Auteur/autrice : agroMakers-api

  • Ecobank vise 600 millions de dollars de crédits agricoles

    Ecobank vise 600 millions de dollars de crédits agricoles

    Ecobank vise 600 millions de dollars d’encours de prêts aux PME agricoles d’ici 2030. Le groupe bancaire a présenté cet objectif le 24 septembre à Lomé, dans le cadre d’un engagement global de 2,6 milliards de dollars. Les 2 milliards restants concernent les entreprises dirigées par des femmes, à travers le programme Ellevate.

    Pour l’agriculture, le groupe cible les producteurs, mais aussi les agrégateurs, les transformateurs, les entreprises logistiques, les négociants et les exportateurs.

    Ecobank prévoit de mobiliser des garanties et des mécanismes de partage du risque pour accompagner ces financements. La banque compte également utiliser ses outils de paiement numérique et ses services de financement du commerce. Ces derniers concernent notamment les opérations réalisées entre fournisseurs, entreprises et clients, y compris dans les échanges internationaux.

    Le montant annoncé désigne le portefeuille de prêts que le groupe souhaite avoir en cours de remboursement à l’horizon 2030. Il ne s’agit donc pas de 600 millions de dollars immédiatement disponibles ou déjà décaissés. Les nouveaux crédits et les remboursements feront évoluer cet encours au fil des années.

    Il faut noter que les besoins diffèrent sensiblement d’un acteur à l’autre. En ciblant des entreprises tout au long des chaines de valeur, Ecobank élargit son ambition agricole au financement des transactions et des activités industrielles.

  • Le Nigeria prépare le financement agricole sans intérêt

    Le Nigeria prépare le financement agricole sans intérêt

    Le Nigeria prépare un cadre de financement agricole sans intérêt. Le 22 septembre, le National Agricultural Development Fund (NADF) a réuni les parties prenantes pour examiner un projet de cadre et ses lignes directrices. Le fonds entend compléter les financements conventionnels par des opérations réalisées avec des institutions financières agréées dans la finance sans intérêt.

    Lors de cette rencontre, le directeur exécutif du NADF a invité les participants à proposer des améliorations avant la finalisation des documents. Il s’agit donc d’une consultation sur le fonctionnement du futur dispositif, dont les conditions définitives d’accès n’ont pas encore été arrêtées.

    Le cadre doit préciser les responsabilités des intervenants, la gestion des risques et la conformité à la charia. Les lignes directrices détailleront, quant à elles, les procédures d’évaluation, d’approbation et de suivi des opérations. Les modèles présentés reposent notamment sur des actifs et peuvent inclure un partage du risque. L’absence d’intérêt ne signifie toutefois pas que le bénéficiaire sera dispensé de tout coût ou de toute obligation financière.

    La Banque centrale du Nigeria a également pris part aux échanges. Son représentant a rappelé les besoins de financement des infrastructures et de la mécanisation, tout en évoquant le retrait de l’institution des interventions directes de financement du développement. Dans ce contexte, le NADF prépare ses propres modalités d’intervention auprès du secteur agricole.

    Pour les bénéficiaires, le contenu des contrats sera décisif, de même que les conditions de prêt. Les règles soumises à validation devront encadrer ces opérations, notamment leur évaluation et leur suivi. La finalisation des documents reste la prochaine étape annoncée par le fonds.

  • La mangue rejoint le giron du Conseil Coton-Anacarde Karité

    La mangue rejoint le giron du Conseil Coton-Anacarde Karité

    La mangue rejoint les filières encadrées par le Conseil Coton-Anacarde Karité. Le 23 septembre 2026, le gouvernement ivoirien a adopté une ordonnance qui lui étend les règles de commercialisation et de régulation du coton, de l’anacarde et du karité. Cette décision confie au Conseil le suivi, la régulation et le développement d’une production qui représente environ 10 % de la production fruitière nationale, selon le communiqué gouvernemental.

    La réforme prévoit également l’entrée d’un représentant de l’interprofession mangue au conseil d’administration. Les professionnels participeront donc à la gouvernance du régulateur, tandis qu’Intermangue conservera sa fonction de représentation des acteurs de la filière. Le dispositif associe ainsi un encadrement public élargi à la participation des producteurs, commerçants et transformateurs.

    Pour les entreprises exportatrices, cette réorganisation intervient alors que l’accès aux marchés exige déjà un suivi précis des fruits et des pratiques de production. À Korhogo, SPA-IMPEX/CI a notamment bénéficié d’un accompagnement de COLEAD pour préparer son accès au marché biologique européen. Dans une publication de mars, l’organisme décrivait le travail réalisé sur les contrats avec les producteurs, les procédures internes et la traçabilité. Un audit complémentaire restait alors prévu pour la mangue.

    Parallèlement, le programme PASA, financé par l’Union européenne et mis en œuvre par COLEAD en Côte d’Ivoire, prévoit de renforcer les compétences sanitaires et phytosanitaires dans les chaînes horticoles. Ces interventions concernent les pratiques des opérateurs, tandis que l’ordonnance du 23 septembre modifie le cadre institutionnel de la filière.

  • MARIE-ANGE EHOUNOU

    MARIE-ANGE EHOUNOU

    Créée en 2021, l’entreprise ivoirienne développe des farines infantiles enrichies à partir de matières premières locales, notamment le riz, le maïs, l’arachide et le soja.

