Auteur/autrice : agroMakers-api

  • Gabon : la SAEG placée sous administration provisoire après l’échec de sa dissolution

    Gabon : la SAEG placée sous administration provisoire après l’échec de sa dissolution

    Le gouvernement gabonais a décidé, le 8 octobre 2026, de placer la Société d’agriculture et d’élevage du Gabon (SAEG) sous administration provisoire pour une durée maximale de 90 jours. Cette décision intervient après l’échec de sa dissolution au profit de la Société agropastorale du Gabon (AGROPAG), une restructuration engagée en février 2026 mais devenue juridiquement caduque faute de ratification des textes nécessaires.

    Les ordonnances n°0014/PR/2026 et n°0015/PR/2026 du 26 février 2026 prévoyaient la suppression de la SAEG et le transfert de ses compétences, de ses activités et de son patrimoine à AGROPAG. Leur absence de ratification a cependant privé cette opération de son fondement juridique. La SAEG conserve donc son existence légale, alors même qu’elle ne dispose plus d’un organe de direction.

    L’administration provisoire sera assurée par le directeur général de l’Agriculture, parallèlement à ses fonctions habituelles et sans rémunération supplémentaire. Il devra sécuriser les actifs de la société, réaliser un audit de sa situation et conduire une revue stratégique de ses activités. Ces travaux doivent notamment permettre d’établir l’état du patrimoine et des engagements de l’entreprise publique.

    Cette nouvelle intervention marque un revers dans la réorganisation du dispositif agricole gabonais. Créée en 2024, puis instituée par une ordonnance du 31 août de la même année, la SAEG avait succédé à la Société de transformation agricole et de développement rural (SOTRADER), une structure détenue à 51 % par l’État gabonais et à 49 % par le groupe Olam. Elle devait renforcer l’intervention publique dans la production agricole, l’élevage et la commercialisation des produits locaux.

    Pourtant, les difficultés opérationnelles étaient apparues avant même la décision de dissolution. En février 2026, le directeur général de la SAEG, Aubert-Aimé Ndjila, expliquait que les retards dans la finalisation juridique de la société et la mise à disposition des financements publics avaient freiné le démarrage des activités. Les moyens logistiques disponibles demeuraient également limités, avec notamment une dizaine de conteneurs et trois camions destinés au transport de bovins.

    Le remplacement de la SAEG par AGROPAG devait permettre de relancer les programmes agricoles publics. Cette dernière avait notamment vocation à développer la production agropastorale, la transformation et la commercialisation, dans un pays où les importations alimentaires représentent une part importante de l’approvisionnement national.

    Les difficultés financières ont néanmoins persisté. Le Conseil des ministres du 8 octobre a reconnu l’existence d’arriérés de salaires au sein des deux sociétés. Le ministre de l’Économie et des Finances a reçu instruction de procéder en urgence au règlement d’un premier tiers des sommes dues, tandis que le solde devra être apuré selon un échéancier à définir.

    La situation d’AGROPAG avait déjà suscité des inquiétudes au cours de l’année. En août 2026, plusieurs salariés dénonçaient quatre mois d’arriérés de rémunération, alors que le budget de la société n’avait pas encore été adopté. Selon la presse gabonaise, cinq conseils d’administration s’étaient tenus en trois mois sans permettre de résoudre cette difficulté.

    La question du patrimoine agricole public constitue également un enjeu important de cette administration provisoire. Les actifs concernés comprennent notamment des équipements, des moyens de transport et des exploitations agricoles situées dans différentes régions du pays. L’audit devra établir leur situation et clarifier les engagements associés aux deux structures.

  • Bénin : 19,17 millions d’euros mobilisés pour développer les cultures de légumineuses

    Bénin : 19,17 millions d’euros mobilisés pour développer les cultures de légumineuses

    La Banque islamique de développement (BID) a signé, le 12 octobre 2026, un accord de financement de 19,17 millions d’euros avec le Bénin pour soutenir l’intensification durable des systèmes agricoles à base de légumineuses. Le projet, dont le coût total atteint 20,70 millions d’euros, sera déployé dans cinq pôles de développement agricole afin d’améliorer la fertilité des sols, la résilience des exploitations et la sécurité alimentaire.

    L’accord a été conclu à Bangkok, en marge des Assemblées annuelles du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale, entre le président du Groupe de la BID, Muhammad Al Jasser, et le ministre délégué béninois chargé de la Mobilisation des ressources extérieures et de la Gestion de la dette, Hugues Oscar Lokossou.

