Étiquette : agriculture

  • La Côte d’Ivoire et le Ghana élargissent l’Initiative Cacao à l’Afrique

    La Côte d’Ivoire et le Ghana élargissent l’Initiative Cacao à l’Afrique

    Le président ivoirien Alassane Ouattara et son homologue ghanéen John Dramani Mahama ont co-présidé le 16 juin à Abidjan un Sommet de Haut niveau consacré à l’Initiative Cacao, huit ans après la Déclaration d’Abidjan de mars 2018 qui avait posé les bases de cette coopération bilatérale.

    Les deux pays concentrent à eux seuls plus de 60% de la production mondiale de cacao, une proportion qui grimpe à près de 80% à l’échelle du continent africain. Cette filière fait vivre plusieurs millions de personnes en zone rurale et constitue, selon le chef de l’État ivoirien, un enjeu de souveraineté économique et de stabilité sociale pour les deux nations.

    Le sommet a permis de dresser le bilan de l’Initiative, notamment l’instauration du Différentiel de Revenu Décent (DRD), qui a démontré l’efficacité d’une action concertée sur les cours mondiaux. Des défis structurels demeurent cependant, parmi lesquels la volatilité persistante des prix, le vieillissement des vergers, les maladies du cacaoyer, la pression foncière liée à l’orpaillage illégal et les nouvelles exigences internationales de traçabilité et de durabilité.

    Le président Mahama a salué la réussite du partenariat et plaidé pour une logique de coopération plutôt que de compétition entre les deux pays. Il a appelé la Côte d’Ivoire à poursuivre ses investissements productifs et s’est positionné en faveur d’une extension de l’alliance à d’autres producteurs africains, tout en réaffirmant le rôle de porte-flambeau du bloc ivoiro-ghanéen.

    Les travaux se sont conclus par l’adoption d’une déclaration conjointe, lue par le ministre ivoirien de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Bruno Nabagné Koné. Les deux États s’engagent à harmoniser leurs politiques de prix d’achat bord champ et à renforcer leur coopération scientifique.

    Cette extension annoncée de l’Initiative Cacao à d’autres pays africains marque une étape dans la structuration du pouvoir de négociation des producteurs du continent face aux acteurs internationaux du marché du chocolat. Elle illustre aussi une tendance plus large à la coordination régionale des filières stratégiques, alors que les producteurs ouest-africains cherchent à mieux capter la valeur ajoutée d’une chaîne mondiale longtemps dominée par les transformateurs et négociants situés hors du continent.

  • La Fondation SEPHIS et Mastercard lancent un programme de 3 milliards FCFA pour les femmes de l’agro-transformation

    La Fondation SEPHIS et Mastercard lancent un programme de 3 milliards FCFA pour les femmes de l’agro-transformation

    La Fondation SEPHIS et la Fondation Mastercard ont officiellement lancé le 11 juin à Abidjan le programme African Women of the Future in Agriculture (AWF AGRI), une initiative dotée de plus de 3 milliards de FCFA destinée à accélérer l’autonomisation économique des femmes entrepreneures de la transformation agroalimentaire en Côte d’Ivoire et au Sénégal.

    La cérémonie, organisée à l’hôtel Pullman d’Abidjan, a réuni représentants du gouvernement ivoirien, institutions financières, partenaires techniques et femmes entrepreneures engagées dans les chaînes de valeur agricoles. Un panel consacré à l’innovation, à la mécanisation et à l’accès aux marchés a complété l’événement, marqué également par la signature de plusieurs conventions stratégiques.

    Le programme ambitionne d’accompagner 1 000 PME dirigées par des femmes d’ici 2028, en s’appuyant sur quatre piliers que sont le renforcement des capacités entrepreneuriales, l’accès à des unités de transformation semi-industrielles, l’accès aux marchés et l’accès au financement. Pour la Côte d’Ivoire, ce sont 550 jeunes femmes entrepreneures qui devraient être accompagnées, avec le financement de 220 projets, des audits de conformité et des assistances techniques spécialisées.

    L’enjeu dépasse le seul accompagnement d’entreprises individuelles. Les femmes représentent près de 60% de la main-d’œuvre agricole en Afrique subsaharienne, mais restent confrontées à des obstacles structurels en matière d’accès au financement, aux équipements modernes et aux marchés organisés. AWF AGRI entend faire évoluer ce rapport en aidant les bénéficiaires à passer du statut de productrices à celui de transformatrices, distributrices et créatrices de marques compétitives à l’échelle régionale et internationale.