    L’histoire de Marie-Ange Ehounou prend racine dans une expérience personnelle. Confrontée à un épisode de malnutrition chez son fils, elle s’intéresse progressivement aux enjeux de nutrition infantile, se forme dans le domaine et décide d’apporter une réponse entrepreneuriale adaptée aux réalités locales.

    À travers Pouyou, elle contribue ainsi à créer davantage de valeur autour des productions agricoles ivoiriennes, tout en apportant une réponse à un enjeu essentiel que l’accès des enfants à une alimentation nutritive et adaptée.

    Son parcours lui a notamment valu d’être distinguée au Prix Pierre Castel 2022. En 2026, Pouyou a également rejoint le portefeuille du programme I&P Accélération FARM, avec l’ambition d’accroître ses capacités de production et ses approvisionnements auprès des producteurs locaux.

    Son parcours est marqué par plusieurs reconnaissances : 2ᵉ lauréate nationale du Prix Pierre Castel 2022 dans la catégorie agroalimentaire, participation au SARA 2025 avec Orange Corners, puis intégration de POUYOU, en juin 2026, au portefeuille du programme I&P Accélération FARM, soutenu par Proparco. Ce nouvel accompagnement doit notamment permettre à l’entreprise d’acquérir des équipements, renforcer son équipe et accroître ses achats de matières premières.

    Une trajectoire qui illustre parfaitement le potentiel de la transformation agroalimentaire africaine : partir de nos matières premières, créer de la valeur localement et répondre à des besoins essentiels de nos populations.

  • Simeon Ehui, de la recherche agricole à la transformation des systèmes alimentaires africains

    Simeon Ehui, de la recherche agricole à la transformation des systèmes alimentaires africains

    Économiste agricole ivoirien, Siméon Ehui consacre depuis plus de trente ans sa carrière à une question centrale : comment transformer les connaissances scientifiques en solutions capables d’améliorer durablement la vie des producteurs africains ?

    Titulaire d’un doctorat en économie agricole de l’Université Purdue, aux États-Unis, il débute son parcours dans la recherche au sein du CGIAR. Ses travaux portent notamment sur l’élevage, les systèmes de production mixtes, l’utilisation durable des terres et les conditions économiques nécessaires à l’adoption de nouvelles technologies par les agriculteurs.

    Cette première partie de sa carrière lui permet de mieux comprendre un problème récurrent de l’agriculture africaine : de nombreuses innovations existent, mais elles restent souvent éloignées des exploitations, faute de financement, d’accompagnement technique, d’infrastructures et de politiques publiques adaptées.

    En rejoignant le Groupe de la Banque mondiale en 2003, Siméon Ehui passe de la recherche à la conception et au pilotage de programmes de développement agricole. Il occupe plusieurs fonctions de responsabilité en Afrique et en Asie avant de devenir directeur de la Pratique mondiale Agriculture et alimentation, puis directeur régional du développement durable pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre.

    À travers ces responsabilités, il contribue à orienter des investissements en faveur de la productivité agricole, de l’accès aux marchés, de l’irrigation, de l’agriculture intelligente face au climat et du développement des chaînes de valeur.

    Siméon Ehui défend aussi l’utilisation du numérique pour rendre l’agriculture plus productive et plus accessible. Selon lui, les outils digitaux peuvent permettre aux producteurs de mieux connaître leurs sols, de gérer plus précisément l’eau et les engrais, d’accéder aux informations climatiques et de vendre directement leurs produits sur de nouveaux marchés.

    Depuis août 2023, il est directeur général de l’International Institute of Tropical Agriculture (IITA), l’un des principaux centres de recherche agricole présents en Afrique. Il exerce également la responsabilité de directeur régional pour l’Afrique au sein du CGIAR.

    Son parcours se distingue ainsi par sa capacité à relier trois domaines importants du monde agricole : la recherche scientifique, les politiques publiques et les réalités quotidiennes des producteurs.

    Pour Siméon Ehui, le défi n’est plus seulement de produire de nouvelles connaissances. Il est surtout de faire sortir les innovations des laboratoires, de les déployer à grande échelle et de les rendre accessibles aux agriculteurs africains.

    Un engagement qui place la science, l’innovation et l’investissement au cœur de la transformation agricole du continent.

  • Patricia ZOUNDI YAO, des racines rurales à l’agriculture durable

    Patricia ZOUNDI YAO, des racines rurales à l’agriculture durable

    Patricia Zoundi Yao n’a pas découvert l’agriculture en devenant entrepreneure. Issue d’une famille d’agriculteurs, elle a passé une partie de son enfance à Soubré, au contact de la terre et des réalités rurales. Elle accompagne également sa mère, commerçante, sur les marchés. Entre ces réalités se dessinent déjà les deux fils conducteurs de son parcours, le monde rural et l’autonomisation économique.

    Après des études en droit des affaires, elle se lance dans l’entrepreneuriat. En 2010, elle crée QuickCash, une solution de transfert d’argent destinée notamment aux populations rurales éloignées des services bancaires. Cette première aventure lui permet de mesurer le potentiel du numérique, tout en restant proche des difficultés rencontrées dans les villages.

    Quelques années plus tard, la terre revient au premier plan. Dans la région de Toumodi, Patricia croise régulièrement des agricultrices qui rentrent du marché avec des tomates invendues. Un jour, elles lui confient leurs produits pour qu’elle tente de les écouler à Abidjan.

    Elle publie quelques photos en ligne et les commandes arrivent. L’épisode révèle un problème plus profond. Ces femmes savent produire, mais l’absence de débouchés structurés les empêche de vivre correctement de leur travail.