    Le financement couvre environ 92,6 % du coût du programme. Il fait partie d’un ensemble de 326,06 millions d’euros accordés par la BID au Bénin, dont 306,89 millions d’euros sont destinés à l’élargissement et à la modernisation du corridor routier Godomey-Ouidah-Hillacondji.

    Le nouveau programme agricole intervient dans un pays où les légumineuses représentent un segment important de la production végétale. Au cours de la campagne 2023-2024, le Bénin a récolté environ 845 600 tonnes de légumineuses, contre 756 100 tonnes lors de la campagne précédente. Cette progression a été largement portée par le soja, dont la production a atteint 520 929 tonnes, selon les chiffres repris par les autorités béninoises.

    La croissance du soja s’est poursuivie au cours des campagnes suivantes. La Direction générale du Trésor français faisait état, en novembre 2025, d’une production attendue de 652 000 tonnes pour la campagne 2024-2025. Cette évolution accompagne le développement des capacités de transformation, notamment dans la Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ).

    La filière est devenue un débouché important pour l’industrie agroalimentaire béninoise. La transformation du soja permet de produire de l’huile et des tourteaux utilisés dans l’alimentation animale. En 2024, les exportations de tourteaux et d’huile de soja ont fortement progressé, soutenues par les activités industrielles de la GDIZ. Selon le rapport annuel 2025 de l’Agence de promotion des investissements et des exportations, la filière soja représentait 15,8 % des exportations béninoises en 2024, contre 11,9 % en 2023.

    Le développement de cette production s’accompagne d’une organisation plus structurée du marché intérieur. Pour la campagne 2024-2025, l’interprofession a fixé le prix du soja conventionnel à 275 FCFA par kilogramme et celui du soja biologique à 325 FCFA, auxquels s’ajoutaient cinq FCFA par kilogramme pour les charges liées à la commercialisation. Le gouvernement avait également signalé des sorties frauduleuses de soja vers les pays voisins, malgré la progression des volumes disponibles.

    Outre le soja, le financement de la BID concerne le niébé, l’arachide, le pois d’Angole et le voandzou, qui occupent des fonctions différentes dans les exploitations. Le niébé et l’arachide contribuent directement à l’alimentation et aux revenus des ménages ruraux, tandis que le soja bénéficie d’une demande industrielle en expansion.

    Leur intégration dans les rotations présente également un intérêt agronomique. Grâce à leur capacité à fixer l’azote atmosphérique en association avec des bactéries du sol, certaines légumineuses contribuent à la gestion de la fertilité des parcelles. Elles peuvent notamment être associées à des systèmes de production céréaliers, dont les performances restent sensibles à la disponibilité des éléments nutritifs.

    Cette dimension prend une importance particulière au Bénin, où l’augmentation de la production vivrière repose encore largement sur l’extension des superficies cultivées.

    Le programme financé par la BID associe ainsi deux enjeux déjà présents dans l’agriculture béninoise. D’une part, il soutient des cultures dont certaines disposent de débouchés industriels et commerciaux importants. D’autre part, il cible l’amélioration des systèmes de production et de la fertilité des terres dans cinq pôles agricoles.

  • Côte d’Ivoire : Beta Veg Oil inaugure une usine de transformation du karité et du soja à Bouaké

    Côte d’Ivoire : Beta Veg Oil inaugure une usine de transformation du karité et du soja à Bouaké

    La société Beta Veg Oil a inauguré, le 12 octobre 2026, une unité industrielle de transformation du karité et du soja à Kongodékro, dans la commune de Bouaké. Réalisée pour un investissement annoncé de 10 milliards FCFA, l’installation dispose d’une capacité annuelle de traitement de 70 000 tonnes de matières premières. Elle constitue, selon ses promoteurs, la plus grande unité ivoirienne d’extraction par solvant dédiée à ces deux produits agricoles.

    Fondée par Mounir Fakry et Pierre Ali, l’entreprise produit déjà du beurre de karité et prévoit de développer la fabrication d’huile de soja raffinée et de tourteaux destinés à l’alimentation animale. L’usine devrait générer 450 emplois directs, auxquels s’ajoutent 250 travailleurs journaliers déjà mobilisés, selon les informations communiquées lors de l’inauguration. Une deuxième phase d’extension est envisagée dès décembre 2026.

