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  • Nigeria : près de 700 millions de dollars injectés dans l’agriculture pour consolider la sécurité alimentaire

    Nigeria : près de 700 millions de dollars injectés dans l’agriculture pour consolider la sécurité alimentaire

    Le Nigeria vient de dresser un bilan chiffré de son engagement en faveur du secteur agricole sur les trois dernières années. Selon le ministère fédéral de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, ce sont 950 milliards de nairas, soit environ 697 millions de dollars, qui ont été mobilisés à travers des programmes d’assurance et de financement destinés aux producteurs. Ce bilan a été présenté le 6 juin 2026 dans le cadre d’une évaluation des actions menées pour renforcer la sécurité alimentaire et améliorer la productivité agricole nationale.

    Sur ce montant global, 700 milliards de nairas ont été consacrés à la couverture d’assurance agricole, permettant de protéger près de 200 000 agriculteurs contre les aléas climatiques et les pertes de récoltes. En complément, une facilité de 250 milliards de nairas a été accordée à la Banque de l’agriculture afin qu’elle propose des financements à des conditions accessibles aux exploitants.

    Ces efforts s’inscrivent dans l’Agenda « Renewed Hope » du président Bola Ahmed Tinubu, qui vise à renforcer la production agricole nationale et à contenir la hausse des prix alimentaires. Ils viennent s’ajouter à d’autres mesures déjà déployées — distribution d’engrais et de semences améliorées, mécanisation et développement d’infrastructures rurales.

    L’enjeu est de taille pour un pays où l’agriculture pèse près de 24 % du PIB et emploie environ la moitié de la population active. Malgré ce poids structurel, le secteur reste confronté à des contraintes durables : forte exposition aux perturbations climatiques, faible taux de mécanisation, coûts des intrants en hausse et difficultés persistantes d’accès au crédit pour les petits exploitants.

    Le soutien des partenaires internationaux vient renforcer cette dynamique. En avril dernier, la Banque mondiale a approuvé un crédit de 500 millions de dollars pour financer sur six ans le projet AGROW, centré sur l’accroissement de la productivité des petits exploitants, le renforcement des chaînes de valeur agricoles et l’amélioration de la sécurité nutritionnelle. Un signal fort qui témoigne de la crédibilité retrouvée de la trajectoire agricole nigériane aux yeux des bailleurs internationaux.

     

  • Afrique du Sud : une nouvelle technologie semencière pourrait transformer la filière pomme de terre

    Afrique du Sud : une nouvelle technologie semencière pourrait transformer la filière pomme de terre

    Dans la filière pomme de terre sud-africaine, une innovation venue des Pays-Bas est sur le point de changer les règles du jeu. RegenZ, entreprise pionnière de l’agriculture régénératrice en Afrique du Sud, s’apprête à introduire la semence vraie de pomme de terre hybride dans le pays, en partenariat avec Solynta, société néerlandaise spécialisée dans la sélection de ce type de semences. L’autorisation d’importation est en voie d’être accordée par les autorités réglementaires sud-africaines.

    La rupture avec les pratiques actuelles est significative. Jusqu’ici, la culture de la pomme de terre repose sur l’utilisation de tubercules-semences, un système présentant plusieurs contraintes bien connues des producteurs : encombrement logistique, périssabilité, risques de transmission de maladies en l’absence de certification rigoureuse. Avec la semence vraie hybride, l’équation change radicalement. Pour mettre en place un hectare, il suffit d’environ 25 grammes de semences, contre près de 2,5 tonnes de tubercules pour une surface équivalente. L’économie sur le transport et le stockage est immédiate.

    Au-delà de la logistique, la technologie présente d’autres avantages compétitifs. Les variétés hybrides développées par Solynta offrent une résistance génétique élevée au mildiou, ce qui permet de réduire les traitements fongicides, de diminuer les coûts de production et de limiter les résidus phytosanitaires sur les récoltes. Il ne s’agit pas de semences génétiquement modifiées — les OGM n’étant pas autorisés en Afrique du Sud — mais d’une amélioration variétale par sélection hybride classique.

    La flexibilité offerte aux producteurs constitue également un atout de taille. Le système actuel des tubercules-semences fonctionne selon un modèle rigide, avec des volumes souvent réservés longtemps à l’avance auprès de grands fournisseurs. La semence vraie affranchit les exploitants de cette dépendance et leur permet de planifier leurs plantations plus librement.

