Étiquette : congo

  • SEDIMA investit 20,3 milliards FCFA dans une filière avicole intégrée au Congo

    SEDIMA investit 20,3 milliards FCFA dans une filière avicole intégrée au Congo

    À Nkouo, dans le département du Pool, sa filiale SEDIMA Congo porte un investissement d’environ 20,3 milliards FCFA destiné à construire une chaîne allant de la production de maïs et de soja jusqu’à l’abattage et au conditionnement des poulets.

    Le projet repose sur un principe simple : produire localement une partie des matières premières nécessaires à l’alimentation des volailles plutôt que de bâtir uniquement des capacités d’élevage. SEDIMA prévoit ainsi une production annuelle de 10 800 tonnes de maïs et 6 600 tonnes de soja sur un domaine foncier de près de 6 000 hectares.

    Ces volumes doivent notamment alimenter une usine capable de produire 25 382 tonnes d’aliments pour volailles par an. Le complexe comprendra également des fermes de reproducteurs, un couvoir, des élevages de poulets de chair et de poulettes, ainsi qu’un abattoir et des installations de conditionnement.

    À pleine capacité, le dispositif doit produire environ 5,3 millions d’œufs à couver et 3,3 millions de poussins d’un jour par an. S’y ajouteront 80 000 poulettes prêtes à pondre et 2 200 tonnes de poulets de chair. Ces chiffres permettent surtout de mesurer le degré d’intégration recherché : SEDIMA veut maîtriser simultanément les céréales destinées à l’alimentation animale, les intrants avicoles et la production de viande.

    Le montage financier reflète l’ampleur industrielle du projet. La Banque de développement des États de l’Afrique centrale doit apporter 5 milliards FCFA, soit près du quart de l’investissement. BSCA Bank doit également mobiliser environ 5 milliards FCFA, BGFIBank 4 milliards et LCB Bank 1 milliard. SEDIMA Congo complètera le financement avec environ 5,2 milliards FCFA de fonds propres.

    L’enjeu est particulièrement important pour un marché congolais qui reste dépendant des importations de poulet et d’intrants pour l’alimentation animale. En intégrant le maïs et le soja en amont de la chaîne, SEDIMA cherche à réduire une partie de cette dépendance tout en sécurisant ses propres coûts de production.

    Le projet peut également avoir un effet au-delà des seuls élevages exploités par le groupe. La production locale de poussins d’un jour et d’aliments pour volailles constitue deux intrants essentiels pour les éleveurs indépendants. Une partie de la capacité industrielle pourrait donc contribuer à structurer plus largement l’écosystème avicole congolais si ces produits sont effectivement distribués sur le marché.

    L’implantation de Nkouo est l’aboutissement d’une stratégie engagée depuis plus d’une décennie. SEDIMA explore le marché congolais depuis 2014-2015 et avait déjà annoncé son intention de développer localement la production de poussins et de produits avicoles. Le nouveau complexe représente aujourd’hui son investissement étranger le plus important annoncé à ce jour.

    Pour le groupe sénégalais, l’opération constitue aussi un test de l’exportation de son modèle industriel en Afrique centrale.

  • Aide alimentaire américaine : Washington rouvre les vannes, mais sous conditions

    Aide alimentaire américaine : Washington rouvre les vannes, mais sous conditions

    L’aide alimentaire d’urgence financée par les États-Unis entre dans une nouvelle ère, marquée par un resserrement des conditions d’octroi. Après le démantèlement de l’USAID en 2025, le programme historique Food for Peace, créé en 1954, a été transféré au Département américain de l’Agriculture (USDA), une agence qui ne dispose pas de l’expertise habituellement requise pour la réponse aux crises humanitaires. Un nouvel accord conclu avec le Programme alimentaire mondial (PAM) illustre ce tournant doctrinal.

    Ce texte impose que les denrées distribuées dans sept pays jugés prioritaires par Washington soient désormais cultivées, transformées ou conditionnées aux États-Unis. Cette clause de préférence nationale rompt avec la pratique du PAM, qui privilégiait depuis une quinzaine d’années les achats locaux ou régionaux pour soutenir les producteurs proches des zones de crise et réduire les délais d’acheminement. Or, le PAM tire environ 40 % de son budget des contributions américaines, ce qui limite sa marge de négociation face à ce nouveau cadre.

    Plusieurs pays africains confrontés à une insécurité alimentaire sévère figurent parmi les zones concernées, du Sahel à la Corne de l’Afrique, en passant par la République démocratique du Congo et le Soudan. La contrainte logistique n’est pas anodine : des denrées achetées en Tanzanie, en Ouganda ou au Sénégal pouvaient atteindre les zones de crise en quelques jours, contre plusieurs semaines pour un acheminement transatlantique depuis le golfe du Mexique.

    Plus préoccupant encore, une analyse du Council on Foreign Relations relève que le programme Food for Peace, dans sa configuration actuelle, oriente une partie des denrées américaines vers des pays jugés hors urgence, en contournant des zones pourtant proches de la famine comme la Somalie, le Soudan du Sud et le Soudan. Sur les 1,2 milliard de dollars que représente le programme, une partie significative des fonds de l’exercice 2026 reste encore à engager.

    Pour les gouvernements africains, l’équation se révèle délicate. Accepter une aide désormais conditionnée revient à composer avec une dépendance accrue aux circuits américains, alors que plusieurs unions régionales, à l’image de la CEDEAO, travaillent depuis une décennie à renforcer la souveraineté alimentaire du continent. La refuser exposerait en revanche les populations les plus vulnérables à des ruptures d’approvisionnement immédiates, dans des régions où l’aide internationale reste, pour l’instant, difficilement substituable.