    L’investissement intervient dans une filière karité encore largement orientée vers l’exportation de matières premières. En 2025, la Côte d’Ivoire a produit environ 60 000 tonnes d’amandes de karité et exporté près de 4 400 tonnes de beurre vers neuf pays d’Asie, d’Amérique et d’Europe, selon les chiffres présentés par le ministère de l’Agriculture. Plus de 60 % de la production nationale serait encore commercialisée sous forme d’amandes brutes.

    Au niveau du soja, la production ivoirienne a atteint environ 30 000 tonnes en 2025, avec une transformation locale encore limitée.

    L’entreprise intervient ainsi sur deux marchés aux débouchés différents. Le beurre de karité est notamment utilisé dans les industries alimentaires et cosmétiques, tandis que la transformation du soja fournit de l’huile végétale et des tourteaux riches en protéines destinés à la fabrication d’aliments pour animaux. Ce second débouché intéresse particulièrement les filières avicole et d’élevage, qui utilisent les tourteaux dans les formulations alimentaires.

    Pour le karité, le développement des capacités industrielles s’accompagne d’une réorganisation des achats. La collecte des amandes repose principalement sur les femmes rurales, dont les productions sont regroupées et commercialisées à travers des coopératives et des réseaux d’intermédiaires. Plus de 400 000 femmes participeraient à cette activité en Côte d’Ivoire, selon les autorités.

    Beta Veg Oil prévoit d’effectuer directement auprès des collectrices environ 20 % de ses achats de matières premières. Son programme Beta Nafa doit accompagner les groupements féminins dans huit zones de production, avec des actions de formation, de préfinancement et d’organisation des campagnes de collecte.

    Un premier dispositif d’approvisionnement concerne 30 000 femmes et porte sur 5 000 tonnes de matières premières, valorisées à 270 000 FCFA la tonne. L’enveloppe correspondante atteint 1,35 milliard FCFA, soit un prix de référence de 270 FCFA par kilogramme. Les modalités de préfinancement doivent notamment permettre aux collectrices de faire face à certaines dépenses avant la commercialisation de leurs récoltes.

    Ce programme représente une évolution dans les relations entre industriels et fournisseurs ruraux. Les achats directs donnent à Beta Veg Oil la possibilité de sécuriser une partie de son approvisionnement auprès de groupements identifiés, tandis que les collectrices disposent d’un débouché organisé et de conditions commerciales annoncées à l’avance.

    Le ministre du Commerce et de l’Industrie, Ibrahim Kalil Konaté, a indiqué que l’arrivée de cette unité pourrait porter le taux de transformation du karité ivoirien aux environs de 30 %. L’objectif affiché est d’atteindre 50 à 60 % dans les cinq prochaines années, à mesure que les capacités industrielles se développent.

    À Bouaké, Beta Veg Oil s’inscrit dans une stratégie municipale d’industrialisation plus large. Le programme « Bouaké Nouveau » prévoit notamment le développement d’une zone logistique et industrielle, dont les études sont achevées. Les autorités locales ambitionnent de transformer sur place 50 % de la production agricole régionale et de créer 10 000 emplois industriels directs à l’horizon 2030.

  • Ghana : un partenariat avec l’Inde pour relancer la production nationale de tomates

    Ghana : un partenariat avec l’Inde pour relancer la production nationale de tomates

    Le Ghana et l’Inde ont conclu, le 6 octobre 2026, un accord de coopération agricole de cinq ans qui accorde une place prioritaire à l’amélioration de la production de tomates. Signé entre l’Indian Council of Agricultural Research (ICAR) et le Crops Research Institute du Council for Scientific and Industrial Research (CSIR-CRI), ce partenariat intervient alors que le Ghana reste fortement dépendant des importations pour approvisionner son marché en tomates fraîches et en produits transformés.

    L’accord prévoit des programmes de recherche conjoints, des échanges de chercheurs, de matériel végétal et de connaissances techniques, ainsi que le développement et la commercialisation de technologies agricoles. Les premières activités porteront sur la sélection et l’introduction de variétés de tomates à haut rendement, adaptées aux conditions de production ghanéennes. L’entreprise Arima Farms Ltd. interviendra comme partenaire commercial du CSIR-CRI pour certaines activités de recherche et de valorisation.

