Auteur/autrice : agroMakers-api

  • Kenya-Ouganda : le sucre relance les crispations commerciales en Afrique de l’Est

    Kenya-Ouganda : le sucre relance les crispations commerciales en Afrique de l’Est

    Le commerce du sucre ravive les tensions entre le Kenya et l’Ouganda, deux partenaires clés de la Communauté d’Afrique de l’Est. Depuis le 1er juillet 2026, Nairobi applique un nouveau droit d’accise sur le sucre importé, porté à 40 000 shillings kényans par tonne, contre 7 500 shillings auparavant. Officiellement, la mesure vise à protéger une industrie sucrière locale encore fragile, malgré les réformes engagées ces dernières années.

    Pour les industriels ougandais, cette hausse change toutefois radicalement les conditions d’accès au marché kényan. L’Uganda Sugar Manufacturers Association a saisi les autorités de Kampala, estimant que la mesure risque de réduire la compétitivité du sucre ougandais, de fragiliser les exportations et de compromettre les engagements pris dans le cadre de l’intégration régionale. Le Kenya constitue en effet l’un des principaux débouchés de la filière sucrière ougandaise, avec des volumes estimés à environ 100 000 tonnes par an.

    La décision intervient à un moment sensible. En janvier 2026, le Kenya avait officiellement mis fin à plus de deux décennies de régime de sauvegarde sur les importations de sucre en provenance du COMESA, ouvrant théoriquement la voie à un accès plus libre au marché. Cette évolution devait marquer une nouvelle étape vers la compétitivité, la baisse des prix et l’intégration commerciale. L’introduction d’un droit d’accise fortement relevé est donc perçue, côté ougandais, comme une forme de barrière non tarifaire.

    Nairobi défend de son côté la nécessité de protéger une filière stratégique. Le sucre emploie directement ou indirectement plusieurs millions de personnes au Kenya, notamment dans les bassins de production de l’ouest du pays. Les autorités misent sur la relance de la production locale, l’extension des superficies cultivées, une meilleure disponibilité de la canne et la modernisation des sucreries. Selon les projections du département américain de l’Agriculture, la production kényane pourrait passer d’environ 605 000 tonnes en 2025/2026 à 850 000 tonnes en 2026/2027, tandis que les importations reculeraient de 510 000 à 370 000 tonnes.

    Mais la controverse dépasse désormais la seule filière sucrière. Elle pose la question de l’équilibre entre protection industrielle nationale et libre circulation des marchandises au sein de l’EAC. Les deux pays ont déjà connu plusieurs différends commerciaux sur le sucre, mais aussi sur le lait, le maïs ou les œufs. Kampala privilégie pour l’instant la voie diplomatique. Reste à savoir si les mécanismes régionaux permettront d’éviter une nouvelle escalade dans un secteur où les enjeux économiques, sociaux et politiques demeurent particulièrement élevés.

     

  • Ouganda : les recettes du café reculent en mai malgré une dynamique annuelle encore favorable

    Ouganda : les recettes du café reculent en mai malgré une dynamique annuelle encore favorable

    Après plusieurs mois portés par la fermeté des cours mondiaux, la filière café ougandaise marque le pas. En mai 2026, le pays a exporté 617 491 sacs de 60 kg pour des recettes évaluées à 151,7 millions de dollars, selon les données du rapport mensuel café publié par les autorités agricoles. Sur un an, les volumes expédiés reculent de 21,6 %, tandis que la valeur des exportations baisse de 37,4 %.

    Ce repli est d’autant plus notable que l’Ouganda s’est imposé ces dernières années comme le premier exportateur africain de café. La filière, dominée par le robusta, constitue l’un des principaux piliers de l’économie agricole nationale et une source majeure de devises. Elle fait vivre des millions de petits producteurs, notamment dans les régions du Centre, de l’Est et de l’Ouest du pays.