    Le programme table sur la création ou l’amélioration de plus de 12 000 emplois en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Il s’inscrit dans la continuité de l’action de la Fondation SEPHIS, qui a déjà accompagné plus de 5 000 PME féminines sur le continent et mobilisé plus de 16 milliards de FCFA ces trois dernières années à travers ses partenariats avec institutions financières, gouvernements et bailleurs de développement.

    Au-delà de l’Afrique de l’Ouest, l’initiative s’inscrit dans une dynamique plus large de structuration des chaînes de valeur agroalimentaires africaines, où l’inclusion des femmes entrepreneures devient progressivement un axe central des stratégies de transformation portées par les bailleurs internationaux et les fondations privées.

  • L’Afrique du Sud et Italie signent une nouvelle feuille de route agricole lors d’un forum inaugural au Cap

    L’Afrique du Sud et Italie signent une nouvelle feuille de route agricole lors d’un forum inaugural au Cap

    L’Afrique du Sud et l’Italie ont franchi un cap dans leur coopération agroalimentaire à l’occasion du premier South Africa-Italy Agribusiness Forum, tenu les 9 et 10 juin 2026 au Cap sous le thème « From the Soil to the Shelf ». L’événement a réuni responsables politiques, industriels et chercheurs des deux pays pour identifier des opportunités concrètes d’investissement, d’échange technologique et d’accès aux marchés.

    Le ministre sud-africain de l’Agriculture John Steenhuisen a positionné ce partenariat comme une nouvelle phase dans les relations bilatérales, allant au-delà du commerce traditionnel pour cibler la transformation, l’innovation et la création d’emplois. Les échanges agricoles entre les deux pays dépassent déjà 650 millions de rands annuels, avec une balance commerciale favorable à Pretoria et des exportations horticoles estimées à environ 190 millions de rands.

    Le forum a débouché sur la conclusion d’un accord technique ouvrant le marché sud-africain aux raisins de table italiens, saluée par le ministre italien de l’Agriculture Francesco Lollobrigida comme une avancée majeure pour la filière fruits et légumes italienne.

    Un mémorandum d’entente (MoU) doit également être signé pour encadrer une coopération à long terme couvrant la mécanisation, l’agriculture numérique, la transformation agroalimentaire, le transfert de technologie, le développement semencier et la santé des plantes et des animaux. Un groupe de travail conjoint sera chargé de traduire ces engagements en projets mesurables.

  • Madagascar : des organisations paysannes dénoncent l’opacité des négociations sur l’Accord de partenariat économique avec l’UE

    Madagascar : des organisations paysannes dénoncent l’opacité des négociations sur l’Accord de partenariat économique avec l’UE

    À Madagascar, neuf organisations paysannes et de la société civile ont tiré la sonnette d’alarme sur les conditions dans lesquelles se déroulent les négociations d’un Accord de partenariat économique (APE) entre la Grande Île et l’Union européenne. Dans une lettre conjointe adressée mardi 9 juin à l’ambassadeur européen et au ministre malgache de l’Agriculture, elles dénoncent l’absence totale de consultation des principaux concernés alors que le seizième et dernier round de négociations serait sur le point d’être conclu.

    Le cœur des inquiétudes porte sur un chapitre spécifique de l’accord relatif aux semences, dont le contenu n’a pas été rendu public. Les organisations redoutent que Madagascar s’engage sur la convention UPOV 91, un cadre international qui renforce les droits de propriété intellectuelle sur les semences et limite fortement la possibilité pour les paysans de conserver et de ressemer librement leurs graines — une pratique vitale pour la souveraineté alimentaire de la Grande Île.

    Pour Zo Randriamaro, porte-parole du collectif, la responsabilité première incombe aux autorités malgaches, tenues d’être redevables envers leur population sur des engagements aussi lourds de conséquences. Le collectif exige que le libellé du chapitre sur les semences soit rendu public avant toute signature. L’ambassade européenne et le ministère malgache n’avaient pas répondu aux sollicitations au moment des premières publications.

    Cet épisode rappelle les tensions récurrentes autour des APE sur le continent africain, où la question de la souveraineté alimentaire et du droit des paysans à leurs semences constitue un point de friction structurel avec les normes commerciales européennes.