    La question des rendements occupe une place centrale dans la filière ghanéenne. Selon des données communiquées en mars 2026 par le ministre de l’Alimentation et de l’Agriculture, Eric Opoku, le pays produit environ 510 000 tonnes de tomates par an pour une demande estimée à 805 000 tonnes. Le déficit atteint ainsi près de 295 000 tonnes, auxquelles s’ajoutent les difficultés liées aux pertes après récolte. Environ 30 % de la production ghanéenne serait par ailleurs perdue après la récolte, selon les estimations présentées par les autorités.

    Le ministre évaluait également le rendement moyen national à environ huit tonnes par hectare, contre 18 tonnes au Burkina Faso. Cet écart contribue à expliquer la compétitivité des producteurs burkinabè sur le marché ghanéen, particulièrement pendant les périodes où l’offre locale diminue.

    Les échanges avec le Burkina Faso occupent une place particulière dans l’approvisionnement du Ghana. En mars 2026, Ouagadougou a suspendu temporairement ses exportations de tomates fraîches afin de réserver davantage de matières premières à ses propres unités de transformation. La mesure, levée début avril après des discussions entre les deux pays, a mis en évidence la dépendance des commerçants ghanéens à l’égard de cette origine.

    Le recours aux importations concerne également les produits transformés. En août 2026, des chercheurs du CSIR ont estimé à plus de 230 millions de dollars par an les achats extérieurs de tomates fraîches et de produits dérivés. Leurs évaluations de la demande totale, qui intègrent différentes catégories de produits, sont supérieures aux estimations ministérielles portant sur les tomates fraîches.

    L’amélioration variétale constitue l’un des moyens retenus pour accroître la production nationale. Les chercheurs du CSIR-CRI estiment que les rendements actuellement observés, généralement compris entre sept et dix tonnes par hectare, restent très inférieurs au potentiel de certaines variétés améliorées cultivées avec des pratiques agronomiques adaptées. La forte utilisation de semences hybrides importées représente également un enjeu pour le développement d’une offre semencière locale.

    Le partenariat avec l’ICAR doit permettre aux équipes ghanéennes d’accéder à de nouvelles lignées de tomates et à du matériel génétique destiné aux travaux de sélection. Les deux institutions prévoient également des échanges de scientifiques et la mise en œuvre de projets communs. Un groupe de travail conjoint supervisera les activités, avec des réunions organisées alternativement en Inde et au Ghana.

    Cette coopération complète les initiatives déjà engagées par Accra. En septembre 2026, le gouvernement a lancé la Ghana Tomato Self-Sufficiency Initiative, qui vise une première production de 100 000 tonnes pendant la campagne 2026-2027, avant une montée en puissance vers 400 000 tonnes annuelles. Ce programme associe les autorités publiques à des partenaires privés et prévoit des interventions sur la production et l’organisation de la filière.

    Le volet technologique de l’accord avec l’Inde dépasse par ailleurs la seule tomate. Les deux pays souhaitent développer des travaux sur la transformation du manioc, de l’igname et d’autres tubercules, ainsi que sur les infrastructures post-récolte. Les domaines mentionnés comprennent le stockage frigorifique, le transport réfrigéré, le tri, le calibrage et les procédés de transformation.

  • Afrique du Sud : 330 millions de rands pour une usine de concentré de pomme

    Afrique du Sud : 330 millions de rands pour une usine de concentré de pomme

    Le groupe Walk of Life prévoit d’investir 330 millions de rands dans la construction d’une usine de concentré de jus de pomme à Harrismith, dans la province sud-africaine de l’État-Libre. Annoncé le 9 octobre 2026, le projet doit s’implanter dans la zone économique spéciale de Maluti-a-Phofung et générer 100 emplois permanents ainsi que 600 emplois saisonniers.

    Cet investissement intervient dans une filière fruitière dont les volumes de production sont considérables. En 2025, la récolte sud-africaine de pommes était estimée à 1,26 million de tonnes, dont environ 619 000 tonnes destinées à l’exportation. Le pays figure parmi les principaux fournisseurs de pommes fraîches des marchés africains, européens et asiatiques.

    La transformation industrielle constitue le deuxième grand débouché de la filière après la commercialisation des fruits frais. Environ 29 % de la récolte est destinée à la fabrication de jus, de concentrés, de purées et d’autres produits transformés. Sur la base de la production de 2025, cela représente près de 365 000 tonnes de pommes, principalement issues des écarts de tri et des fruits ne répondant pas aux standards commerciaux de l’exportation.