    Canaanland naît en 2015 de ce constat. L’entreprise accompagne les petites productrices depuis la mise en culture jusqu’à la commercialisation en facilitant l’accès aux intrants, à l’encadrement technique et au marché. Plus de 400 producteurs ont déjà été accompagnés, dont une grande majorité de femmes.

    Canaan Land porte également une transition progressive vers une agriculture biologique, raisonnée et plus résiliente. Réduction des produits chimiques, compostage, irrigation goutte-à-goutte, rotation des cultures, préservation des sols et de la biodiversité occupent une place croissante dans son modèle. L’enjeu est de proposer des produits plus sains, tout en protégeant les ressources naturelles et les revenus des producteurs.

    Le parcours de Patricia Zoundi Yao s’est enrichi de plusieurs programmes internationaux, notamment Stanford Seed, 2SCALE Inclusive Agribusiness et Fit For Market Plus. Elle a aussi été désignée eTrade for Women Advocate par la CNUCED en 2019.

    Plusieurs distinctions ont récompensé cette trajectoire. Lauréate du Prix national d’excellence pour l’entrepreneuriat jeune en 2014, elle a également reçu le Prix spécial du Premier ministre et le grade de Chevalier de l’Ordre national du mérite.

    En 2025, elle a de nouveau été distinguée au Prix national d’excellence pour son engagement dans le vivrier et les cultures émergentes.

    Avec Canaan Land, Patricia Zoundi Yao transforme ses racines agricoles en un modèle plus durable et inclusif.

  • Alahassane Diakite et Fousseni Diakite : deux champions locaux au service du cacao ivoirien

    Alahassane Diakite et Fousseni Diakite : deux champions locaux au service du cacao ivoirien

    Originaires de Divo, nés dans les années 1990 et issus d’une famille de planteurs, Alahassane et Fousseny Diakité grandissent au contact direct de la cacaoculture.

    Avant de devenir industriels, les frères Diakité font leurs armes dans les métiers de base de la filière. Alahassane commence comme pisteur, c’est-à-dire collecteur de cacao auprès des planteurs, puis devient convoyeur de camions vers le port. Il occupe ensuite un poste de commercial à ICOWA en 2013, avant d’être nommé administrateur de coopérative en 2014. La même année, il cofonde avec des partenaires la société ECAMOI, spécialisée dans l’exportation de café et de cacao.

    Avec Fousseni, il franchit ensuite une étape décisive : passer de l’exportation à la transformation locale. Les deux frères, souvent surnommés les « Jumeaux Suprêmes », s’imposent progressivement comme un tandem dans la filière café-cacao.

    En 2016, les frères Diakité lancent Diakité Cocoa Products, une entreprise spécialisée dans la transformation des sous-grades de cacao en produits semi-finis, notamment le beurre de cacao, la poudre et la liqueur de cacao, destinés aux secteurs cosmétique, pharmaceutique et vétérinaire.

    Le 2 août 2025 marque un tournant majeur avec l’inauguration, à Divo, de La Maison du Cacao / Cacao S.A., un complexe industriel porté par les deux frères. L’usine représente un investissement annoncé de plus de 32 milliards FCFA, est bâtie sur un site de deux hectares et dispose d’une capacité de transformation de 36 000 tonnes de cacao par an, avec un objectif de 80 000 tonnes à l’horizon 2028. Elle comprend plusieurs lignes de production : pâte de cacao, beurre de cacao, raffinage du beurre, chocolaterie et café moulu. À terme, le projet devrait générer un chiffre d’affaires annuel prévisionnel de 147 milliards FCFA et créer 1 117 emplois, notamment au profit des jeunes.

    Les frères Diakité sont également associés à la marque DIAKING CHOCOLAT, pensée pour porter des produits chocolatiers ivoiriens sur les marchés local et international. Ils promeuvent aussi le Forum National du Jeune Cacaoculteur, qui rassemble plus de 3 000 jeunes producteurs et acteurs de la filière autour des enjeux de la chaîne de valeur cacao.

    Leur engagement ne se limite pas à l’industrie. À travers la Fondation Diakité Cocoa, ils mènent également des actions sociales à Divo. Lors de l’inauguration de l’usine, la fondation a notamment posé des actes de solidarité, avec le don d’une ambulance médicalisée au Conseil régional et d’un camion de collecte d’ordures à la mairie de Divo.

    À travers leur parcours, Alahassane et Fousseni Diakité s’imposent comme de véritables champions nationaux locaux, qui travaillent à retenir davantage de valeur là où le cacao est produit.

  • Bottom-up vs Top-down : quelle approche pour un meilleur développement de l’agriculture africaine ?

    Bottom-up vs Top-down : quelle approche pour un meilleur développement de l’agriculture africaine ?

    Ce que le top-down permet

    L’approche top-down possède une force majeure : elle donne une direction. Sans État stratège, il est difficile de construire des routes rurales, de financer la recherche agronomique, d’organiser une politique semencière, d’aménager des périmètres irrigués ou de sécuriser les grandes chaînes de valeur.

    L’agriculture ne peut pas se transformer uniquement par addition d’initiatives locales. Elle a besoin d’infrastructures, de normes, de données, de financements structurants et de coordination. Ces éléments relèvent largement de la puissance publique.

    Le Plan Maroc Vert, déployé de 2008 à 2020, illustre ce qu’une planification publique ambitieuse peut produire lorsqu’elle s’inscrit dans la durée. Le programme a permis de moderniser certaines filières, de mobiliser des investissements importants et de renforcer l’orientation exportatrice de l’agriculture marocaine.