    Dans le détail, le robusta a représenté l’essentiel des ventes du mois de mai, avec 517 825 sacs exportés pour 116,1 millions de dollars. L’arabica, plus modeste en volume mais mieux valorisé, a atteint 99 666 sacs pour 35,6 millions de dollars. La baisse touche toutefois les deux segments. Les expéditions de robusta ont reculé de 24,5 % en volume et de 42,6 % en valeur, tandis que l’arabica a enregistré une contraction plus limitée, de 2,2 % en volume et de 11,7 % en valeur.

    La correction observée en mai s’explique par un double effet : une baisse des volumes disponibles à l’exportation et un fléchissement des prix internationaux. Le prix moyen à l’exportation s’est établi à 4,1 dollars le kilogramme, contre 5,1 dollars un an plus tôt. Les anticipations d’une amélioration de l’offre mondiale, notamment au Brésil pour la campagne 2026/2027, ont pesé sur les cours après une période de tensions alimentée par les inquiétudes sur l’approvisionnement.

    Cette contre-performance mensuelle ne remet toutefois pas en cause la progression de la filière sur douze mois. Entre juin 2025 et mai 2026, l’Ouganda a exporté 8,6 millions de sacs pour 2,3 milliards de dollars, contre 7,4 millions de sacs et 2,1 milliards de dollars sur la période précédente. Le pays affiche ainsi une hausse annuelle de 16 % en volume et de 11 % en valeur.

    Pour Kampala, l’enjeu est désormais de consolider ces gains tout en limitant l’exposition de la filière aux fluctuations des cours internationaux. La montée en qualité, la diversification des marchés et l’amélioration de la productivité restent au cœur des priorités pour maintenir le café comme l’un des moteurs des exportations agricoles ougandaises.

  • Algérie : l’INRAA et le CRTAA veulent rapprocher la recherche agricole de l’industrie agroalimentaire

    Algérie : l’INRAA et le CRTAA veulent rapprocher la recherche agricole de l’industrie agroalimentaire

    L’Algérie veut renforcer les passerelles entre la recherche agronomique, l’innovation technologique et les besoins de son industrie agroalimentaire. À Béjaïa, une convention-cadre de partenariat scientifique a été officialisée entre la station expérimentale de l’Institut national de la recherche agronomique d’Algérie d’Oued Ghir et le Centre de recherche en technologies agroalimentaires.

    Signé le 30 juin, l’accord vise à favoriser une coopération plus étroite entre deux structures complémentaires. D’un côté, l’Institut National de la Recherche Agronomique d’Algérie (INRAA), acteur historique de la recherche agricole algérienne, dispose d’un ancrage dans l’expérimentation de terrain, la sélection variétale, la conduite des cultures et l’analyse des systèmes de production. De l’autre, le Centre de Recherche en Technologies Agro-Alimentaires (CRTAA), basé à Béjaïa, travaille sur les technologies appliquées à l’agroalimentaire, les procédés de transformation, l’innovation alimentaire, la qualité, la réduction des pertes et la valorisation des produits agricoles.

    Cette collaboration intervient dans un contexte où l’Algérie cherche à mieux transformer son potentiel agricole en valeur industrielle. Le pays dispose d’un tissu agroalimentaire important, porté notamment par les filières céréalières, laitières, sucrières, oléagineuses et les boissons, mais reste confronté à des défis structurels : dépendance à certaines importations, besoin d’innovation dans les procédés, exigences croissantes de qualité et nécessité de former des compétences adaptées aux besoins des entreprises.

    Le partenariat entre l’INRAA et le CRTAA doit permettre de rapprocher les chercheurs, les étudiants, les laboratoires et les acteurs économiques autour de projets communs. Il pourrait ouvrir la voie à des travaux conjoints sur la valorisation des productions locales, l’amélioration de la conservation des aliments, la réduction des pertes post-récolte ou encore le développement de nouveaux produits à partir de matières premières agricoles nationales.

