Dans le nord-est de l’Ouganda, la sous-région du Karamoja traverse une crise agricole majeure après cinq mois de sécheresse qui auraient entraîné la destruction de près de 98 % des cultures, selon les estimations des autorités agricoles locales. Cette situation intervient après l’échec de deux campagnes de semis successives et aggrave l’insécurité alimentaire dans une région où une grande partie des ménages dépend de l’agriculture pluviale et de l’élevage.
Le déficit de précipitations, particulièrement marqué depuis la fin du mois de mai, a compromis les cultures de sorgho, de maïs, de haricots et d’autres productions vivrières. Dans le district de Kotido, les producteurs avaient procédé aux premiers semis en mars et avril, avant de voir leurs plants dépérir sous l’effet des interruptions de pluies. Une seconde tentative, après quelques précipitations enregistrées fin mai, s’est également soldée par un échec. La destruction généralisée des récoltes a privé de nombreuses familles de leurs principales réserves alimentaires et de revenus.
Les conséquences économiques sont particulièrement lourdes pour des exploitations disposant de faibles capacités de résilience. Une évaluation réalisée en mai par les services agricoles de Kotido chiffrait déjà les pertes de cultures à 56 milliards de shillings ougandais. La sécheresse prolongée a depuis accentué la dégradation des conditions de subsistance. Selon les autorités locales, seuls 35 % des habitants du district possèdent encore du bétail, les troupeaux ayant été fragilisés au fil des années par l’insécurité et les vols d’animaux. Cette situation limite les possibilités de compenser les pertes agricoles par la vente de bétail ou de produits animaux.
La crise alimentaire prend également une dimension humanitaire. Au moins 19 décès attribués à la faim ont été signalés dans cinq sous-comtés de Kotido, tandis que des familles quittent le Karamoja pour rejoindre les régions voisines du Lango, du Teso et de l’Acholi. Une mission associant le Programme alimentaire mondial (PAM), la FAO et la représentation américaine s’est rendue dans le district le 20 octobre pour évaluer les besoins et les interventions en cours.
Les difficultés actuelles prolongent une situation de vulnérabilité déjà identifiée par les organismes internationaux. Dans ses perspectives publiées en septembre, FEWS NET anticipait le maintien d’une insécurité alimentaire de niveau Crise (phase 3 de l’IPC) dans le Karamoja jusqu’en janvier 2027. L’analyse IPC sur la malnutrition classait également les districts de Kotido et de Kaabong en situation critique, avec des risques de détérioration supplémentaires liés aux pertes de récoltes.
Face à la répétition des sécheresses, les organisations agricoles cherchent parallèlement à développer des instruments de protection des producteurs. Des mécanismes d’assurance agricole sont notamment promus par Sasakawa Africa Association, en partenariat avec le PAM. Leur adoption demeure cependant limitée au regard des besoins, tandis que la faiblesse des récoltes compromet déjà les capacités de financement de la prochaine campagne agricole.

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