    Le secteur dispose déjà d’opérateurs spécialisés, notamment Ceres Fruit Processors et Drakensberg Fruit Processors, qui approvisionnent les industries des boissons et de l’agroalimentaire. Walk of Life devra donc s’insérer dans un marché où les circuits d’achat de fruits destinés à la transformation sont déjà organisés.

    Le choix de Harrismith présente une particularité. Les principaux bassins pomicoles se trouvent dans le Cap-Occidental, notamment à Ceres, Elgin et Grabouw, ainsi que dans certaines zones du Cap-Oriental. La nouvelle usine sera ainsi implantée en dehors des grandes régions de production. Cette configuration contraste avec celle de plusieurs transformateurs historiques, installés à proximité des vergers.

    Harrismith bénéficie néanmoins d’une position stratégique sur la route nationale N3, qui relie Johannesburg à Durban. Cet axe dessert le principal bassin de consommation du pays et l’un de ses grands ports commerciaux. L’entreprise pourrait donc bénéficier d’un accès favorable aux marchés de distribution et d’exportation du concentré, tout en devant organiser l’acheminement des pommes depuis les zones de récolte.

    Cette distinction entre les lieux de production et de transformation a une incidence économique directe. Les pommes destinées à l’industrie sont généralement commercialisées à des prix inférieurs à ceux du marché du frais. Le transport de grandes quantités de fruits sur de longues distances représente donc une charge importante dans le coût des matières premières.

    L’implantation dans la zone économique spéciale de Maluti-a-Phofung s’inscrit dans la politique sud-africaine de développement industriel régional. Le gouvernement cherche à attirer des investissements manufacturiers dans des territoires moins industrialisés, notamment à travers des infrastructures dédiées et des dispositifs d’accompagnement des entreprises.

    Pour l’État-Libre, les 330 millions de rands annoncés représentent ainsi un investissement agro-industriel dans une province davantage associée aux grandes cultures céréalières et à l’élevage qu’à la transformation des pommes. Les 700 emplois permanents et saisonniers envisagés constitueraient également une contribution à l’activité économique locale.

  • Nigeria : un programme de 7,1 milliards de dollars pour accélérer la production nationale de sucre

    Nigeria : un programme de 7,1 milliards de dollars pour accélérer la production nationale de sucre

    Le Nigeria veut franchir une nouvelle étape dans le développement de son industrie sucrière. Le National Sugar Development Council (NSDC) a présenté un programme d’investissement de 7,1 milliards de dollars sur dix ans, destiné à renforcer la production locale et à réduire la dépendance du pays aux importations.

    L’initiative prévoit notamment la création de dix complexes sucriers intégrés et vise une production nationale supérieure à deux millions de tonnes par an.

    Les dix nouveaux complexes envisagés représenteraient une capacité de production cumulée de 835 000 tonnes de sucre par an à plein régime. Selon les informations communiquées par le régulateur, des promoteurs ont déjà été identifiés pour l’ensemble des projets, tandis que 143 478 hectares de terres auraient été sécurisés pour leur développement.

    Ces avancées ne signifient toutefois pas que les investissements sont déjà réalisés. Les études techniques se poursuivent et la mobilisation des financements reste une étape déterminante avant le lancement effectif des différentes installations.

    Le programme repose sur un modèle de production intégrée, associant la culture de la canne à sucre à sa transformation industrielle. Les complexes pourraient également développer des activités complémentaires, notamment la production d’éthanol et la valorisation énergétique des sous-produits. Cette approche vise à améliorer la rentabilité des investissements en diversifiant les sources de revenus au-delà du sucre commercialisé.

    Pour le Nigeria, l’enjeu est considérable. Malgré la taille de son marché intérieur, le pays demeure fortement dépendant des importations de sucre brut pour satisfaire les besoins de son industrie. Le développement de nouvelles capacités agricoles et industrielles permettrait de réduire cette exposition aux marchés internationaux tout en renforçant les chaînes de valeur locales.

    Le NSDC estime que le programme pourrait générer jusqu’à 2,1 milliards de dollars d’économies annuelles en devises et contribuer à la création de 110 000 emplois directs et indirects. Ces projections restent conditionnées à la réalisation des investissements, à l’exploitation effective des superficies prévues et à l’atteinte des capacités de production annoncées.

    La dimension agricole constitue l’un des principaux défis du programme. L’implantation de complexes sucriers à grande échelle nécessite des investissements importants dans l’irrigation, les infrastructures de transport, la mécanisation et l’organisation de l’approvisionnement en canne. La maîtrise des coûts de production et la disponibilité de ressources en eau suffisantes seront également essentielles à la compétitivité des futures installations.