    De la même manière, au Sénégal, le PRACAS a donné une impulsion forte à la production rizicole. L’objectif d’autosuffisance n’a pas été atteint dans les délais annoncés, mais la production nationale a progressé, ce qui constitue un acquis stratégique pour un pays historiquement dépendant des importations.

    Ces exemples montrent qu’un État peut créer des effets d’entraînement puissants lorsqu’il fixe une priorité claire et mobilise les moyens nécessaires. Mais ils révèlent aussi les limites de l’approche descendante.

    De la vision continentale aux politiques agricoles : le rôle stratégique des institutions dans la transformation de l’agriculture africaine.

    Pourquoi le bottom-up est indispensable

    C’est ici que l’approche bottom-up devient essentielle. Elle rappelle une vérité souvent oubliée : le producteur n’est pas un simple bénéficiaire. Il est un acteur économique. Il connaît son exploitation, ses contraintes, ses risques et ses opportunités.

    Une innovation agricole peut être brillante sur le papier et échouer sur le terrain. Elle peut demander trop de main-d’œuvre, arriver au mauvais moment de la saison, supposer un crédit inaccessible ou ne pas trouver de marché rémunérateur. C’est pourquoi les solutions doivent être construites avec ceux qui les utiliseront.

    Les Farmer Field Schools promues par la FAO reposent sur cette logique. Plutôt que de transmettre verticalement des consignes, elles réunissent des producteurs autour de l’observation, de l’expérimentation et de la résolution collective de problèmes.

    Le bottom-up ne signifie pas que chaque village doit réinventer seul sa politique agricole. Il signifie que les politiques doivent intégrer les réalités du terrain dès leur conception. Les organisations paysannes, les coopératives, les agents de terrain, les transformateurs et les commerçants locaux doivent être considérés comme des partenaires, et non comme de simples exécutants.

    L’accès à l’eau et aux infrastructures : des conditions essentielles pour renforcer la productivité et la résilience des exploitations agricoles.

    Les limites du bottom-up

    Mais il faut également éviter d’idéaliser l’approche bottom-up. Elle est souvent pertinente, mais rarement suffisante à elle seule.

    Les acteurs locaux opèrent dans un environnement qu’ils ne contrôlent pas. Ils ne peuvent pas, seuls, construire les routes, sécuriser le foncier, stabiliser les prix, financer la recherche ou créer des systèmes nationaux d’assurance agricole. Ils peuvent innover, mais leur croissance dépend fortement de la qualité des politiques publiques.

    La fragmentation constitue une autre limite. Une multitude d’initiatives brillantes, chacune touchant quelques milliers de producteurs, ne suffit pas à transformer un système agricole national. Sans infrastructures communes, sans financement adapté, sans normes partagées et sans débouchés structurés, les solutions locales risquent de rester dispersées.

    Une approche purement locale peut donc être très pertinente, mais rester trop petite. Une approche purement étatique peut aller vite, mais manquer de précision.

    La vraie opposition n’est donc pas entre top-down et bottom-up. Elle est entre politique agricole abstraite et politique agricole enracinée.

    Le chaînon manquant : la couche méso

    Entre l’État et le producteur individuel, il existe un niveau souvent sous-estimé : la couche méso.

    Cette couche regroupe les coopératives solides, les organisations paysannes bien gouvernées, les interprofessions, les plateformes d’agrégation, les structures de garantie, les entreprises d’ancrage et les agences capables de relier les producteurs aux marchés, aux banques, aux acheteurs et aux institutions publiques.

    C’est peut-être là que se joue une grande partie de l’avenir agricole africain.

    La couche méso joue un rôle de traduction. Elle fait remonter vers l’État l’information du terrain, tandis qu’elle fait descendre vers les producteurs les bénéfices de l’échelle, du financement, de la technologie et du marché. Elle transforme des exploitations dispersées en ensembles suffisamment organisés pour accéder au crédit, négocier avec des acheteurs, mutualiser des équipements ou respecter des normes de qualité.

    Organiser les petits producteurs pour créer une force économique collective : l’exemple d’une approche “méso” au service de l’agriculture.

    Babban Gona, au Nigeria, en offre une illustration intéressante. Son modèle organise les petits producteurs en groupes, leur fournit un accompagnement intégré et facilite leur accès aux intrants, au financement et au marché. L’intérêt du modèle ne tient pas seulement à l’appui technique. Il tient surtout à sa capacité à agréger des exploitations individuelles pour leur donner une puissance économique collective.

    L’Agricultural Transformation Agency éthiopienne joue, à une autre échelle, un rôle comparable. Sa mission consiste à identifier les blocages dans les filières et à coordonner des solutions avec les acteurs publics, privés, associatifs et scientifiques. Elle illustre une manière plus intelligente de faire de la politique agricole : ni planification centralisée pure, ni dispersion d’initiatives locales, mais coordination autour de problèmes concrets.

    Cette couche méso est pourtant encore trop peu financée. Les bailleurs préfèrent souvent les grands programmes publics. Les investisseurs privés préfèrent les start-ups, plus lisibles dans les grilles classiques du capital-risque. Entre les deux, les organisations de producteurs, les interprofessions et les agrégateurs tombent dans une zone grise. Trop privés pour certains financements publics, trop collectifs ou trop patients pour le venture capital traditionnel.