    La technologie n’est pas inédite sur le continent. Solynta est déjà présente au Kenya et dans plusieurs pays d’Afrique de l’Est, où des agriculteurs ont déjà semé directement les graines en plein champ avec succès. L’Afrique du Sud et le Kenya constituent aujourd’hui les deux marchés pilotes prioritaires pour son déploiement à plus grande échelle. Des essais ont par ailleurs été menés à l’Université de l’État libre, sous supervision académique, avec des résultats jugés encourageants. Plusieurs entreprises semencières sud-africaines ont d’ores et déjà manifesté leur intérêt pour commercialiser ces semences en petits conditionnements via les pépinières et les coopératives. Une technologie encore jeune, mais dont le potentiel de diffusion dans la petite agriculture africaine semble aujourd’hui difficilement contestable.

  • Burkina Faso : 8 000 jeunes formés à l’entrepreneuriat agricole, un pari sur la souveraineté alimentaire

    Burkina Faso : 8 000 jeunes formés à l’entrepreneuriat agricole, un pari sur la souveraineté alimentaire

    En un an, le Burkina Faso aura formé 8 000 jeunes entrepreneurs agricoles. C’est le bilan de l’Initiative présidentielle pour la production agricole et l’autosuffisance alimentaire (IP-P3A), dont la troisième et dernière cohorte a officiellement achevé sa formation le 5 juin 2026 à l’École nationale de formation agricole (ENAFA) de Matourkou, à Bobo-Dioulasso. Ces 3 000 nouveaux volontaires, âgés de 18 à 40 ans, viennent compléter les deux premières vagues formées depuis le lancement du programme en mars 2025.

    Le contenu de la formation donne la mesure de l’ambition portée par l’initiative. En 70 jours minimum, les apprenants ont été outillés en production végétale, fertilité des sols, céréaliculture, maraîchage et élevage — incluant l’aviculture et la pisciculture. La transformation agroalimentaire y figure également, avec des modules pratiques sur la fabrication de confitures, purées, conserves et pâte d’arachide. Une composante en bio-intrants, compost et biopesticides a complété le cursus, ancrant le tout dans une démarche d’agriculture moderne et durable. Avant même le volet technique, les recrues ont suivi une formation en civisme et patriotisme, dans l’objectif déclaré de changer le regard sur le métier agricole et d’en faire une vocation valorisante.

    L’accompagnement post-formation est tout aussi structuré. Quelque 4 335 hectares ont été mobilisés pour l’installation des jeunes, avec des aménagements déjà engagés sur plus de 1 000 hectares. Chaque groupe dispose de deux hectares équipés de forages pour les cultures de saison sèche. Des kits complets ont été distribués, incluant plus de 127 tonnes de semences, près de 870 tonnes d’engrais, des pulvérisateurs, semoirs et tricycles. À terme, les coopératives en cours de formalisation auront accès à des tracteurs et motoculteurs solaires sous forme de prêts.

    Derrière ce dispositif, la vision est clairement posée par les autorités burkinabè. Comme l’a formulé le secrétaire général du ministère de l’Agriculture lors de la cérémonie de sortie, la liberté du Burkinabè passe aussi par sa capacité à se nourrir lui-même. Ces 8 000 jeunes entrepreneurs sont attendus sur le terrain dès la campagne hivernale 2026-2027 — un test grandeur nature pour une initiative qui mise sur la jeunesse pour transformer l’équation alimentaire du pays.

     

  • Burkina Faso : une récolte de sésame record qui repositionne le pays sur l’échiquier agricole régional

    Burkina Faso : une récolte de sésame record qui repositionne le pays sur l’échiquier agricole régional

    Malgré un contexte sécuritaire tendu, le Burkina Faso affiche une performance agricole qui mérite attention. La filière sésame vient d’enregistrer sa meilleure saison depuis plusieurs années, avec une production de 376 945 tonnes au titre de la campagne 2024-2025, selon les données publiées par le Conseil burkinabè des filières agropastorales et halieutiques (CBF). C’est une hausse de 52,51 % par rapport à la campagne précédente, et un bond de plus de 34 % au-dessus de la moyenne des cinq dernières années, établie à 280 340 tonnes.