    Le développement de cette industrie pourrait par ailleurs offrir de nouvelles perspectives aux producteurs agricoles, notamment à travers des mécanismes de contractualisation et des partenariats avec les unités de transformation. Leur place dans le dispositif dépendra cependant des modèles d’exploitation retenus par les promoteurs.

    Avec ce programme, le Nigeria entend accélérer la constitution d’une filière sucrière nationale capable de répondre davantage à sa demande intérieure. Les prochaines étapes, en particulier la conclusion des financements et le démarrage des travaux, permettront de déterminer dans quelle mesure cette ambition pourra se traduire en nouvelles capacités de production.

  • Côte d’Ivoire : une usine de 10 milliards FCFA pour transformer le karité et le soja à Bouaké

    Côte d’Ivoire : une usine de 10 milliards FCFA pour transformer le karité et le soja à Bouaké

    La ville de Bouaké renforce progressivement son positionnement agro-industriel avec l’arrivée de Beta Veg Oil, une nouvelle unité de transformation du karité et du soja implantée à Kongodékro. L’usine, dont l’inauguration a eu lieu le 12 octobre 2026, représente un investissement global annoncé de 10 milliards FCFA et ambitionne de développer la valorisation locale de ces deux matières premières agricoles.

    Le projet prévoit une première phase d’investissement de 5 milliards FCFA, sur une enveloppe globale estimée à 10 milliards FCFA. L’installation devrait disposer d’une capacité de transformation de 200 tonnes de matières premières par jour, correspondant à environ 70 000 tonnes par an selon les prévisions communiquées. Ces volumes restent des capacités annoncées et ne constituent pas encore des niveaux de production effectivement atteints.

    L’activité industrielle doit notamment porter sur la fabrication de beurre de karité, d’huile de soja et de tourteaux. Ces produits répondent à des débouchés distincts : le beurre de karité intéresse les industries cosmétique et alimentaire, l’huile de soja alimente le marché des huiles végétales, tandis que les tourteaux peuvent être valorisés dans la fabrication d’aliments pour animaux.

    Cette diversité de produits pourrait contribuer à améliorer la valorisation économique des matières premières et à renforcer les liens entre les filières agricoles et les industries de transformation. Pour les producteurs, l’enjeu sera notamment de disposer de débouchés réguliers, capables d’absorber des volumes importants tout en assurant des conditions commerciales viables.

    L’implantation à Bouaké présente également un intérêt territorial. Située au centre de la Côte d’Ivoire, la ville bénéficie d’une position favorable pour l’approvisionnement depuis plusieurs bassins agricoles et pour la distribution vers les marchés intérieurs et sous-régionaux. Le développement de nouvelles capacités de transformation pourrait y favoriser l’émergence d’activités complémentaires dans la collecte, le transport, le stockage et la commercialisation.

    Le projet s’inscrit dans une dynamique plus large de développement de la transformation locale des productions agricoles ivoiriennes. Au-delà de l’exportation de matières premières, l’objectif est de conserver une part plus importante de la valeur ajoutée sur le territoire national, à travers la production d’ingrédients et de produits semi-finis destinés aux industries.

  • Afrique du Sud : Tongaat Hulett quitte la Bourse de Johannesburg après 74 ans de cotation

    Afrique du Sud : Tongaat Hulett quitte la Bourse de Johannesburg après 74 ans de cotation

    Le groupe sucrier sud-africain Tongaat Hulett s’apprête à tourner une page importante de son histoire. Après 74 années de présence à la Bourse de Johannesburg (JSE), l’entreprise doit être retirée de la cote le 3 novembre 2026. Cette décision intervient dans un contexte de difficultés financières prolongées et de restructuration de ses activités, avec des implications pour l’ensemble de la filière sucrière d’Afrique australe.

    Fondé au XIXe siècle, Tongaat Hulett s’est progressivement imposé comme l’un des acteurs historiques de l’industrie sucrière régionale. Ses activités se sont développées au-delà de l’Afrique du Sud, notamment au Mozambique, au Zimbabwe et en Eswatini, à travers la culture de la canne à sucre et sa transformation industrielle.

