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  • Tanzanie : les semences améliorées au cœur d’une nouvelle stratégie agricole

    Tanzanie : les semences améliorées au cœur d’une nouvelle stratégie agricole

    La Tanzanie veut franchir un cap dans la modernisation de son agriculture. Le pays a approuvé en mai 2026 une stratégie nationale de développement du secteur semencier, avec un objectif ambitieux : doubler les superficies cultivées avec des semences améliorées, de près de 3 millions d’hectares actuellement à 6 millions d’hectares d’ici 2030.

    Cette stratégie intervient dans un contexte de pression croissante sur les systèmes alimentaires d’Afrique de l’Est et australe. Chocs climatiques, hausse de la demande alimentaire, faibles rendements et accès limité aux intrants de qualité obligent les États à repenser leurs politiques agricoles. En Tanzanie, où l’agriculture emploie près de 65 % de la population et contribue à environ un quart du PIB, la question des semences est particulièrement stratégique.

    La nouvelle stratégie tanzanienne prévoit également d’élargir le réseau d’agrodealers, ces distributeurs de proximité qui fournissent aux agriculteurs semences, engrais, conseils techniques et parfois équipements. Leur nombre devrait passer d’environ 3 000 à 12 000 d’ici 2030.

    L’enjeu est simple : rapprocher les semences de qualité des producteurs, en particulier dans les zones rurales où les services publics de vulgarisation agricole restent parfois insuffisants. Les semences améliorées ne sont pas seulement un intrant parmi d’autres. Elles conditionnent les rendements, la résistance aux maladies, l’adaptation au climat et la rentabilité des exploitations.

    La stratégie met aussi l’accent sur la certification, la multiplication locale des semences, la participation du secteur privé, l’intelligence de marché et l’articulation avec les investissements dans l’irrigation et la productivité de l’eau. Cette approche intégrée est importante, car une bonne semence ne donne son plein potentiel que si elle est associée à de bonnes pratiques agricoles, à l’eau, aux fertilisants, à l’accompagnement technique et à l’accès au marché.

    Pour la Tanzanie, cette stratégie peut renforcer la sécurité alimentaire nationale, mais aussi positionner le pays comme un acteur régional du marché semencier. Elle s’inscrit dans une dynamique plus large de modernisation agricole, notamment dans le riz, les céréales, l’horticulture et les cultures de rente.

    Le principal défi sera l’exécution. Beaucoup de pays africains disposent de stratégies ambitieuses, mais peinent à les traduire en résultats concrets pour les producteurs. Si la Tanzanie parvient à structurer durablement son système semencier, elle pourrait devenir l’un des exemples les plus intéressants de transformation agricole portée par l’accès aux intrants de qualité.

     

  • Burkina Faso : la foire de l’INERA remet les semences au cœur de la souveraineté alimentaire

    Burkina Faso : la foire de l’INERA remet les semences au cœur de la souveraineté alimentaire

    À Ouagadougou, la 17e édition de la Foire aux semences et des innovations agricoles de l’Institut de l’environnement et de recherches agricoles, l’INERA, s’est tenue du 29 au 31 mai 2026 autour d’un thème stratégique : « Engagement de l’État, traçabilité semencière et innovations agricoles : leviers stratégiques de l’Offensive agropastorale pour une souveraineté alimentaire au Burkina Faso ».

    Cette foire intervient dans un contexte où le Burkina Faso cherche à accélérer sa production agricole locale et à réduire sa dépendance aux importations. Les semences apparaissent désormais comme un levier central de cette ambition. Sans semences certifiées, adaptées et accessibles, les efforts d’aménagement, de mécanisation ou de distribution d’intrants risquent de produire des résultats limités.

    L’un des faits marquants de cette édition est l’implication directe de l’État dans l’achat de semences de base produites par la recherche nationale. Selon les responsables de l’INERA, cette démarche vise à mettre des semences de qualité à la disposition des producteurs semenciers, tout en renforçant la traçabilité. Le problème est connu : des semences certifiées peuvent parfois être mélangées à des semences non améliorées, ce qui réduit les performances attendues sur le terrain.