  • Maroc : l’agriculture tire la croissance vers le haut en 2025

    Maroc : l’agriculture tire la croissance vers le haut en 2025

    L’économie marocaine a affiché une croissance de 4,9 % en 2025, en progression par rapport aux 4,4 % enregistrés en 2024, selon les comptes nationaux publiés par le Haut-Commissariat au Plan (HCP). Derrière cette accélération, deux moteurs principaux se distinguent : le dynamisme de la demande intérieure, dans un contexte d’inflation maîtrisée, et un rebond marqué du secteur agricole après les années de sécheresse qui avaient pesé sur les performances économiques du Royaume.

    Le rebond agricole constitue l’un des faits saillants de cette performance. Après plusieurs campagnes déficitaires liées au stress hydrique, les précipitations plus favorables de la saison 2024-2025 ont permis une reprise significative de la production céréalière et des cultures de rente. Ce retournement illustre une réalité structurelle marocaine bien connue : l’agriculture représente entre 12 et 15 % du PIB national selon les années, avec un effet démultiplicateur important sur la consommation rurale et l’activité des industries agroalimentaires.

    La demande intérieure a également joué son rôle de soutien. La maîtrise de l’inflation — tirée notamment par la normalisation des prix des matières premières — a préservé le pouvoir d’achat des ménages et soutenu la consommation privée, tandis que l’investissement public continuait d’irriguer les grands chantiers d’infrastructure du pays, dont la préparation de la Coupe du monde 2030 constitue un accélérateur notable.

    Ce résultat intervient dans un contexte régional où la croissance économique reste inégale. Plusieurs économies africaines font face à des pressions budgétaires et à une dépréciation monétaire qui pèsent sur la demande intérieure. Le Maroc, grâce à la diversification de son économie et à une politique agricole volontariste — notamment à travers les investissements du Plan Maroc Vert et de sa nouvelle génération Génération Green — confirme sa capacité à transformer un rebond climatique en levier de croissance durable. La question qui se posera pour les prochaines campagnes sera celle de la résilience du modèle face au retour possible des épisodes de sécheresse, dans un contexte de stress hydrique structurel au Maghreb.

  • Cameroun : la banane plantain, nouveau vecteur d’entrepreneuriat pour 10 000 jeunes

    Cameroun : la banane plantain, nouveau vecteur d’entrepreneuriat pour 10 000 jeunes

    Premier producteur de banane plantain d’Afrique centrale et huitième au rang mondial avec environ 5,5 millions de tonnes produites chaque année, le Cameroun dispose d’un avantage comparatif considérable dans une filière qui assure près de 35 % des apports caloriques des populations d’Afrique centrale. Pourtant, cette filière reste largement informelle et peu mécanisée. Le gouvernement entend changer la donne en en faisant un moteur d’insertion professionnelle pour la jeunesse.

    C’est le sens du programme « Un jeune, une plantation de banane plantain orientée vers un marché, un compte en banque », dont la cinquième cohorte vient d’être lancée officiellement à Yaoundé. À l’École nationale d’administration et de magistrature, 500 étudiants issus de cinq instituts privés d’enseignement supérieur ont reçu leurs kits d’amorçage avant de rejoindre l’incubateur spécialisé de la filière. Chacun d’eux repart avec 500 vitroplants à haut rendement, soit 250 000 plants distribués pour cette seule vague.

    Le programme, fruit d’un partenariat entre la Filière Banane Plantain du Cameroun (FBPC) et des institutions académiques privées, vise à terme l’incubation de 10 000 jeunes en cinq ans et la création d’autant d’entreprises agricoles. Pour la première cohorte, un chiffre d’affaires projeté de 855 millions de FCFA en onze mois donne la mesure des ambitions économiques portées par l’initiative. Chaque bénéficiaire ayant validé un projet solide pourra obtenir un premier financement dès septembre prochain, selon les engagements du ministre de l’Agriculture Gabriel Mbairobe.

    L’horizon visé est plus large encore. À travers la SND30, le Cameroun ambitionne de doubler sa production annuelle de plantain à 10 millions de tonnes, tout en faisant de ce produit son premier poste d’exportation agricole à l’horizon 2035. Pour y parvenir, l’intégration des jeunes diplômés dans la chaîne de valeur apparaît comme un levier incontournable, à la croisée de l’emploi, de la modernisation agricole et de la souveraineté alimentaire.

