ghanéen affilié au Trades Union Congress et du Fine Cacao and Chocolate Institute. Cette diversité permet d’ancrer la recherche académique dans les réalités vécues par les producteurs.

    Le projet vise à analyser précisément l’impact du changement climatique sur les producteurs de cacao en Côte d’Ivoire et au Ghana, deux pays qui assurent ensemble plus de la moitié de l’offre mondiale. Les résultats doivent aider à concevoir des politiques publiques mieux adaptées aux réalités du terrain.

    Les premiers échanges ont déjà fait émerger plusieurs priorités. La première consiste à mieux intégrer la perception des producteurs dans la définition des politiques agricoles. La deuxième vise à garantir une répartition plus équitable de la valeur créée tout au long de la chaîne. La troisième porte sur le raccourcissement des circuits d’information entre le terrain et les décideurs publics, afin de rendre les interventions plus efficaces. Dans cette approche, le producteur n’est plus considéré comme un simple maillon de la chaîne de transformation. Il devient un acteur stratégique, dont la productivité et le bien-être conditionnent la pérennité de toute la filière.

    Pour l’INP-HB, cette coopération avec l’une des universités les plus réputées au monde offre une occasion de renforcer son rayonnement scientifique international. Elle peut aussi consolider ses liens avec les institutions nord-américaines. Cette ouverture intervient alors que la filière cacao ivoiro-ghanéenne fait face à une variabilité climatique croissante. Celle-ci menace directement les rendements et les revenus de plusieurs millions de petits producteurs. En associant l’expertise méthodologique de Harvard à la connaissance du terrain de l’INP-HB et de ses partenaires régionaux, ce partenariat pourrait contribuer à faire émerger une nouvelle génération de politiques climatiques : des politiques pensées depuis le terrain et pour les producteurs eux-mêmes.

  • La Côte d’Ivoire et le Ghana élargissent l’Initiative Cacao à l’Afrique

    La Côte d’Ivoire et le Ghana élargissent l’Initiative Cacao à l’Afrique

    Le président ivoirien Alassane Ouattara et son homologue ghanéen John Dramani Mahama ont co-présidé le 16 juin à Abidjan un Sommet de Haut niveau consacré à l’Initiative Cacao, huit ans après la Déclaration d’Abidjan de mars 2018 qui avait posé les bases de cette coopération bilatérale.

    Les deux pays concentrent à eux seuls plus de 60% de la production mondiale de cacao, une proportion qui grimpe à près de 80% à l’échelle du continent africain. Cette filière fait vivre plusieurs millions de personnes en zone rurale et constitue, selon le chef de l’État ivoirien, un enjeu de souveraineté économique et de stabilité sociale pour les deux nations.

    Le sommet a permis de dresser le bilan de l’Initiative, notamment l’instauration du Différentiel de Revenu Décent (DRD), qui a démontré l’efficacité d’une action concertée sur les cours mondiaux. Des défis structurels demeurent cependant, parmi lesquels la volatilité persistante des prix, le vieillissement des vergers, les maladies du cacaoyer, la pression foncière liée à l’orpaillage illégal et les nouvelles exigences internationales de traçabilité et de durabilité.

    Le président Mahama a salué la réussite du partenariat et plaidé pour une logique de coopération plutôt que de compétition entre les deux pays. Il a appelé la Côte d’Ivoire à poursuivre ses investissements productifs et s’est positionné en faveur d’une extension de l’alliance à d’autres producteurs africains, tout en réaffirmant le rôle de porte-flambeau du bloc ivoiro-ghanéen.

    Les travaux se sont conclus par l’adoption d’une déclaration conjointe, lue par le ministre ivoirien de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Bruno Nabagné Koné. Les deux États s’engagent à harmoniser leurs politiques de prix d’achat bord champ et à renforcer leur coopération scientifique.

    Cette extension annoncée de l’Initiative Cacao à d’autres pays africains marque une étape dans la structuration du pouvoir de négociation des producteurs du continent face aux acteurs internationaux du marché du chocolat. Elle illustre aussi une tendance plus large à la coordination régionale des filières stratégiques, alors que les producteurs ouest-africains cherchent à mieux capter la valeur ajoutée d’une chaîne mondiale longtemps dominée par les transformateurs et négociants situés hors du continent.