    Le groupe connaît cependant des difficultés financières depuis plusieurs années. Des irrégularités comptables révélées en 2019 ont fragilisé sa situation, tandis que son endettement et ses contraintes de trésorerie ont compromis sa capacité à poursuivre normalement ses activités. En octobre 2022, Tongaat Hulett a été placé sous une procédure de sauvetage d’entreprise destinée à organiser sa restructuration et à préserver, autant que possible, ses actifs opérationnels.

    La radiation annoncée constitue une nouvelle étape de cette crise. Elle met fin à la présence du groupe sur le marché boursier sud-africain, sans signifier automatiquement la disparition de l’ensemble de ses activités industrielles. L’avenir des différentes unités dépendra notamment de l’issue des procédures de restructuration, des accords avec les créanciers et des solutions retenues pour les actifs du groupe.

    Les conséquences dépassent le seul périmètre financier de l’entreprise. Tongaat Hulett entretient historiquement des relations économiques avec des producteurs de canne à sucre, des fournisseurs, des transporteurs et des communautés rurales dont les revenus dépendent directement ou indirectement de ses installations.

    En Afrique australe, où l’industrie sucrière joue un rôle important dans plusieurs économies agricoles, les difficultés d’un opérateur de cette taille soulèvent également la question de la pérennité des capacités industrielles et de la stabilité des débouchés agricoles.

    La sortie de Tongaat Hulett de la Bourse de Johannesburg illustre ainsi les difficultés auxquelles peuvent être confrontés les grands groupes agro-industriels lorsque les contraintes financières menacent durablement leur modèle économique. Les prochaines étapes de la restructuration permettront de mieux mesurer les conséquences de cette évolution sur la production sucrière régionale.

  • Burkina Faso : L’exportation de farine de mil, de maïs et de sorgho suspendue jusqu’à nouvel ordre

    Burkina Faso : L’exportation de farine de mil, de maïs et de sorgho suspendue jusqu’à nouvel ordre

    Le Burkina Faso renforce les mesures destinées à préserver l’approvisionnement de son marché intérieur en produits céréaliers. Dans un communiqué publié le 9 octobre 2026, le ministère de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat a annoncé la suspension, jusqu’à nouvel ordre, de l’exportation de farine de mil, de maïs et de sorgho, ainsi que de leurs dérivés.

    Cette décision entraîne également l’arrêt de la délivrance des Autorisations spéciales d’exportation (ASE) pour les produits concernés. Ces documents administratifs, indispensables à l’exportation légale de certaines marchandises, ne seront donc plus délivrés pour les farines visées par la mesure.

    Selon les autorités burkinabè, l’objectif est d’assurer un approvisionnement régulier du marché national et d’améliorer l’accessibilité de ces produits pour les populations.

    La sécurité alimentaire au cœur des préoccupations

    Le mil, le maïs et le sorgho occupent une place importante dans l’alimentation des ménages burkinabè. Ces céréales constituent la base de nombreuses préparations culinaires et représentent une source essentielle de calories pour une grande partie de la population.

    Dans ce contexte, la disponibilité des farines issues de ces produits revêt un enjeu économique et social majeur. Une diminution de l’offre sur le marché intérieur peut accentuer les tensions sur les prix et compliquer l’accès des ménages les plus vulnérables aux denrées de première nécessité.

    En suspendant les exportations, les autorités entendent donc privilégier l’approvisionnement du marché national. La mesure vise notamment à limiter les risques de pénurie et à contenir les pressions susceptibles de peser sur les prix.

    Toutefois, son efficacité dépendra de plusieurs facteurs, notamment les volumes de farine disponibles, le niveau de la demande intérieure, les coûts de production et les conditions de distribution dans les différentes régions du pays.

    Les opérateurs économiques appelés à la responsabilité

    Pour garantir l’application de cette décision, le ministère de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat appelle les opérateurs économiques à faire preuve de responsabilité et de patriotisme économique.

    Les services techniques de l’État, les agents chargés des contrôles aux frontières ainsi que les forces de sécurité sont également mobilisés pour veiller au respect de la mesure.
    Le gouvernement prévient que tout contrevenant s’expose à des sanctions conformément à la réglementation en vigueur. Des numéros verts ont par ailleurs été mis à la disposition des populations pour signaler les éventuelles infractions : 80 00 11 84, 80 00 11 85 et 80 00 11 86.

    Cette mobilisation traduit la volonté des autorités de prévenir les exportations non autorisées et de s’assurer que les produits concernés restent disponibles sur le territoire national.