    Pourtant, c’est souvent dans cette zone grise que se trouvent les meilleurs points de levier.

    Repenser le rôle des acteurs

    La bonne articulation entre top-down et bottom-up suppose d’abord de repenser le rôle de l’État. L’État ne doit pas chercher à tout faire, tout décider et tout distribuer. Il doit devenir l’architecte de l’écosystème.

    Son rôle est de fixer le cap, d’investir dans les biens publics, de sécuriser l’environnement réglementaire, de produire des données fiables, de financer la recherche, de structurer les infrastructures, de soutenir les mécanismes de garantie, de protéger les producteurs contre les risques majeurs et de créer les conditions d’un marché plus efficace.

    Cela implique aussi de financer davantage la couche méso. Plutôt que de multiplier les distributions ponctuelles de kits ou d’intrants, les politiques publiques devraient renforcer les organisations capables d’accompagner les producteurs dans la durée : coopératives crédibles, plateformes d’agrégation, services de conseil, structures de mécanisation partagée, centres de collecte, dispositifs de stockage, mécanismes de contractualisation et outils de financement adaptés aux cycles agricoles.

    Technologie, proximité et savoir-faire local : lorsque l’innovation agricole répond concrètement aux besoins du terrain.

    Les entrepreneurs agricoles doivent, eux aussi, tirer les leçons de cette articulation. Une innovation isolée, même brillante, ne transforme pas une filière si elle ne s’inscrit pas dans un système plus large. Une application, une plateforme ou un service ne suffit pas si les producteurs n’ont pas accès au financement, au marché, aux infrastructures, au conseil et à la confiance.

    Les entrepreneurs doivent donc penser au-delà du produit. Ils doivent construire des infrastructures de marché, des modèles de proximité, des partenariats avec les coopératives, des mécanismes d’agrégation et des solutions qui réduisent réellement les coûts de transaction pour les petits producteurs.

    Les investisseurs et les bailleurs, de leur côté, doivent accepter que les vrais points de levier ne soient pas toujours les plus visibles. Les organisations qui connectent le terrain à l’échelle méritent une catégorie de financement spécifique. Elles ne relèvent pas toujours du don classique, ni du capital-risque traditionnel, ni du financement bancaire standard. Elles ont besoin de capital patient, de garanties, d’assistance technique, de fonds de roulement et de mécanismes hybrides capables d’accompagner une transformation progressive.

    En conclusion…

    Le débat top-down contre bottom-up, posé comme un choix, mène à une impasse. L’expérience africaine montre qu’aucune des deux approches n’est suffisante, mais qu’aucune n’est inutile.

    Le top-down apporte l’échelle, les moyens et la coordination. Le bottom-up apporte la pertinence, l’adaptation et l’ancrage dans les réalités du terrain. La couche méso permet de relier les deux.

    La vraie question n’est donc pas de choisir entre l’État et le terrain. La vraie question est de construire des institutions, des organisations et des modèles économiques capables de faire circuler l’information, le financement, la technologie et le pouvoir de décision entre les deux.

    C’est probablement dans cette articulation — entre vision stratégique, intelligence locale et structures méso robustes — que se trouve la voie la plus crédible pour une transformation agricole africaine durable.


    Sources

    African Union. (2025). CAADP Strategy and Action Plan: 2026–2035. African Union. https://au.int/sites/default/files/documents/44705-doc-OSC68108_E_Original_CAADP_Stratedy_and_Action_Plan.pdf

    African Union. (2025, May 6). African Union launches the CAADP Strategy and Action Plan 2026–2035 and the Kampala CAADP Declaration. https://au.int/fr/node/44727

    Agricultural Transformation Institute. (n.d.). About the Agricultural Transformation Institute. https://ati.gov.et/

    Babban Gona Farmer Services Nigeria Limited. (n.d.). Babban Gona. FMO. https://www.fmo.nl/babban-gona

    British International Investment. (n.d.). Babban Gona Farmer Services Nigeria Limited. https://www.bii.co.uk/en/our-impact/investment/babban-gona-farmer-services-nigeria-limited-investment-01/

    Daum, T., & Birner, R. (2021). Uber for tractors? Opportunities and challenges of digital tools for tractor hire in India and Nigeria. World Development, 144, 105480. https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0305750X21000929

    Food and Agriculture Organization of the United Nations. (n.d.). Farmer Field Schools. FAO. https://www.fao.org/farmer-field-schools/en/

    Food and Agriculture Organization of the United Nations. (2024). The State of Food Security and Nutrition in the World 2024. FAO. https://www.fao.org/publications/sofi/2024/en/

    Food and Agriculture Organization of the United Nations, International Fund for Agricultural Development, UNICEF, World Food Programme, & World Health Organization. (2025). The State of Food Security and Nutrition in the World 2025. FAO. https://www.fao.org/publications/sofi/2025/en/

    International Fund for Agricultural Development. (2016). How to do public-private-producer partnerships (4Ps) in agricultural value chains. IFAD. https://www.ifad.org/documents/38714170/40314128/Public-Private-Producer%2BPartnerships%2B%284Ps%29%2Bin%2BAgricultural%2BValue%2BChains/853d82f8-45c9-4493-b2da-b509112cc0b3

    International Fund for Agricultural Development. (2020). Summary of investment information: Great Farm – Babban Gona, Nigeria. IFAD. https://www.ifad.org/documents/38711624/40206666/SII_Babban%2BGona%2B%28002%29%2B-%2BKM.pdf/cbdd3f6a-b647-927d-9992-dd858c6b79a6