  • Cameroun : Yaoundé s’appuie sur l’expertise brésilienne pour relancer sa filière cotonnière

    Cameroun : Yaoundé s’appuie sur l’expertise brésilienne pour relancer sa filière cotonnière

    La filière coton camerounaise traverse une passe difficile. Après deux campagnes consécutives marquées par des baisses de production et des cours mondiaux déprimés — la fibre s’échange aujourd’hui autour de 890 FCFA le kilogramme — la Société de développement du coton du Cameroun (Sodecoton) cherche activement des leviers pour redresser la trajectoire. C’est dans ce contexte qu’une cinquantaine d’agents d’encadrement de la société ont suivi, du 22 au 29 mai 2026 à Kaélé dans l’Extrême-Nord, une formation intensive sur la fertilisation des sols cotonniers, animée par des experts de l’Agence brésilienne de coopération (ABC).

    Cette initiative s’inscrit dans un partenariat technique de long cours entre Yaoundé et Brasília, formalisé depuis 2021 autour d’un objectif ambitieux : porter les rendements cotonniers camerounais à au moins 3 tonnes à l’hectare, contre des niveaux bien en deçà de ce seuil aujourd’hui. Pour la cheffe de mission brésilienne, Maria de Fatima Sousa, la démarche apporte une réelle valeur ajoutée à la filière nationale, en dotant les agents de terrain de compétences pointues sur la composition des sols et les techniques de fertilisation adaptées aux bassins cotonniers du septentrion.

    L’enjeu est considérable. Premier producteur de coton d’Afrique centrale, le Cameroun ambitionne à travers sa SND30 d’atteindre 440 000 tonnes de coton en 2026 — un objectif déjà ciblé par la Sodecoton pour cette campagne. Mais la concurrence internationale s’intensifie, notamment du côté du Brésil lui-même, dont la production vise six millions de tonnes sur la campagne 2025-2026. Pour les producteurs africains, le défi n’est plus seulement de produire plus, mais de produire mieux et à moindre coût.

    Le rapprochement avec le Brésil dépasse désormais le seul cadre technique. En avril 2026, une délégation d’opérateurs économiques brésiliens a rencontré le ministre camerounais du Commerce pour explorer des pistes d’investissement industriel. Un signal que cette coopération, partie du champ et du laboratoire, pourrait bien déboucher sur des engagements plus structurants pour la chaîne de valeur textile camerounaise.

  • Kenya : Nairobi cherche l’appui de Lisbonne pour irriguer un million d’acres supplémentaires

    Kenya : Nairobi cherche l’appui de Lisbonne pour irriguer un million d’acres supplémentaires

    Le Kenya entend accélérer le développement de l’irrigation pour réduire la dépendance de son agriculture aux aléas climatiques. Dans cette optique, le gouvernement a engagé des discussions formelles avec le Portugal pour soutenir la mise en œuvre du National Irrigation Sector Investment Plan, un programme qui vise à placer un million d’acres supplémentaires sous irrigation à travers le pays.

    Les échanges ont eu lieu le 29 mai 2026 à Nairobi entre le secrétaire principal chargé de l’irrigation, Ephantus Kimotho Kimani, et l’ambassadeur du Portugal au Kenya, Paulo Neves Pocinho. Le partenariat envisagé couvre plusieurs dimensions : appui technique, financement, investissement privé et partage d’expertise dans la gestion de l’eau agricole. Sur le plan des infrastructures, les priorités identifiées portent sur la construction de barrages, les systèmes de captage, le revêtement des canaux, l’amélioration des réseaux de transport de l’eau et la modernisation du drainage.

    L’enjeu est structurel pour un pays où les zones arides et semi-arides couvrent une large part du territoire national. Ces régions restent très exposées aux sécheresses récurrentes, qui fragilisent les rendements, érodent les revenus agricoles et perturbent l’approvisionnement alimentaire des populations rurales. Pour Nairobi, l’irrigation est à la fois un levier productif, un outil d’adaptation climatique et un facteur de stabilisation économique.

    Le gouvernement a cependant veillé à ne pas cantonner cette stratégie aux seuls grands périmètres irrigués. Les discussions avec Lisbonne ont également porté sur des projets communautaires et des initiatives portées par les petits producteurs, avec la possibilité de mobiliser des mécanismes de financement de proximité, dont le Small Projects Fund portugais. Une orientation qui tient compte des réalités du tissu agricole kenyan, majoritairement composé de petites exploitations familiales.