    L’enjeu dépasse la seule coopération institutionnelle. Pour les futurs talents de l’agroalimentaire, ce type d’accord peut offrir un cadre plus favorable à la formation pratique, aux stages, aux projets de recherche appliquée et à l’émergence de startups issues des laboratoires. Il s’inscrit aussi dans une dynamique plus large observée dans l’enseignement supérieur algérien, où les établissements spécialisés cherchent à mieux connecter leurs formations aux débouchés industriels.

    Reste désormais à traduire cette convention en programmes concrets. Dans un secteur où la compétitivité dépend de plus en plus de la qualité, de la traçabilité, de l’innovation et de la maîtrise technologique, la capacité de l’Algérie à faire travailler ensemble ses centres de recherche, ses universités et ses industriels pourrait devenir un levier important pour la modernisation de son agroalimentaire.

     

  • Côte d’Ivoire : Diawala accueille un projet pilote pour structurer une filière tournesol

    Côte d’Ivoire : Diawala accueille un projet pilote pour structurer une filière tournesol

    La commune de Diawala, dans le nord de la Côte d’Ivoire, veut se positionner sur une nouvelle culture à potentiel industriel. Sun Agro et ENI Natural Energies Côte d’Ivoire ont lancé, le 2 juillet, une initiative pilote dédiée au développement du tournesol, avec l’ambition de poser les bases d’une filière agricole durable et structurée.

    Le projet a été présenté en présence de producteurs et de responsables de coopératives agricoles. Il prévoit notamment la mise à disposition de semences, l’encadrement technique des producteurs et la contractualisation entre Sun Agro et les coopératives engagées dans la phase pilote. Des parcelles destinées aux premiers semis ont également été visitées, marquant le démarrage opérationnel de cette expérimentation.

    Pour les promoteurs, le tournesol représente une piste de diversification pour les agriculteurs du nord ivoirien, dans une zone déjà marquée par plusieurs cultures commerciales et vivrières. La plante oléagineuse est particulièrement recherchée pour ses graines, utilisées dans la production d’huile végétale, mais aussi pour les coproduits pouvant servir à l’alimentation animale ou à d’autres usages industriels.

    L’initiative intervient alors que la Côte d’Ivoire cherche à élargir sa base agricole au-delà de ses grandes filières historiques comme le cacao, le café, le coton, l’hévéa ou l’anacarde. Dans les régions septentrionales, la diversification apparaît comme un levier pour améliorer les revenus des producteurs, réduire les risques liés à la dépendance à quelques cultures et créer de nouvelles chaînes de valeur locales.

    Le positionnement d’ENI Natural Energies Côte d’Ivoire donne aussi au projet une dimension industrielle plus large. Le groupe italien développe déjà dans le pays des initiatives agricoles destinées à l’approvisionnement de ses bioraffineries en huiles végétales et autres matières premières durables. La société avait notamment engagé des collaborations autour de la valorisation de ressources agricoles issues de l’hévéa, dans le cadre de sa stratégie de mobilité durable.

    À Diawala, les initiateurs ont insisté sur la nécessité de respecter les itinéraires techniques et les standards de certification internationale. Pour Lucio Cecchini, représentant d’ENI Natural Energies Côte d’Ivoire, la mobilisation des producteurs et le respect des bonnes pratiques agricoles seront déterminants pour la réussite du projet. De son côté, le directeur général de Sun Agro, Soungalo Ouattara, a appelé les coopératives partenaires à suivre rigoureusement les recommandations techniques afin de garantir une production conforme aux exigences attendues.

    Si la phase pilote est concluante, le tournesol pourrait ouvrir une nouvelle voie de valorisation agricole dans le nord ivoirien. Reste désormais à confirmer la viabilité agronomique, économique et industrielle de cette culture, avant un éventuel passage à plus grande échelle.