    Inter-réseaux Développement rural. (2016). The Green Morocco Plan: The major principles and advances of Morocco’s agricultural strategy. Inter-réseaux Développement rural. https://www.inter-reseaux.org/wp-content/uploads/bds_no20_plan_maroc_vert_en.pdf

    Ministère de l’Agriculture, de la Pêche Maritime, du Développement Rural et des Eaux et Forêts du Royaume du Maroc. (n.d.). Plan Maroc Vert. https://www.agriculture.gov.ma/fr/data-agri/plan-maroc-vert

    Ministry of Food and Agriculture, Ghana. (n.d.). Planting for Food and Jobs: The dream and vision of reality. Government of Ghana. https://mofa.gov.gh/site/publications/agricultural-articles/320-planting-for-food-and-jobs-pfj-the-dream-and-vision-of-reality

    Nsabimana, A., & Mensah, J. T. (2021). Land policy and food prices: Evidence from a land consolidation program in Rwanda. Journal of African Development, 23(2), 1–28. https://www.degruyterbrill.com/document/doi/10.1515/jafio-2021-0010/html

    Opportunity International. (2024). Farmers get agricultural information through artificial intelligence. Opportunity International. https://opportunity.org/news/publications/knowledge-exchange/agricultural-information-through-ai

    République du Sénégal. (2023). Stratégie nationale de développement de la riziculture de deuxième génération au Sénégal. Coalition for African Rice Development. https://riceforafrica.net/wp-content/uploads/2023/06/senegal_nrds2.pdf

    World Bank. (n.d.). Employment in agriculture (% of total employment) — modeled ILO estimate. World Development Indicators. https://data.worldbank.org/indicator/SL.AGR.EMPL.ZS

    World Health Organization. (2025, July 28). Global hunger declines, but rises in Africa and western Asia: UN report. https://www.who.int/news/item/28-07-2025-global-hunger-declines-but-rises-in-africa-and-western-asia-un-report

  • Le sous-investissement chronique dans l’agriculture africaine : une bombe à retardement que la crise d’Ormuz vient d’allumer

    Le sous-investissement chronique dans l’agriculture africaine : une bombe à retardement que la crise d’Ormuz vient d’allumer

    I. La promesse de Maputo : vingt ans de promesses non tenues

    Le 10 juillet 2003, lors du deuxième sommet de l’Union africaine à Maputo, les chefs d’État africains signaient une déclaration historique. Ils s’engageaient à consacrer au moins 10 % de leurs budgets nationaux à l’agriculture d’ici 2008, afin d’atteindre un taux de croissance agricole annuel de 6 %. C’était une reconnaissance que la sécurité alimentaire du continent passait par un investissement.

    Les institutions africaines au cœur des décisions qui façonnent les politiques de développement du continent, avec l’enjeu de mieux orienter les investissements vers les secteurs stratégiques, notamment l’agriculture.

    Dix ans plus tard, le constat était amer : seuls sept pays africains avaient atteint leur objectif, dont cinq en Afrique de l’Ouest. En 2025, les dépenses publiques consacrées à l’agriculture représentent seulement 3 % des budgets gouvernementaux en Afrique. Seuls le Malawi et l’Éthiopie respectent régulièrement le seuil de 10 %.

    Ce gouffre entre promesse et réalité ne s’explique pas uniquement par un manque de volonté politique. Il s’explique aussi par une contrainte structurelle qui s’est aggravée : le poids de la dette. Les pays africains consacrent en moyenne entre 10 % et 25 % de leur budget national au remboursement de leur dette en raison de la hausse des taux d’intérêt. Dans ces conditions, tenir l’engagement de Maputo relève de la quadrature du cercle.

    II. Un secteur structurellement sous-financé, par en haut et par en bas

    Le sous-investissement dans l’agriculture africaine est le produit d’une double défaillance — publique et privée — qui se renforce mutuellement.

    Du côté public, malgré le poids de l’agriculture dans l’économie africaine (33 % du PIB) et son rôle dans l’emploi (60 % de la population active), seulement 3 % des crédits à l’économie sont alloués à ce secteur, dont 80 % se limitent à des financements à court terme.

    Du côté privé, la situation n’est guère meilleure. L’investissement privé ne constitue que 3 % du financement total de l’agriculture africaine, contre 10 % en moyenne dans le reste du monde. À peine 5 % des adultes vivant en zones rurales dans les pays en développement ont reçu un prêt d’une institution financière formelle.

    Le résultat est un déficit colossal avec seulement 49 milliards de dollars ont été investis dans l’agriculture africaine en 2022, contre un besoin estimé à 200 milliards de dollars par an.

    Ce manque a des repercussions concrètes. Alors que l’Asie utilise en moyenne 200 kg d’engrais par hectare, l’Afrique n’en utilise que 48kg. Les systèmes d’irrigation restent embryonnaires. Les pertes post-récolte atteignent parfois 30 à 40 % de la production faute d’infrastructures. Et le continent importe chaque année 100 milliards de dollars de produits alimentaires, alors qu’il possède 60 % des terres arables non cultivées de la planète.

    III. Le paradoxe africain : nourrir le monde et mourir de faim

    L’Afrique présente l’un des paradoxes les plus frappants de l’économie mondiale : elle possède les ressources pour nourrir bien au-delà de sa population, et pourtant elle reste le continent le plus touché par la faim. Plus de 400 millions d’Africains vivent dans l’extrême pauvreté et 60 % des personnes en insécurité alimentaire aiguë dans le monde se trouvent sur le continent.

