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  • L’Union africaine veut créer une banque continentale de semences

    L’Union africaine veut créer une banque continentale de semences

    Des milliers de variétés agricoles sont cultivées à travers l’Afrique, mais leur conservation reste largement dispersée entre banques de gènes nationales, centres de recherche et collections locales. Face à l’érosion progressive de cette diversité, l’Union africaine veut désormais organiser leur préservation à l’échelle du continent.

    L’institution propose la création d’une Banque africaine continentale des semences et des ressources génétiques. Présentée lors du premier Africa Seed Summit, organisé du 5 au 7 octobre à Ezulwini, en Eswatini, l’initiative serait reliée aux banques régionales et nationales déjà existantes plutôt que de se substituer à elles.

    L’idée est de constituer progressivement un réseau capable de conserver et documenter les ressources génétiques agricoles africaines, depuis les variétés locales jusqu’aux cultures indigènes et aux espèces sauvages apparentées aux plantes cultivées. Derrière cet objectif de conservation se joue aussi une question très concrète : disposer du matériel génétique nécessaire pour sélectionner les cultures de demain.

    La future banque pourrait faciliter l’accès des chercheurs à ces ressources et soutenir le développement de variétés plus résistantes aux stress climatiques, aux maladies et aux ravageurs. Les instituts de recherche, universités, organisations agricoles et entreprises semencières feraient partie de l’écosystème appelé à utiliser ou alimenter ce réseau.

    Le projet touche ainsi à l’un des maillons les plus stratégiques de l’agriculture : la semence. Les performances d’une exploitation commencent en partie par la qualité et l’adaptation du matériel végétal disponible. Pourtant, les systèmes semenciers africains restent fragmentés, avec des capacités de recherche, de certification et de distribution très différentes d’un pays à l’autre.

    Le sommet d’Ezulwini cherche justement à rapprocher ces différents niveaux. Gouvernements, chercheurs, organisations de producteurs, entreprises et partenaires au développement y travaillent notamment sur l’harmonisation des réglementations, l’investissement dans le secteur semencier, l’accès des agriculteurs aux semences de qualité et l’utilisation de nouvelles technologies.

    Cette volonté de mieux mesurer les performances du secteur doit également se traduire par le lancement du Seed Sector Performance Index 2025. L’outil doit permettre de comparer les progrès réalisés dans les systèmes semenciers et d’identifier plus précisément les obstacles rencontrés dans les différents pays.

    La proposition doit maintenant trouver sa place dans la Déclaration d’Ezulwini sur les systèmes semenciers africains, attendue à l’issue du sommet. Son inscription dans un cadre continental constituerait une première étape vers une gestion plus coordonnée d’une ressource que l’Afrique possède en abondance, mais dont une partie peut disparaître avant même d’avoir révélé son potentiel agricole.

  • Semences africaines : la Déclaration de N’Djamena pose les termes d’une souveraineté à défendre

    Semences africaines : la Déclaration de N’Djamena pose les termes d’une souveraineté à défendre

    Il arrive que des conférences produisent des textes qui, au-delà du symbole, tracent une ligne politique claire. C’est ce que vise la Déclaration de N’Djamena, adoptée début juin 2026 à l’issue de la quatrième Conférence panafricaine sur la gouvernance des semences, organisée par l’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA).

    Pendant trois jours, organisations paysannes, mouvements de femmes et de jeunes, chercheurs, parlementaires et institutions régionales venus de 20 pays africains ont convergé vers la capitale tchadienne pour arrêter une position commune sur l’avenir des systèmes semenciers du continent.

    La déclaration part d’un constat chiffré et documenté : les systèmes de semences gérés par les agriculteurs fournissent 90 % des semences utilisées sur le continent. Ce sont eux qui nourrissent des millions de familles. Pourtant, ces mêmes systèmes sont sous pression croissante — lois semencières restrictives, concentration industrielle du secteur, et désormais numérisation qui risque de transformer le patrimoine génétique de l’Afrique en actifs privés contrôlés hors du continent.