     

  • Sénégal : 150 milliards FCFA pour accélérer la souveraineté alimentaire

    Sénégal : 150 milliards FCFA pour accélérer la souveraineté alimentaire

    Le Sénégal franchit une nouvelle étape dans la mise en œuvre de sa stratégie de souveraineté alimentaire. Le gouvernement a lancé le Programme d’appui à la stratégie de souveraineté alimentaire du Sénégal (PASS), une initiative dotée de près de 150 milliards FCFA, soit environ 261 millions de dollars. Déployé sur six ans, le programme bénéficie de l’appui du Fonds international de développement agricole.

    Le lancement opérationnel du PASS intervient dans un contexte où Dakar cherche à réduire la dépendance du pays aux importations alimentaires, tout en renforçant la résilience des producteurs face aux chocs climatiques et économiques. La première réunion du Comité national de pilotage a permis de valider le Plan de travail et budget annuel 2026, ouvrant ainsi la voie au démarrage effectif des activités.

    Le programme ciblera dix régions situées dans le Bassin arachidier élargi et en Haute Casamance. Il s’adressera principalement aux exploitations familiales et aux entrepreneurs agricoles vulnérables, avec une attention particulière accordée aux femmes et aux jeunes. Selon les données du FIDA, le projet devrait toucher environ 200 000 ménages, représentant près de 2,4 millions de personnes dans les zones d’intervention.

    Le PASS s’articule autour de plusieurs priorités : sécuriser et diversifier la base productive, améliorer la productivité, renforcer la résilience climatique, développer les marchés territoriaux et favoriser la valorisation des produits agricoles. L’objectif est de dépasser la simple hausse des volumes produits pour agir sur l’ensemble de la chaîne de valeur, de la production à la transformation, en passant par le stockage, la commercialisation et l’accès aux marchés.

    Cette orientation s’inscrit dans la stratégie nationale de souveraineté alimentaire 2024-2028, qui vise une réduction progressive des importations sur des produits clés comme le riz, le maïs, l’oignon, la pomme de terre, la carotte, le lait, la viande, les œufs et certains produits halieutiques. Le Sénégal mise notamment sur la maîtrise de l’eau, la mécanisation, l’accès aux semences certifiées, les infrastructures rurales et l’accompagnement des producteurs.

    Au-delà du financement mobilisé, l’enjeu sera désormais celui de l’exécution. Les organisations paysannes ont salué le lancement du programme, tout en appelant à une mise en œuvre rapide afin que les producteurs puissent bénéficier concrètement des investissements annoncés. Pour Dakar, le PASS apparaît ainsi comme l’un des principaux instruments destinés à transformer l’ambition de souveraineté alimentaire en résultats mesurables sur le terrain.

  • Côte d’Ivoire : l’INP-HB et Harvard unissent leurs expertises pour une cacaoculture plus résiliente

    Côte d’Ivoire : l’INP-HB et Harvard unissent leurs expertises pour une cacaoculture plus résiliente

    La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao, avance vers une filière plus durable et plus résiliente face au changement climatique. Le 18 juin, l’Institut national polytechnique Félix Houphouët-Boigny de Yamoussoukro a reçu une délégation de l’Université Harvard. Cette visite devait poser les bases d’une collaboration scientifique de long terme sur la cacaoculture. Elle s’inscrit dans le projet intitulé « Towards a Cocoa Producer-Focused Climate Policy in Côte d’Ivoire and Ghana ».

    Le projet a été sélectionné en 2024 par le Motsepe Presidential Research Accelerator Fund for Africa, administré par Harvard et financé par la fondation sud-africaine Motsepe. Le fonds soutient des recherches conduites par des enseignants de l’université américaine avec des institutions africaines. Le projet est dirigé par des chercheurs de Harvard ainsi que par une équipe internationale composée de représentants de l’INP-HB, de l’Université des sciences et technologies Kwame-Nkrumah au Ghana, de l’Université de Leicester et d’University College London. Plusieurs acteurs de terrain participent également aux travaux. Il s’agit notamment de la Côte d’Ivoire and Ghana Cocoa Initiative, du syndicat agricole ghanéen affilié au Trades Union Congress et du Fine Cacao and Chocolate Institute. Cette diversité permet d’ancrer la recherche académique dans les réalités vécues par les producteurs.