    Cette contradiction s’explique en grande partie par la nature de son agriculture. Entre 60 et 80 % de la population active en Afrique subsaharienne est constituée de producteurs familiaux qui assurent près de 90 % des besoins alimentaires de base de la population africaine. Ce sont eux qui ont été les plus abandonnés par les politiques publiques.

    Derrière chaque récolte se trouve le travail quotidien de millions de petits producteurs africains, encore confrontés à un accès limité au financement, aux intrants et aux équipements.

    La dépendance aux engrais importés est emblématique de cette fragilité. Environ 80 % des engrais utilisés en Afrique subsaharienne sont importés, souvent à des prix bien supérieurs à ceux pratiqués en Europe en raison des coûts de transport, de financement et de logistique. Quand la chaîne d’approvisionnement se grippe, ce sont les petits producteurs qui absorbent le choc de plein fouet, sans filet de sécurité.

    IV. La crise d’Ormuz comme accélérateur d’une crise déjà présente

    Dans ce contexte, la crise d’Ormuz n’est pas une cause — elle est un accélérateur. Les prix des engrais ont déjà bondi de 30 % à 60 % selon les types. Et le choc a touché l’Afrique au pire moment. En Afrique de l’Est, la saison des grandes pluies débute en mars, fenêtre où les agriculteurs kényans, tanzaniens et somaliens sèment leur maïs. Les engrais commandés au Golfe n’ont jamais été livrés. Les conséquences pour les récoltes africaines de 2026 sont en grande partie déjà irréversibles.

    Les implications sociales sont potentiellement explosives. Si la crise se prolonge, 45 millions de personnes supplémentaires pourraient basculer dans l’insécurité alimentaire. Et au-delà de la faim, c’est toute une économie rurale qui risque de se contracter : migrations forcées, jeunesse sans perspective, déstabilisation sécuritaire dans des régions déjà fragiles.

    L’inflation alimentaire, elle, ne se manifestera pas immédiatement. Le délai de transmission des prix des engrais jusqu’à l’assiette du consommateur suit un calendrier agricole. Ainsi, la FAO souligne que les premiers impacts significatifs sur la production pourraient se matérialiser en six à douze mois. Mais il est inéluctable.

    Lorsque l’investissement agricole reste insuffisant, les producteurs demeurent largement dépendants d’outils et de méthodes à faible productivité, freinant la modernisation des exploitations.

    V. Les leçons non retenues et les solutions connues

    La tragédie réside dans le fait que les solutions sont connues depuis longtemps. Développer une production locale d’engrais, promouvoir les engrais organiques, améliorer la gestion des terres et de l’eau, renforcer les filières de stockage et de transformation — autant de chantiers identifiés depuis des décennies, autant de chantiers qui n’ont malheureusement jamais bénéficié des investissements nécessaires.

    L’Afrique doit augmenter sa production alimentaire locale d’au moins 45 % et réduire de moitié les pertes après récolte d’ici 2035 pour pouvoir nourrir sa population. C’est l’objectif affiché par la Déclaration de Kampala de 2025, qui renouvelle pour la prochaine décennie les ambitions du PDDAA. Mais, comme après Maputo, la question centrale reste : qui paiera, et quand ?

    Le « 2×30 Challenge » appelle à doubler les financements annuels de l’agriculture africaine, de 49 à 100 milliards de dollars d’ici 2030. Un objectif ambitieux, mais qui se heurte à la réalité budgétaire d’États étranglés par leur dette, tandis que la communauté internationale réduit son aide : les financements humanitaires consacrés aux crises alimentaires sont retombés à leur niveau le plus bas depuis près d’une décennie.


    En conclusion…

    La crise d’Ormuz a eu le mérite de rendre visible, en quelques semaines, ce que des décennies de rapports n’avaient pas réussi à faire comprendre aux décideurs : une agriculture sous-capitalisée, dépendante d’une chaîne d’approvisionnement mondiale vulnérable à un seul point de défaillance, est une bombe à retardement.

    La subvention d’urgence des engrais ne suffira pas. Elle ne résout rien structurellement.

    L’agriculture africaine repose encore largement sur les exploitations familiales, qui jouent un rôle essentiel dans l’alimentation des populations malgré des moyens financiers limités.

    Ce qu’il faut, c’est un saut qualitatif dans la façon dont l’Afrique et ses partenaires conçoivent l’investissement agricole : non plus comme une dépense sociale ou humanitaire, mais comme un investissement stratégique de sécurité nationale — au même titre que la défense, les infrastructures ou l’énergie.

    C’est le choix qu’ont fait l’Europe, les États-Unis et le Japon il y a des décennies. C’est le choix que l’Afrique n’a pas encore fait. Et chaque crise qui passe sans réponse structurelle rend le rattrapage plus coûteux, plus douloureux, et plus urgent.


