Ayodeji Balogun a grandi dans l’univers du commerce des matières premières. Formé au sein de l’entreprise familiale, il en prend ensuite la direction et porte son chiffre d’affaires à plus de 15 millions de dollars. Il crée parallèlement une activité de transport routier et investit dans une entreprise agricole. Ces premières expériences lui permettent de se familiariser avec le négoce, la circulation des marchandises et les contraintes auxquelles sont confrontées les entreprises opérant dans les chaînes de valeur agricoles.
À la tête d’AFEX, le dirigeant nigérian développe un modèle qui relie producteurs, entrepôts, industriels et financeurs. Présente dans quatre pays africains, l’entreprise a déjà accompagné plus de 500 000 exploitants et stocké plus de 1,1 million de tonnes de produits agricoles.
Après un MBA à la Lagos Business School, il rejoint AFEX. Il y travaille d’abord sur l’implantation de l’entreprise dans de nouveaux marchés d’Afrique de l’Ouest et de l’Est. Il prend ensuite la direction des activités nigérianes et contribue au développement de la bourse privée de matières premières ainsi que du système de récépissés d’entreposage. En octobre 2022, il est nommé directeur général du groupe. Il supervise depuis sa stratégie et son expansion continentale.
AFEX : organiser la rencontre entre la production et le marché
Lancée au Nigeria en 2014, AFEX intervient dans un environnement où l’offre agricole est encore très fragmentée. Les petits exploitants produisent individuellement des volumes limités, souvent éloignés des grands centres de consommation et des unités de transformation. Les industriels recherchent, à l’inverse, des quantités importantes, disponibles régulièrement et répondant à des critères précis de qualité.
L’entreprise se positionne entre ces deux groupes, avec un vaste réseau d’entrepôts qui permet de rapprocher les capacités de stockage des bassins de production. Les récoltes y sont regroupées, pesées, contrôlées et classées avant leur commercialisation.
AFEX s’adresse aux producteurs et aux coopératives, mais aussi aux commerçants, aux transformateurs, aux exportateurs et aux établissements financiers. Sa bourse de matières premières facilite la vente de lots déjà constitués, tandis que ses outils de collecte de données améliorent la visibilité sur les volumes, les prix et la qualité des produits disponibles.
Le récépissé d’entreposage complète ce modèle. Délivré après le dépôt de la marchandise dans un entrepôt agréé, il atteste de la nature, de la quantité et de la qualité du stock. Il peut ensuite être utilisé pour organiser une vente ou comme garantie dans le cadre d’un financement. Le producteur ou le commerçant peut ainsi accéder à des liquidités sans devoir céder immédiatement sa récolte au moment où les prix sont généralement les plus bas.
Le dispositif concerne principalement des produits pouvant être stockés et standardisés, parmi lesquels le maïs, le riz, le soja, le sorgho, le sésame, le cacao et l’anacarde.
Des résultats probants et une croissance rapide
En une décennie, AFEX est passée d’une plateforme essentiellement nigériane à un groupe présent au Nigeria, au Kenya, en Ouganda et en Côte d’Ivoire. En 2024, son réseau couvrait plus de 500 000 petits producteurs et comptait 267 entrepôts. Plus de 1,1 million de tonnes de produits agricoles avaient été stockées depuis le lancement de ses activités.
Cette croissance a attiré British International Investment. En 2023, l’institution britannique a engagé 26,5 millions de dollars dans AFEX. À cette date, l’entreprise desservait plus de 450 000 producteurs et exploitait plus de 200 entrepôts au Nigeria, au Kenya et en Ouganda. Le financement devait soutenir la construction de 20 entrepôts supplémentaires, représentant 230 000 tonnes de nouvelles capacités et pouvant bénéficier à 200 000 producteurs additionnels.
AFEX a également développé des instruments destinés aux entreprises agricoles. En 2023, sa filiale d’investissement a inscrit au Nigeria un programme de billets de trésorerie adossés à des actifs d’un montant de 100 milliards de nairas. L’objectif était de faciliter l’accès des transformateurs et des négociants au fonds de roulement nécessaire à l’achat et au stockage des matières premières.
Un modèle intégré pour structurer les filières agricoles
La force d’AFEX tient à l’articulation de plusieurs fonctions souvent dispersées : collecte, stockage, contrôle qualité, accès au marché et financement. Ce modèle répond directement à la fragmentation des filières agricoles africaines, où les producteurs vendent de faibles volumes tandis que les industriels recherchent des approvisionnements réguliers et standardisés.
Son efficacité dépend toutefois de conditions précises. Les entrepôts doivent être bien gérés, les stocks fiables et les volumes suffisants. Le système reste aussi tributaire de routes praticables et de services de transport efficaces. AFEX peut mieux organiser les échanges, mais ne peut compenser à elle seule les insuffisances des infrastructures publiques.
L’expérience peut néanmoins inspirer d’autres acteurs. Des coopératives, PME ou plateformes agro-industrielles peuvent reprendre cette logique à une échelle plus réduite, en associant stockage, information sur les prix, contrats avec les acheteurs et solutions de financement.
Portrait initialement publié dans AgroMakers Magazine n°3 (3 août 2026), à l’occasion du dossier « La logistique, le maillon faible de l’agriculture africaine ».