    Le projet vise à analyser précisément l’impact du changement climatique sur les producteurs de cacao en Côte d’Ivoire et au Ghana, deux pays qui assurent ensemble plus de la moitié de l’offre mondiale. Les résultats doivent aider à concevoir des politiques publiques mieux adaptées aux réalités du terrain.

    Les premiers échanges ont déjà fait émerger plusieurs priorités. La première consiste à mieux intégrer la perception des producteurs dans la définition des politiques agricoles. La deuxième vise à garantir une répartition plus équitable de la valeur créée tout au long de la chaîne. La troisième porte sur le raccourcissement des circuits d’information entre le terrain et les décideurs publics, afin de rendre les interventions plus efficaces. Dans cette approche, le producteur n’est plus considéré comme un simple maillon de la chaîne de transformation. Il devient un acteur stratégique, dont la productivité et le bien-être conditionnent la pérennité de toute la filière.

    Pour l’INP-HB, cette coopération avec l’une des universités les plus réputées au monde offre une occasion de renforcer son rayonnement scientifique international. Elle peut aussi consolider ses liens avec les institutions nord-américaines. Cette ouverture intervient alors que la filière cacao ivoiro-ghanéenne fait face à une variabilité climatique croissante. Celle-ci menace directement les rendements et les revenus de plusieurs millions de petits producteurs. En associant l’expertise méthodologique de Harvard à la connaissance du terrain de l’INP-HB et de ses partenaires régionaux, ce partenariat pourrait contribuer à faire émerger une nouvelle génération de politiques climatiques : des politiques pensées depuis le terrain et pour les producteurs eux-mêmes.

  • Maroc : Le Royaume renforce sa position sur le marché britannique de la mandarine

    Maroc : Le Royaume renforce sa position sur le marché britannique de la mandarine

    Le Maroc poursuit sa progression sur le marché britannique des agrumes. Il s’impose désormais comme le principal concurrent de l’Espagne sur le segment de la mandarine. Selon une analyse d’EastFruit, les exportateurs marocains ont battu un nouveau record durant la campagne 2025-2026. Entre octobre 2025 et avril 2026, ils ont expédié 71 600 tonnes de mandarines vers le Royaume-Uni. La valeur de ces ventes a dépassé 60 millions de livres sterling, soit une hausse d’environ 20 % par rapport au précédent record établi la saison dernière.

    Cette progression résulte d’une transformation structurelle du marché britannique engagée après le Brexit. L’Espagne dominait jusque-là les approvisionnements durant l’hiver. Toutefois, les nouvelles règles phytosanitaires ont placé les fournisseurs extra-européens sur un pied d’égalité avec les producteurs espagnols, créant de nouvelles opportunités pour le Maroc, mais aussi pour l’Afrique du Sud et le Pérou. Le Royaume a su profiter de ce nouvel équilibre, notamment grâce à la variété Nadorcott et à la libéralisation de son système de licences, qui a permis à plus de 3 000 producteurs marocains d’accéder au marché britannique. De plus, la période de production de la mandarine marocaine, concentrée entre janvier et avril, correspond au recul des disponibilités espagnoles sur le marché britannique. Dans le même temps, l’Espagne est confrontée à des sécheresses répétées et à des épisodes de chaleur extrême. Ces phénomènes réduisent les rendements et affectent le calibre des fruits.

    Selon EastFruit, les mandarines marocaines ont représenté, pour la première fois, plus de la moitié des ventes au Royaume-Uni en février et mars 2026. Le Maroc n’est pourtant pas épargné par les tensions hydriques. Les investissements dans le dessalement de l’eau de mer et les programmes de soutien à l’agriculture contribuent toutefois à sécuriser la production. Le pays poursuit aussi l’extension de ses vergers et le développement de nouveaux hybrides premium pour renforcer sa stratégie exportatrice.