    Le sésame occupe une place stratégique dans l’économie agricole burkinabè. Culture de rente par excellence, il contribue directement aux exportations nationales, aux revenus des exploitants et aux entrées de devises du pays. Sa production est concentrée dans plusieurs bassins à fort potentiel, notamment les régions du Goulmou, du Bankui, du Nando, du Nazinon et du Tannounyan, où la filière bénéficie d’un ancrage territorial solide.

    Cette performance intervient à un moment où l’agriculture burkinabè fait face à de multiples pressions — insécurité, déplacements de populations, perturbations climatiques — rendant ce résultat d’autant plus significatif. Il témoigne d’une résilience productive que les autorités de la filière entendent consolider à travers une meilleure structuration des organisations professionnelles, un renforcement de la gouvernance et un travail de fond sur la qualité et la compétitivité des produits.

    Le CBF rappelle également son engagement à accompagner l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur, des producteurs aux commerçants, dans une logique de développement durable de la filière. Pour le Burkina Faso, le sésame n’est plus seulement une culture parmi d’autres — il s’affirme comme l’un des piliers de son agriculture d’exportation, et cette récolte record pourrait bien accélérer l’intérêt des acheteurs internationaux pour l’offre burkinabè.

  • Pertes post-récolte : le Ghana cherche ses réponses en Biélorussie

    Pertes post-récolte : le Ghana cherche ses réponses en Biélorussie

    Chaque année, le Ghana perd près de 1,9 milliard de dollars du fait des pertes post-récolte, un chiffre qui résume à lui seul l’ampleur d’un défi structurel que les gouvernements successifs n’ont pas réussi à résoudre. Face à cette hémorragie silencieuse, Accra tente une approche nouvelle en s’inspirant du modèle agroindustriel biélorusse.

    C’est dans ce cadre que le président John Dramani Mahama effectue une visite d’État de cinq jours en Biélorussie, incluant un passage dans la ville de Brest, pôle reconnu de l’agro-transformation du pays. Il s’agit d’identifier des solutions techniques concrètes pour réduire des pertes qui, selon les filières, peuvent affecter jusqu’à 50 % de la production agricole récoltée — les produits périssables comme les fruits, légumes et tubercules étant les plus exposés.

    Les causes sont bien connues et largement documentées. Elles résultent de l’effet combiné de l’insuffisance des infrastructures de stockage, de l’absence de chaînes du froid adaptées, de la faiblesse du réseau routier et de la fragmentation des circuits de commercialisation. Des acteurs du secteur avaient déjà alerté sur le fait que sans investissement massif dans le stockage et le transport, toute hausse de la production ne fait qu’augmenter mécaniquement le volume des pertes.

    La Biélorussie apparaît comme un partenaire stratégique crédible dans ce domaine, fort d’une agroindustrie développée et d’une expertise éprouvée en matière de conservation et de transformation des produits agricoles. Les deux pays ont par ailleurs renforcé leurs liens ces derniers mois. En mars 2026, Minsk avait annoncé l’exportation de 3 000 tracteurs et équipements agricoles vers le Ghana, assortie de la création de centres de maintenance et de programmes de formation technique. Ce volet mécanisation s’inscrit dans l’initiative Feed Ghana, qui vise à déployer plus de 4 000 machines agricoles dans 50 districts d’un secteur où 78 % des opérations restent encore manuelles.

    Le Ghana n’est pas le seul pays d’Afrique de l’Ouest à regarder vers Minsk. La Biélorussie affiche une ambition claire sur le marché africain, notamment dans le laitier, avec des exportations déjà entamées vers le Sénégal. Pour Accra, troisième importateur de produits laitiers de la sous-région après la Mauritanie et le Nigeria, l’enjeu dépasse la seule question des pertes post-récolte et touche à une recomposition plus large de sa politique agroalimentaire.

  • Soudan : la BAD et le PAM unissent leurs forces pour relancer l’agriculture en pleine crise

    Soudan : la BAD et le PAM unissent leurs forces pour relancer l’agriculture en pleine crise

    En pleine guerre civile, le Soudan tente de maintenir debout ce qui reste de son appareil productif agricole. Le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) et le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies viennent de franchir un cap décisif en signant un accord pour le lancement du projet BOOST — acronyme de Boosting Agrifood Systems Resilience in Sudan (Renforcer la résilience des systèmes agroalimentaires au Soudan).