    Sources

    1. Les Echos | Entretien exclusif | 30 avril 2026 | « Guerre au Moyen-Orient : en Afrique, les petits agriculteurs pourraient perdre l’intégralité de leurs revenus pour l’année à cause d’engrais plus coûteux » | Propos d’Alvaro Lario, président du FIDA | Accéder à l’article
    2. ONU Info | Article | 24 avril 2026 | « La faim dans le monde est concentrée dans seulement dix pays » | Réseau mondial contre les crises alimentaires — GRFC 2026 | Accéder à l’article
    3. Banque africaine de développement (BAD) | Communiqué | 28 avril 2026 | « Les gouvernements africains doivent prendre des mesures urgentes face aux pénuries d’engrais » | Accéder à l’article
    4. The Conversation | Tribune | 26 avril 2026 | « Comment la crise d’Ormuz menace nos assiettes » | Michel Edmond Ghanem, chercheur au CIRAD, et Rémi Hémeryck, SOS Sahel International | Accéder à l’article
    5. Le Grand Continent | Analyse | 7 avril 2026 | « En Afrique, le blocage d’Ormuz peut-il provoquer une famine massive ? » | Augustin Grandgeorge | Accéder à l’article
    6. Afrik.com | Article | Avril 2026 | « Crise des engrais : Ormuz rouvre trop tard pour sauver les récoltes en Afrique » | Accéder à l’article
    7. Fondation FARM | Synthèse de conférence | 2024 | « Sortir le financement de l’agriculture et des filières de l’impasse (Episode 2) » | Lola Pochet | Accéder à l’article
    8. Willagri | Article | 8 septembre 2025 | « L’agriculture africaine plombée par le poids de la dette » | Accéder à l’article
    9. FNH Maroc / BCG | Article | Septembre 2025 | « Afrique : l’agriculture face à de nouveaux défis de financement et de durabilité » | Basé sur le rapport BCG « African Agriculture for Global Sustainable Development » | Accéder à l’article
    10. Jeune Afrique | Tribune | 30 avril 2014 | « Les engagements de Maputo doivent être renouvelés, renforcés et… respectés » | Accéder à l’article
    11. Médiaterre | Article | 17 septembre 2013 | « Investissement dans l’agriculture : l’amère réalité de la déclaration de Maputo » | Accéder à l’article
  • Létondji Beheton, l’artisan du virage industriel du coton béninois

    Létondji Beheton, l’artisan du virage industriel du coton béninois

    À la tête de la Société d’investissement et de promotion de l’industrie du Bénin, SIPI-Bénin, Létondji Beheton est devenu l’un des principaux visages de la Zone industrielle de Glo-Djigbé, la GDIZ.

    À Glo-Djigbé, à une quarantaine de kilomètres de Cotonou, il évolue au milieu de ce qui ressemble de plus en plus à une ville industrielle. Des unités textiles y côtoient des installations dédiées à la transformation de la noix de cajou, du soja et d’autres matières premières agricoles. Des investisseurs y installent leurs machines et des produits fabriqués au Bénin commencent à rejoindre les marchés internationaux.

    Un parcours venu de la finance

    Létondji Beheton n’est pas issu de l’univers agricole. Diplômé de l’Université du Maryland, aux États-Unis, il commence sa carrière dans la finance et passe notamment par Bank of America puis par le département du Trésor américain. De retour dans l’écosystème économique béninois, il rejoint les dispositifs chargés de renforcer l’attractivité du pays.

    À l’Agence de promotion des investissements et des exportations, l’APIEx, il travaille à attirer des capitaux avant de collaborer également avec la présidence sur les questions d’investissement.

    De la promotion à la réalisation

    En 2021, il rejoint ARISE et SIPI-Bénin. À Glo-Djigbé, son métier change alors de nature. Il ne s’agit plus seulement de convaincre des investisseurs, mais de transformer leurs engagements en infrastructures, en usines et en emplois.

    La GDIZ repose sur un partenariat entre l’État béninois et ARISE Integrated Industrial Platforms. Son ambition est de créer autour des principales matières premières du pays de véritables écosystèmes industriels. Le textile en est progressivement devenu l’une des vitrines. Plusieurs opérations autrefois réalisées essentiellement à l’étranger, notamment la filature, le tissage, la teinture et la confection, sont désormais effectuées sur place.

    Une vision fondée sur la compétitivité

    Pour Létondji Beheton, l’enjeu dépasse toutefois le symbole du « Made in Benin ». Son discours insiste davantage sur la compétitivité : disposer d’une énergie fiable, atteindre une taille industrielle suffisante, former la main-d’œuvre, mobiliser des financements de long terme et répondre aux exigences des acheteurs internationaux en matière de qualité, de prix et de délais.

    Son passage par la finance transparaît dans cette approche. L’industrialisation, dans sa vision, ne se décrète pas. Elle doit être financée, organisée et capable de tenir économiquement. La GDIZ a ainsi mobilisé des centaines de millions d’euros et recouru à des instruments associant investisseurs privés, banques de développement, agences de crédit-export et mécanismes de garantie.

    Le porte-parole de l’expérience béninoise

    Au fil des années, Létondji Beheton est également devenu l’un des principaux porte-parole de l’expérience béninoise à l’étranger. Lors des rencontres internationales, il défend une politique industrielle qui cherche moins à exporter davantage de matières premières qu’à attirer les activités capables de les transformer.

    Le 30 juin 2026, il portait encore ce message au Parlement européen lors d’une rencontre consacrée au textile africain. Face à des responsables politiques, des industriels et des représentants de marques, il plaidait notamment pour un rapprochement entre les chaînes d’approvisionnement européennes et les nouvelles capacités textiles ouest-africaines.

    En quelques années, l’ancien financier est ainsi passé de la promotion de l’investissement à la conduite de l’un des projets industriels les plus observés d’Afrique de l’Ouest.

    Portrait initialement publié dans AgroMakers Magazine n°5 (1er septembre 2026), à l’occasion du dossier « Coton africain : réinventer l’or blanc ».