    La progression de la mandarine s’inscrit dans une dynamique plus large. Campagne après campagne, le Maroc devient un fournisseur incontournable de fruits frais pour la grande distribution britannique. Il s’était déjà imposé sur les segments de la framboise et de la myrtille. À mesure que les agrumes marocains gagnent du terrain, la géographie des approvisionnements européens se transforme. Cette recomposition profite de plus en plus aux bassins de production d’Afrique du Nord et d’Afrique australe

  • Tunisie : vers une utilisation sûre des eaux usées traitées en agriculture

    Tunisie : vers une utilisation sûre des eaux usées traitées en agriculture

    La Tunisie franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de résilience hydrique. Le pays veut sécuriser sur le plan sanitaire la réutilisation des eaux usées traitées en agriculture. Cette ressource est jugée stratégique dans un contexte de stress hydrique croissant. C’est dans ce cadre qu’un atelier consacré à l’examen d’un plan d’amélioration progressive s’est tenu à Sousse. Il s’inscrit dans l’Initiative régionale sur la rareté de l’eau, portée par la FAO avec le ministère tunisien de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, ainsi que l’Office national de l’assainissement.

    Le projet pilote est conduit à Zaouiet Sousse. Il repose sur une méthode de planification de la sécurité sanitaire qui vise à identifier, évaluer et maîtriser les risques sur toute la chaîne. Celle-ci couvre la collecte des eaux usées, leur traitement, leur transport, leur stockage et leur utilisation en agriculture irriguée. L’objectif est de garantir une réutilisation compatible avec la protection de la santé publique, de l’environnement, des sols et des cultures.

    La démarche associe tous les acteurs concernés, à savoir les services des eaux, les installations d’assainissement, le secteur agricole, les autorités environnementales, les techniciens locaux et les utilisateurs finaux. Elle doit aussi préciser les actions prioritaires, les responsabilités opérationnelles, les besoins financiers et les outils de suivi. Le but est de rendre cette pratique plus sûre et plus facilement reproductible dans d’autres régions du pays.

    L’enjeu est majeur, car l’agriculture reste le principal consommateur d’eau en Tunisie. Dans le même temps, les ressources conventionnelles sont de plus en plus menacées par la sécheresse, la pression démographique et le changement climatique. Selon le Rapport national sur le secteur de l’eau 2024, l’ONAS exploitait 127 stations d’épuration. L’Office avait traité 295,7 millions de mètres cubes d’eaux usées, sur un volume produit de 309 millions. Pourtant, l’utilisation agricole de cette ressource demeure marginale. Elle n’a représenté que 11,3 millions de mètres cubes en 2024, soit à peine 3,8 % du total traité. Renforcer la sécurité sanitaire est donc indispensable pour gagner la confiance des agriculteurs et des consommateurs.

    Pour la FAO, l’expérience tunisienne s’inscrit dans une dynamique régionale plus large au Proche-Orient et en Afrique du Nord, impliquant la Tunisie, la Jordanie et la Palestine. Cette coopération participe au mouvement en faveur des ressources non conventionnelles et de pratiques agricoles plus résilientes, alors que la rareté de l’eau touche désormais l’ensemble du pourtour méditerranéen.

  • Nigeria : un plan de relance pour sauver la filière gingembre

    Nigeria : un plan de relance pour sauver la filière gingembre

    Premier producteur et exportateur africain de gingembre, le Nigeria tente de relancer une filière durement touchée depuis 2023 par une grave crise phytosanitaire. Dans ce cadre, le Fonds national de développement agricole a lancé, le 19 juin, le Ginger Value Chain Recovery and Sustainability Programme.

    Le dispositif est mis en œuvre avec l’Institut national de recherche sur les racines et tubercules. Il prolonge les actions engagées depuis près de trois ans pour contenir le ginger blight, une maladie fongique redoutable. Celle-ci a touché plusieurs États producteurs, en particulier Kaduna, principal bassin de culture du pays.