    L’initiative s’étend sur quatre ans et cible les États de Sennar et du Nil Bleu, deux zones historiquement agricoles mais fragilisées par des années de pratiques rudimentaires et les destructions du conflit. Elle vise à restaurer la production, limiter les pertes après récolte, améliorer les revenus des exploitants et renforcer leurs connexions aux marchés locaux. Au total, plus de 230 000 foyers agricoles devraient être accompagnés, avec une production attendue d’environ un million de tonnes de céréales et de légumineuses — de quoi couvrir les besoins annuels de près de neuf millions de personnes en céréales.

    Le projet s’inscrit dans un contexte alarmant où plus de 19 millions de Soudanais font face à une situation de crise alimentaire grave. Pourtant, les résultats des programmes existants plaident pour la viabilité de l’approche. Le directeur du PAM au Soudan a rappelé que des agriculteurs déjà accompagnés par l’organisation ont réussi à maintenir, voire à améliorer leurs rendements en blé et en sorgho malgré le contexte de guerre.

    Avec près de 267 millions de dollars investis conjointement depuis 2023, la BAD et le PAM affichent une ambition claire, celle d’amorcer au Soudan la transition d’une logique d’aide d’urgence vers un soutien structurel à la production alimentaire locale. Le projet BOOST viendra consolider les acquis du Programme d’urgence de production de blé déjà en cours, en y intégrant un volet agro-industriel à travers la constitution de groupements d’agriculteurs.

    Dans un pays où l’agriculture représente le socle de la survie de millions de personnes, ce partenariat institutionnel est peut-être l’un des rares signaux positifs à venir du Soudan en ce moment.

  • Burkina Faso : la suspension des importations de riz et des exportations de bétail relance le débat sur la souveraineté alimentaire

    Burkina Faso : la suspension des importations de riz et des exportations de bétail relance le débat sur la souveraineté alimentaire

    Le Burkina Faso a pris deux mesures fortes pour protéger son marché intérieur : la suspension des importations de riz, annoncée le 29 avril 2026, et la suspension des exportations de bétail sur l’ensemble du territoire national, annoncée le 8 mai 2026. Les autorités justifient ces décisions par la volonté de favoriser l’écoulement de la production locale, de garantir la disponibilité des produits sur le marché national et de soutenir la souveraineté alimentaire.

    À Ouagadougou, ces mesures ont reçu un accueil favorable d’une partie de la population. Plusieurs citoyens interrogés par Le360 Afrique estiment qu’elles permettront de soutenir les producteurs locaux, de mieux maîtriser ce que le pays consomme et d’éviter les tensions sur les prix, notamment à l’approche de périodes de forte demande comme la Tabaski.

    La suspension de l’importation du riz s’inscrit dans une politique plus large de promotion de la production locale. Depuis 2023, le Burkina Faso met en œuvre l’Offensive agropastorale et halieutique, un programme destiné à accroître la production de filières stratégiques comme le riz, le maïs, le blé, la pomme de terre, la mangue, le poisson, la volaille et la viande.

    Dans le cas du bétail, le gouvernement indique vouloir assurer la disponibilité sur le marché national. La décision suspend également la délivrance des Autorisations spéciales d’exportation, avec un délai d’une semaine accordé aux détenteurs d’autorisations en cours pour finaliser leurs opérations.

    Ces mesures posent toutefois une question économique importante. Protéger la production locale peut donner de l’air aux producteurs et stimuler l’investissement national. Mais une restriction durable des importations ou des exportations peut aussi créer des effets secondaires : tensions commerciales, contournements informels, baisse de revenus pour certains exportateurs, risque de pénurie si la production locale ne suit pas, ou hausse des prix si l’offre intérieure reste insuffisante.

    Le succès de cette politique dépendra donc de l’accompagnement. Pour le riz, il faudra garantir la qualité, la disponibilité, le stockage, la transformation et la distribution de la production locale. Pour le bétail, il faudra sécuriser l’approvisionnement intérieur sans fragiliser les éleveurs dont les revenus dépendent parfois des marchés régionaux.

    Le Burkina Faso fait ainsi un choix assumé : placer la souveraineté alimentaire au-dessus de la logique de libre circulation immédiate des produits. Cette orientation peut renforcer les filières nationales, à condition qu’elle s’appuie sur des investissements solides, une organisation efficace des marchés et un dialogue avec les producteurs, commerçants et consommateurs.

