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  • Létondji Beheton, l’artisan du virage industriel du coton béninois

    Létondji Beheton, l’artisan du virage industriel du coton béninois

    À la tête de la Société d’investissement et de promotion de l’industrie du Bénin, SIPI-Bénin, Létondji Beheton est devenu l’un des principaux visages de la Zone industrielle de Glo-Djigbé, la GDIZ.

    À Glo-Djigbé, à une quarantaine de kilomètres de Cotonou, il évolue au milieu de ce qui ressemble de plus en plus à une ville industrielle. Des unités textiles y côtoient des installations dédiées à la transformation de la noix de cajou, du soja et d’autres matières premières agricoles. Des investisseurs y installent leurs machines et des produits fabriqués au Bénin commencent à rejoindre les marchés internationaux.

    Un parcours venu de la finance

    Létondji Beheton n’est pas issu de l’univers agricole. Diplômé de l’Université du Maryland, aux États-Unis, il commence sa carrière dans la finance et passe notamment par Bank of America puis par le département du Trésor américain. De retour dans l’écosystème économique béninois, il rejoint les dispositifs chargés de renforcer l’attractivité du pays.

    À l’Agence de promotion des investissements et des exportations, l’APIEx, il travaille à attirer des capitaux avant de collaborer également avec la présidence sur les questions d’investissement.

    De la promotion à la réalisation

    En 2021, il rejoint ARISE et SIPI-Bénin. À Glo-Djigbé, son métier change alors de nature. Il ne s’agit plus seulement de convaincre des investisseurs, mais de transformer leurs engagements en infrastructures, en usines et en emplois.

    La GDIZ repose sur un partenariat entre l’État béninois et ARISE Integrated Industrial Platforms. Son ambition est de créer autour des principales matières premières du pays de véritables écosystèmes industriels. Le textile en est progressivement devenu l’une des vitrines. Plusieurs opérations autrefois réalisées essentiellement à l’étranger, notamment la filature, le tissage, la teinture et la confection, sont désormais effectuées sur place.

    Une vision fondée sur la compétitivité

    Pour Létondji Beheton, l’enjeu dépasse toutefois le symbole du « Made in Benin ». Son discours insiste davantage sur la compétitivité : disposer d’une énergie fiable, atteindre une taille industrielle suffisante, former la main-d’œuvre, mobiliser des financements de long terme et répondre aux exigences des acheteurs internationaux en matière de qualité, de prix et de délais.

    Son passage par la finance transparaît dans cette approche. L’industrialisation, dans sa vision, ne se décrète pas. Elle doit être financée, organisée et capable de tenir économiquement. La GDIZ a ainsi mobilisé des centaines de millions d’euros et recouru à des instruments associant investisseurs privés, banques de développement, agences de crédit-export et mécanismes de garantie.

    Le porte-parole de l’expérience béninoise

    Au fil des années, Létondji Beheton est également devenu l’un des principaux porte-parole de l’expérience béninoise à l’étranger. Lors des rencontres internationales, il défend une politique industrielle qui cherche moins à exporter davantage de matières premières qu’à attirer les activités capables de les transformer.

    Le 30 juin 2026, il portait encore ce message au Parlement européen lors d’une rencontre consacrée au textile africain. Face à des responsables politiques, des industriels et des représentants de marques, il plaidait notamment pour un rapprochement entre les chaînes d’approvisionnement européennes et les nouvelles capacités textiles ouest-africaines.

    En quelques années, l’ancien financier est ainsi passé de la promotion de l’investissement à la conduite de l’un des projets industriels les plus observés d’Afrique de l’Ouest.

    Portrait initialement publié dans AgroMakers Magazine n°5 (1er septembre 2026), à l’occasion du dossier « Coton africain : réinventer l’or blanc ».

  • Ayodeji Balogun, l’artisan d’un marché agricole mieux structuré

    Ayodeji Balogun, l’artisan d’un marché agricole mieux structuré

    Ayodeji Balogun a grandi dans l’univers du commerce des matières premières. Formé au sein de l’entreprise familiale, il en prend ensuite la direction et porte son chiffre d’affaires à plus de 15 millions de dollars. Il crée parallèlement une activité de transport routier et investit dans une entreprise agricole. Ces premières expériences lui permettent de se familiariser avec le négoce, la circulation des marchandises et les contraintes auxquelles sont confrontées les entreprises opérant dans les chaînes de valeur agricoles.

    À la tête d’AFEX, le dirigeant nigérian développe un modèle qui relie producteurs, entrepôts, industriels et financeurs. Présente dans quatre pays africains, l’entreprise a déjà accompagné plus de 500 000 exploitants et stocké plus de 1,1 million de tonnes de produits agricoles.