    L’ampleur du choc montre l’urgence de la situation. Selon AFEX Commodities Exchange, la récolte nigériane de gingembre est passée de plus de 800 000 tonnes en 2022 à moins de 100 000 tonnes en 2023. Elle s’est ensuite légèrement redressée, à environ 160 000 tonnes en 2024. Sur l’ensemble de la période, la récolte annuelle a donc chuté de plus de 75 %. Les recettes d’exportation se sont effondrées dans le même temps, atteignant 11,5 millions de dollars en 2025, contre 41 millions trois ans plus tôt, soit près de quatre fois moins.

    Face à cette crise, Abuja avait déjà créé en 2024 un comité national de lutte contre la maladie. Un fonds de 1,6 milliard de nairas, environ 1,2 million de dollars, avait aussi été mobilisé pour soutenir les petits exploitants des zones les plus touchées.

    Le nouveau plan de relance vise d’abord à reconstituer rapidement la base productive. La secrétaire permanente du ministère de l’Agriculture et des Ressources naturelles de l’État d’Abia, Ijeoma Adamma Agoha, a expliqué que cette réponse devait permettre de reconstruire des systèmes plus solides. Elle doit aussi restaurer la confiance des agriculteurs grâce à la science et à l’innovation. En parallèle, le NADF investit dans le renforcement de plusieurs instituts de recherche, dont le NRCRI. L’objectif est de privilégier la prévention plutôt qu’une gestion uniquement réactive des crises.

    L’enjeu dépasse toutefois la reconstruction de l’outil productif. Le marché mondial du gingembre pèse plus de 4 milliards de dollars. Selon le Centre du commerce international, le Nigeria pourrait porter ses exportations annuelles à 86 millions de dollars d’ici 2030, à condition de structurer durablement la filière.

     

  • Côte d’Ivoire : La réforme des prix ouvre une nouvelle ère pour la filière hévéa

    Côte d’Ivoire : La réforme des prix ouvre une nouvelle ère pour la filière hévéa

    La campagne hévéicole 2026 a été lancée le vendredi 19 juin à la Fondation Félix Houphouët-Boigny de Yamoussoukro. La cérémonie, placée sous le parrainage du ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Bruno Nabagné Koné, a réuni près de 2 000 producteurs, usiniers, acheteurs et responsables de sociétés coopératives venus de tout le pays.

    Cette nouvelle saison débute avec une réforme très attendue du mécanisme de fixation du prix d’achat du caoutchouc humide. Celle-ci s’accompagne de trois changements concrets. D’abord, la décote de 2 FCFA par kilogramme est définitivement supprimée. Ensuite, la part du prix de référence net versée au producteur passe de 63 % à 66 %. Enfin, les primes versées par les usiniers pour attirer la production sont plafonnées à 10 FCFA par kilogramme. Cette mesure doit mettre fin à la surenchère qui s’était transformée, ces derniers mois, en véritable guerre des prix entre transformateurs et menaçait la viabilité des plus petites unités industrielles.

    Le ministre a également annoncé le déploiement, dès juin, d’équipes de supervision du Conseil Hévéa-Palmier à Huile-Coco sur tout le territoire. Elles devront expliquer la nouvelle clé de répartition dans chaque coopérative et sanctionner les acteurs qui ne respecteraient pas les règles, notamment la marge maximale de 20 FCFA accordée aux intermédiaires.

    La filière fait vivre plus de 1,2 million de personnes. Elle compte environ 170 000 producteurs et plus de 140 000 saigneurs et a redistribué plus de 700 milliards de FCFA aux planteurs en 2025.

    Restée jusque-là largement centrée sur l’exportation de matière première brute et sur la transformation primaire, la filière hévéa affiche désormais l’ambition de fabriquer des pneus sur le sol ivoirien. En stabilisant les règles de prix, l’État espère rassurer les investisseurs et capter une part plus importante de la valeur générée par le premier producteur africain de caoutchouc naturel.