    À court terme, les mesures peuvent rassurer une partie de la population. À moyen terme, leur crédibilité dépendra de la capacité du pays à produire suffisamment, à prix abordable, tout en améliorant les revenus des acteurs agricoles.

     

  • Riz hybride : l’héritage de Yuan Longping continue de marquer l’agriculture africaine

    Riz hybride : l’héritage de Yuan Longping continue de marquer l’agriculture africaine

    Cinq ans après la disparition de Yuan Longping, l’agronome chinois surnommé le « père du riz hybride », son héritage reste visible en Afrique. De la Guinée à Madagascar, en passant par le Tchad ou la Gambie, plusieurs projets de coopération agricole mettent en avant le riz hybride comme une piste pour améliorer les rendements et réduire la dépendance aux importations.

    L’enjeu est majeur. Le riz est devenu un aliment central dans de nombreux pays africains, notamment en Afrique de l’Ouest. Mais la production locale reste souvent insuffisante face à une demande en forte croissance. Dans ce contexte, les variétés hybrides suscitent l’intérêt, car elles peuvent offrir de meilleurs rendements que certaines variétés traditionnelles, à condition d’être adaptées aux sols, au climat et aux pratiques locales.

    En Guinée, un projet de démonstration appuyé par des experts chinois aurait permis d’atteindre des rendements d’environ 6 tonnes par hectare et par saison. Au Tchad, des variétés sélectionnées dans le cadre de la coopération chinoise auraient augmenté les rendements de plus de 35 % par rapport à certaines souches locales. En Gambie, des producteurs accompagnés par des experts ont également enregistré des progrès importants, grâce à une combinaison de semences améliorées, formation technique et mécanisation.

    Madagascar occupe une place particulière dans cette dynamique. Le pays dispose d’un centre de démonstration du riz hybride à Mahitsy, ainsi que d’un laboratoire conjoint Chine-Madagascar consacré à cette culture. L’objectif est de développer des variétés mieux adaptées aux conditions locales et de renforcer progressivement la production de semences sur place.

    Mais le riz hybride ne doit pas être présenté comme une solution miracle. Son efficacité dépend d’un ensemble de conditions : accès à l’eau, disponibilité des engrais, encadrement technique, qualité des semences, organisation des producteurs, stockage, transformation et accès au marché. Sans ces éléments, les gains de rendement peuvent rester limités.

    L’autre enjeu est celui de la souveraineté semencière. Si les pays africains dépendent uniquement de semences importées, ils risquent de remplacer une dépendance alimentaire par une dépendance technologique. À l’inverse, si les coopérations permettent de former des chercheurs africains, de renforcer les instituts nationaux et de produire localement des semences adaptées, le riz hybride peut devenir un véritable levier de souveraineté alimentaire.

    L’héritage de Yuan Longping peut donc continuer à nourrir l’Afrique, mais à une condition : que cette technologie soit appropriée localement. Pour les pays africains, l’objectif n’est pas seulement de produire plus de riz, mais de bâtir des filières solides, compétitives et maîtrisées par les acteurs locaux.

     

  • Financement agricole : l’AFSA interpelle la BAD sur le modèle d’agrobusiness promu en Afrique

    Financement agricole : l’AFSA interpelle la BAD sur le modèle d’agrobusiness promu en Afrique

    Aux Assemblées annuelles 2026 de la Banque africaine de développement, organisées à Brazzaville, l’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique, AFSA, a ouvert un débat sensible : les financements agricoles massifs profitent-ils réellement aux petits producteurs ou renforcent-ils surtout les grands modèles agro-industriels ?

    L’organisation critique l’orientation de certains financements vers de vastes projets d’agrobusiness, des chaînes de valeur mondialisées et de grandes entreprises, au détriment des systèmes agricoles locaux, diversifiés et portés par les communautés paysannes. Selon l’AFSA, ce choix risque de marginaliser les petits producteurs, alors même qu’ils jouent un rôle central dans l’alimentation du continent.

    La critique porte aussi sur le narratif des « terres disponibles » ou « sous-utilisées ». Pour plusieurs organisations paysannes et chercheurs, ces espaces sont souvent déjà utilisés par des communautés locales, des éleveurs, des agriculteurs ou des systèmes écologiques complexes. Les considérer comme vides ou inutilisés peut ouvrir la voie à des conflits fonciers et à des formes d’accaparement des terres.