    Face à cette dynamique, la Déclaration de N’Djamena formule six affirmations fondamentales :

    • Les droits des agriculteurs à conserver, utiliser, échanger et améliorer leurs semences sont déclarés non négociables ;
    • Les systèmes paysans sont reconnus comme autonomes et légitimes, et non comme une étape transitoire vers un modèle commercial ;
    • La diversité des variétés locales est présentée comme un atout stratégique pour l’adaptation climatique et la nutrition ;
    • Les femmes agricultrices sont explicitement reconnues comme gardiennes et innovatrices indispensables ;
    • La biodiversité semencière est qualifiée de bien commun, non privatisable ;
    • La numérisation agricole est placée sous exigence de gouvernance africaine souveraine.

    Le texte s’adresse directement aux États membres de l’Union africaine, aux communautés économiques régionales, aux gouvernements nationaux, aux institutions de financement et aux parlementaires. Il leur demande d’aligner leurs politiques, leurs budgets et leurs lois sur ces principes — notamment dans le cadre du protocole de propriété intellectuelle de la ZLECAf.

    Derrière la rhétorique, l’enjeu est concret. Qui contrôle les semences contrôle une part déterminante des systèmes alimentaires. La Déclaration de N’Djamena pose le principe que cette question doit être tranchée en faveur des peuples africains, et non au profit d’intérêts industriels exogènes. Son impact dépendra désormais de la capacité des signataires à en faire un levier de réforme tangible dans les arènes politiques nationales et régionales.

     

  • Burkina Faso : la foire de l’INERA remet les semences au cœur de la souveraineté alimentaire

    Burkina Faso : la foire de l’INERA remet les semences au cœur de la souveraineté alimentaire

    À Ouagadougou, la 17e édition de la Foire aux semences et des innovations agricoles de l’Institut de l’environnement et de recherches agricoles, l’INERA, s’est tenue du 29 au 31 mai 2026 autour d’un thème stratégique : « Engagement de l’État, traçabilité semencière et innovations agricoles : leviers stratégiques de l’Offensive agropastorale pour une souveraineté alimentaire au Burkina Faso ».

    Cette foire intervient dans un contexte où le Burkina Faso cherche à accélérer sa production agricole locale et à réduire sa dépendance aux importations. Les semences apparaissent désormais comme un levier central de cette ambition. Sans semences certifiées, adaptées et accessibles, les efforts d’aménagement, de mécanisation ou de distribution d’intrants risquent de produire des résultats limités.

    L’un des faits marquants de cette édition est l’implication directe de l’État dans l’achat de semences de base produites par la recherche nationale. Selon les responsables de l’INERA, cette démarche vise à mettre des semences de qualité à la disposition des producteurs semenciers, tout en renforçant la traçabilité. Le problème est connu : des semences certifiées peuvent parfois être mélangées à des semences non améliorées, ce qui réduit les performances attendues sur le terrain.

    La foire a également mis en avant plusieurs cultures d’intérêt stratégique : maïs, riz, mil, sorgho, niébé, ainsi que des cultures dites négligées mais jugées importantes pour leur résilience face au changement climatique et à la sécheresse

    Au-delà de l’exposition, l’événement joue un rôle d’interface entre chercheurs, producteurs, décideurs publics et partenaires techniques. C’est un point essentiel : la recherche agricole ne peut avoir d’impact que si ses résultats sortent des laboratoires et atteignent effectivement les exploitations.

    Pour le Burkina Faso, la question semencière est donc politique autant que technique. Elle touche à la souveraineté alimentaire, à la productivité, aux revenus des producteurs et à la résilience du pays face aux chocs climatiques. En misant sur la traçabilité et les variétés améliorées, les autorités cherchent à consolider l’Offensive agropastorale et halieutique, lancée pour augmenter la production locale de céréales, de poisson, de volaille, de viande et d’autres produits stratégiques.

    Le défi reste cependant immense : produire suffisamment de semences certifiées, assurer leur distribution jusqu’aux producteurs, maintenir leur qualité et accompagner les agriculteurs dans leur utilisation. La souveraineté alimentaire ne se décrète pas ; elle se construit, campagne après campagne, à partir de maillons aussi décisifs que la semence.