    La foire a également mis en avant plusieurs cultures d’intérêt stratégique : maïs, riz, mil, sorgho, niébé, ainsi que des cultures dites négligées mais jugées importantes pour leur résilience face au changement climatique et à la sécheresse

    Au-delà de l’exposition, l’événement joue un rôle d’interface entre chercheurs, producteurs, décideurs publics et partenaires techniques. C’est un point essentiel : la recherche agricole ne peut avoir d’impact que si ses résultats sortent des laboratoires et atteignent effectivement les exploitations.

    Pour le Burkina Faso, la question semencière est donc politique autant que technique. Elle touche à la souveraineté alimentaire, à la productivité, aux revenus des producteurs et à la résilience du pays face aux chocs climatiques. En misant sur la traçabilité et les variétés améliorées, les autorités cherchent à consolider l’Offensive agropastorale et halieutique, lancée pour augmenter la production locale de céréales, de poisson, de volaille, de viande et d’autres produits stratégiques.

    Le défi reste cependant immense : produire suffisamment de semences certifiées, assurer leur distribution jusqu’aux producteurs, maintenir leur qualité et accompagner les agriculteurs dans leur utilisation. La souveraineté alimentaire ne se décrète pas ; elle se construit, campagne après campagne, à partir de maillons aussi décisifs que la semence.

     

  • Coopération agricole : le Vietnam veut renforcer son ancrage en Afrique

    Coopération agricole : le Vietnam veut renforcer son ancrage en Afrique

    Le Vietnam veut ouvrir une nouvelle séquence dans sa coopération agricole avec l’Afrique. À Hanoï, le ministère vietnamien de l’Agriculture et de l’Environnement a lancé, le 29 mai 2026, un groupe de travail dédié à la coopération Sud-Sud dans le secteur agricole, avec l’objectif de mieux coordonner les programmes, les transferts de technologies, les projets d’investissement et les partenariats entre entreprises vietnamiennes et pays africains.

    Cette initiative traduit une ambition claire : faire de l’agriculture un axe stratégique de rapprochement entre le Vietnam et le continent africain. Le pays asiatique dispose d’une expérience reconnue dans plusieurs filières clés, notamment le riz, le café, le poivre, les produits de la mer, le bois, l’élevage, la foresterie et l’irrigation. Pour les autorités vietnamiennes, cette trajectoire peut inspirer plusieurs pays africains confrontés à des défis similaires : sécurité alimentaire, faibles rendements, dépendance aux importations, vulnérabilité climatique et besoin de transformation locale.

    Le groupe de travail aura pour mission de structurer une coopération jusque-là jugée trop fragmentée. Il devra connecter les ministères, les instituts de recherche, les entreprises, les experts et les partenaires internationaux autour de projets concrets. Les priorités annoncées portent sur le riz, le café, la pêche, l’élevage, la foresterie, l’agriculture verte, l’agriculture circulaire et l’adaptation au changement climatique.

    Pour l’Afrique, l’enjeu est double. Il s’agit d’abord d’accéder à des technologies agricoles adaptées aux réalités des pays du Sud, souvent moins coûteuses et plus faciles à répliquer que les modèles importés des économies industrialisées. Il s’agit ensuite de faire émerger de nouvelles chaînes de valeur, en associant production, transformation, logistique, commerce et formation.

    Le Vietnam, de son côté, voit dans l’Afrique un marché d’avenir pour ses entreprises agricoles. Le continent dispose d’un potentiel foncier, humain et climatique considérable, mais reste confronté à des déficits de productivité et d’infrastructures. La coopération annoncée pourrait donc ouvrir des opportunités dans les semences, les équipements, l’irrigation, la transformation agroalimentaire et les services agricoles.

    L’enjeu sera désormais de passer des annonces institutionnelles à des projets opérationnels. Pour les pays africains, cette coopération ne devra pas seulement se traduire par l’arrivée d’experts ou d’équipements étrangers, mais par un véritable transfert de compétences, une appropriation locale des technologies et une capacité accrue à produire, transformer et commercialiser sur place.