    L’AFSA met également en cause certaines formes de finance dite « climato-intelligente », lorsqu’elles soutiennent des monocultures intensives, dépendantes d’intrants chimiques et vulnérables aux chocs climatiques. L’organisation plaide au contraire pour un financement plus important de l’agroécologie, des semences paysannes, de la régénération des sols, des marchés locaux et de la transparence dans l’identification des bénéficiaires finaux.

    Ce débat ne doit pas être réduit à une opposition simpliste entre agriculture moderne et agriculture paysanne. L’Afrique a besoin d’investissements massifs, de productivité, de mécanisation, de transformation et de financement. Mais la question essentielle est celle du modèle : qui possède les terres ? Qui contrôle les semences ? Qui capte la valeur ? Qui supporte les risques ? Et qui bénéficie réellement des fonds mobilisés ?

    Pour les institutions financières africaines, le défi consiste à concilier montée en échelle et inclusion. Les grands projets peuvent contribuer à structurer des filières, mais ils doivent éviter d’écraser les exploitations familiales, les systèmes fonciers locaux et les marchés de proximité. À l’inverse, les petits producteurs ne doivent pas rester enfermés dans une agriculture de subsistance, sans accès au crédit, aux intrants, aux équipements et aux débouchés.

    La controverse ouverte par l’AFSA est donc utile. Elle rappelle que le financement agricole ne peut pas être évalué uniquement en milliards mobilisés. Il doit aussi être mesuré à l’aune de ses effets sur la souveraineté alimentaire, les revenus paysans, l’emploi rural, la résilience climatique et la capacité des Africains à contrôler leurs propres systèmes alimentaires.

  • Côte d’Ivoire : SOTIC SA veut industrialiser l’agriculture par les équipements locaux

    Côte d’Ivoire : SOTIC SA veut industrialiser l’agriculture par les équipements locaux

    En Côte d’Ivoire, SOTIC SA défend une conviction forte : l’Afrique ne pourra pas transformer durablement ses matières premières sans développer ses propres équipements industriels. Dirigée par Bakayoko Aboubakar, l’entreprise conçoit et fabrique localement des machines destinées à la transformation agricole, notamment pour la noix de cajou, le manioc, l’attiéké, l’huile de palme, le cacao, le café et les céréales.

    L’histoire de SOTIC part d’un constat simple. Dans plusieurs régions agricoles ivoiriennes, les producteurs vendent leurs récoltes à bas prix, faute de solutions de transformation adaptées. Bakayoko Aboubakar, ingénieur industriel de formation, explique avoir observé cette difficulté dans la région de la Bagoué, où les producteurs étaient souvent contraints de céder leurs produits sans véritable valorisation locale.

    La réponse de SOTIC a été de fabriquer des machines adaptées aux réalités locales. L’entreprise s’inscrit ainsi dans une logique de souveraineté industrielle : produire en Afrique les équipements nécessaires à la transformation des matières premières africaines. Cette approche touche un point central du développement agricole du continent. Pendant longtemps, les politiques agricoles se sont concentrées sur la production. Or, sans transformation, stockage, conditionnement et mécanisation, une grande partie de la valeur continue d’échapper aux producteurs et aux économies locales.

    La Côte d’Ivoire illustre parfaitement ce défi. Le pays est un géant agricole dans plusieurs filières, dont le cacao et l’anacarde. Mais l’enjeu est désormais de capter davantage de valeur ajoutée par la transformation locale. Selon SOTIC, l’Afrique de l’Ouest dispose d’un potentiel considérable, mais elle doit renforcer ses capacités industrielles, ses compétences techniques et ses équipementiers locaux.

    L’intérêt du modèle SOTIC dépasse donc le seul cas d’une entreprise. Il interroge la capacité des pays africains à faire émerger un tissu industriel au service de l’agriculture. Car il ne suffit pas de construire des usines. Il faut aussi des concepteurs, des fabricants, des techniciens de maintenance, des pièces de rechange, des ingénieurs et des chaînes d’approvisionnement capables de soutenir ces unités dans la durée.

    En ce sens, les équipementiers locaux pourraient devenir l’un des maillons les plus stratégiques de l’agro-industrialisation africaine. Leur rôle est de transformer les ambitions politiques en solutions concrètes : machines accessibles, adaptées, réparables et évolutives. Pour les producteurs et les PME agroalimentaires, c’est souvent la différence entre vendre une matière première brute et construire une véritable activité industrielle.