    Après un MBA à la Lagos Business School, il rejoint AFEX. Il y travaille d’abord sur l’implantation de l’entreprise dans de nouveaux marchés d’Afrique de l’Ouest et de l’Est. Il prend ensuite la direction des activités nigérianes et contribue au développement de la bourse privée de matières premières ainsi que du système de récépissés d’entreposage. En octobre 2022, il est nommé directeur général du groupe. Il supervise depuis sa stratégie et son expansion continentale.

    AFEX : organiser la rencontre entre la production et le marché

    Lancée au Nigeria en 2014, AFEX intervient dans un environnement où l’offre agricole est encore très fragmentée. Les petits exploitants produisent individuellement des volumes limités, souvent éloignés des grands centres de consommation et des unités de transformation. Les industriels recherchent, à l’inverse, des quantités importantes, disponibles régulièrement et répondant à des critères précis de qualité.

    L’entreprise se positionne entre ces deux groupes, avec un vaste réseau d’entrepôts qui permet de rapprocher les capacités de stockage des bassins de production. Les récoltes y sont regroupées, pesées, contrôlées et classées avant leur commercialisation.

    AFEX s’adresse aux producteurs et aux coopératives, mais aussi aux commerçants, aux transformateurs, aux exportateurs et aux établissements financiers. Sa bourse de matières premières facilite la vente de lots déjà constitués, tandis que ses outils de collecte de données améliorent la visibilité sur les volumes, les prix et la qualité des produits disponibles.

    Le récépissé d’entreposage complète ce modèle. Délivré après le dépôt de la marchandise dans un entrepôt agréé, il atteste de la nature, de la quantité et de la qualité du stock. Il peut ensuite être utilisé pour organiser une vente ou comme garantie dans le cadre d’un financement. Le producteur ou le commerçant peut ainsi accéder à des liquidités sans devoir céder immédiatement sa récolte au moment où les prix sont généralement les plus bas.

    Le dispositif concerne principalement des produits pouvant être stockés et standardisés, parmi lesquels le maïs, le riz, le soja, le sorgho, le sésame, le cacao et l’anacarde.

    Des résultats probants et une croissance rapide

    En une décennie, AFEX est passée d’une plateforme essentiellement nigériane à un groupe présent au Nigeria, au Kenya, en Ouganda et en Côte d’Ivoire. En 2024, son réseau couvrait plus de 500 000 petits producteurs et comptait 267 entrepôts. Plus de 1,1 million de tonnes de produits agricoles avaient été stockées depuis le lancement de ses activités.

    Cette croissance a attiré British International Investment. En 2023, l’institution britannique a engagé 26,5 millions de dollars dans AFEX. À cette date, l’entreprise desservait plus de 450 000 producteurs et exploitait plus de 200 entrepôts au Nigeria, au Kenya et en Ouganda. Le financement devait soutenir la construction de 20 entrepôts supplémentaires, représentant 230 000 tonnes de nouvelles capacités et pouvant bénéficier à 200 000 producteurs additionnels.

    AFEX a également développé des instruments destinés aux entreprises agricoles. En 2023, sa filiale d’investissement a inscrit au Nigeria un programme de billets de trésorerie adossés à des actifs d’un montant de 100 milliards de nairas. L’objectif était de faciliter l’accès des transformateurs et des négociants au fonds de roulement nécessaire à l’achat et au stockage des matières premières.

    Un modèle intégré pour structurer les filières agricoles

    La force d’AFEX tient à l’articulation de plusieurs fonctions souvent dispersées : collecte, stockage, contrôle qualité, accès au marché et financement. Ce modèle répond directement à la fragmentation des filières agricoles africaines, où les producteurs vendent de faibles volumes tandis que les industriels recherchent des approvisionnements réguliers et standardisés.

    Son efficacité dépend toutefois de conditions précises. Les entrepôts doivent être bien gérés, les stocks fiables et les volumes suffisants. Le système reste aussi tributaire de routes praticables et de services de transport efficaces. AFEX peut mieux organiser les échanges, mais ne peut compenser à elle seule les insuffisances des infrastructures publiques.

    L’expérience peut néanmoins inspirer d’autres acteurs. Des coopératives, PME ou plateformes agro-industrielles peuvent reprendre cette logique à une échelle plus réduite, en associant stockage, information sur les prix, contrats avec les acheteurs et solutions de financement.

    Portrait initialement publié dans AgroMakers Magazine n°3 (3 août 2026), à l’occasion du dossier « La logistique, le maillon faible de l’agriculture africaine ».