    Reste à transformer les discussions diplomatiques en projets concrets, financés, construits et accessibles aux agriculteurs sur le terrain. Avec un million d’acres supplémentaires dans le viseur, le Kenya envoie un message clair : la maîtrise de l’eau est désormais au cœur de sa stratégie de transformation agricole.

  • Côte d’Ivoire : une TVA réduite sur les intrants agricoles pour contenir la pression sur les filières

    Côte d’Ivoire : une TVA réduite sur les intrants agricoles pour contenir la pression sur les filières

    La Côte d’Ivoire ajuste sa fiscalité pour protéger ses filières agricoles et avicoles d’un renchérissement des charges. Le 21 mai 2026, la Commission des affaires économiques et financières de l’Assemblée nationale a adopté un projet de loi appliquant un taux réduit de TVA de 9 % à certains intrants agricoles, contre 18 % pour le taux de droit commun. Sont concernés notamment les fibres de jute et de sisal, les aliments pour bétail, les engrais et d’autres produits directement utilisés dans les exploitations.

    Cette mesure s’inscrit dans le cadre des ajustements liés à la loi de finances 2026, après la suppression de plusieurs exonérations fiscales. Sans correction, certains de ces produits auraient basculé vers le taux normal, avec un impact immédiat sur les charges des producteurs, des éleveurs et des industriels du secteur. Le choix d’un taux intermédiaire répond à un double objectif : préserver une base fiscale pour l’État tout en évitant un renchérissement brutal de produits directement liés à la sécurité alimentaire.

    L’enjeu est particulièrement sensible dans l’aviculture et l’élevage, où l’alimentation animale représente souvent le premier poste de dépense. Dans les productions végétales, les engrais restent essentiels pour maintenir les rendements, mais leur coût demeure difficile à absorber pour de nombreux petits exploitants. Une hausse marquée des intrants peut rapidement se transmettre aux prix des œufs, du poulet et de la viande, dans un contexte où la pression sur le pouvoir d’achat des ménages reste forte.

    La réforme constitue un signal positif pour les filières agricoles ivoiriennes. Mais son efficacité réelle se mesurera sur le terrain, dans les prochains mois, à travers l’évolution effective des coûts de production et des prix à la consommation. Un ajustement fiscal bien intentionné ne suffit pas toujours à compenser des dynamiques de marché plus profondes.

  • Ukraine-Algérie : le maïs de la mer Noire reprend la route de l’Afrique du Nord

    Ukraine-Algérie : le maïs de la mer Noire reprend la route de l’Afrique du Nord

    Le maïs ukrainien reprend progressivement la route de l’Algérie. Pour la première fois depuis 2023, le groupe agricole Nibulon a expédié 122 000 tonnes vers l’Office national algérien des aliments du bétail (ONAB), à travers quatre navires. Le volume reste modeste au regard des besoins algériens — estimés entre 4,7 et 5,4 millions de tonnes par an — mais il marque le retour d’une origine céréalière qui avait quasiment disparu du marché depuis le début de la guerre en Ukraine.

    L’essentiel de ces importations est destiné à l’alimentation animale, en particulier aux filières avicoles et d’élevage. Le maïs entre directement dans la formulation des aliments composés et influence de façon mécanique les coûts de production des œufs, du poulet et, plus largement, des protéines animales. Depuis le recul des flux ukrainiens, Alger s’est davantage tournée vers les fournisseurs sud-américains. Le Brésil et l’Argentine dominent toujours le marché. Le retour de Nibulon ne modifie pas encore les équilibres commerciaux, mais il offre à l’Algérie une option supplémentaire dans un marché exposé aux aléas du fret maritime, aux tensions géopolitiques et à la volatilité des prix céréaliers.

    Cette reprise intervient au moment où Alger cherche aussi à renforcer sa production nationale. Les autorités ont annoncé leur volonté de développer la culture du maïs grain dans les wilayas du Sud, avec un objectif de plus de 200 000 hectares cultivés d’ici 2028 — une ambition de réduction progressive de la dépendance aux importations, même si les besoins actuels des filières animales resteront largement couverts par les marchés internationaux dans les prochaines années.

    Pour l’Ukraine, cette opération confirme la reconstitution progressive de ses débouchés agricoles en Afrique du Nord, un signal positif pour une filière céréalière qui cherche à reconstruire sa présence commerciale sur le continent. Pour les opérateurs africains, la leçon est plus large : dans les filières animales, la sécurité d’approvisionnement en maïs reste un facteur décisif de compétitivité, et la diversification des sources d’achat n’est plus une option mais une nécessité.