    Un équilibre à trouver entre consommateurs et transformateurs

    Si la suspension des exportations vise à protéger les consommateurs, elle soulève également des questions pour les acteurs de la filière céréalière.
    Les unités de transformation, les commerçants et les exportateurs devront adapter leurs activités à cette nouvelle réglementation.

    Pour les entreprises qui écoulent une partie de leur production sur les marchés extérieurs, cette suspension pourrait entraîner une réorganisation des circuits commerciaux et des débouchés.

    La mesure intervient également après une période de réouverture des exportations. En juillet 2026, le Burkina Faso avait autorisé de nouveau l’exportation des farines de mil, de maïs et de sorgho, sous réserve de l’obtention d’une Autorisation spéciale d’exportation. Cette reprise avait notamment pour objectif de faciliter l’écoulement des stocks accumulés par les unités nationales de transformation.

    Le retour à la suspension, quelques mois plus tard, illustre ainsi les ajustements auxquels les pouvoirs publics peuvent recourir pour concilier les intérêts des entreprises, la circulation des produits agricoles et les impératifs de sécurité alimentaire.

    Quels effets sur les prix et l’approvisionnement ?

    À court terme, le maintien sur le territoire national d’une plus grande quantité de farine destinée auparavant à l’exportation pourrait contribuer à renforcer l’offre locale. Cependant, une baisse effective des prix n’est pas automatique.
    L’évolution des prix dépendra aussi des récoltes, des stocks disponibles, des coûts de transport, des marges commerciales et de la capacité des produits à atteindre les marchés dans de bonnes conditions.

    La surveillance des prix et de la disponibilité des farines dans les principaux centres urbains, notamment Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, constituera donc un indicateur important pour évaluer les résultats de la mesure.

    Par ailleurs, l’application de l’interdiction devra tenir compte des réalités des producteurs et des transformateurs, afin que la protection du marché intérieur ne se traduise pas par des difficultés excessives d’écoulement pour les entreprises nationales.

    Une mesure à l’épreuve de son application

    La suspension de l’exportation de farine de mil, de maïs et de sorgho s’inscrit dans une logique de protection de l’approvisionnement national. Son efficacité dépendra toutefois de la capacité des autorités à faire respecter la réglementation, à suivre l’évolution des stocks et à prévenir les pratiques commerciales illicites.

    L’enjeu est double : garantir aux consommateurs un accès régulier aux produits céréaliers essentiels tout en préservant les conditions d’activité des producteurs et des unités de transformation.

    Annoncée jusqu’à nouvel ordre, la mesure restera en vigueur jusqu’à une éventuelle décision contraire des autorités compétentes. Dans l’intervalle, les acteurs de la filière devront se conformer aux nouvelles dispositions, tandis que les consommateurs attendront des effets concrets sur la disponibilité et le coût des produits concernés.

    Au-delà de la restriction commerciale, cette décision pose une question fondamentale pour l’économie burkinabè: celle de savoir comment assurer durablement la sécurité alimentaire des populations tout en permettant aux entreprises nationales de développer leurs activités et leurs débouchés régionaux.

    Thom Biakpa

  • Barry Callebaut veut tripler sa production de chocolat et renforcer la traçabilité du cacao ivoirien

    Barry Callebaut veut tripler sa production de chocolat et renforcer la traçabilité du cacao ivoirien

    Le groupe suisse Barry Callebaut veut tripler la capacité de sa ligne de production de chocolat en Côte d’Ivoire. L’ambition, présentée le 6 octobre 2026 à Abidjan par son président-directeur général Hein Schumacher, s’inscrit dans un programme de croissance sur dix ans. Le groupe prévoit également de faire passer l’ensemble de ses achats de fèves par le Système national de traçabilité (SNT).

    L’annonce marque une nouvelle étape dans le développement des activités du groupe, historiquement concentrées sur la collecte et la transformation des fèves. Barry Callebaut souhaite désormais renforcer la fabrication locale de chocolat et diversifier son offre pour répondre à la demande des marchés ivoirien et régional.

    Présent en Côte d’Ivoire depuis 1964 à travers sa filiale Société africaine de cacao (SACO), le groupe dispose de deux grandes unités de broyage à Abidjan et San-Pédro, ainsi que d’une chocolaterie inaugurée en 2024 à Marcory. Ses installations représentent une capacité de broyage de 230 000 tonnes de fèves par an.

    Barry Callebaut achète en outre environ 210 000 tonnes de cacao auprès de quelque 250 000 producteurs. Ses activités et celles de ses prestataires mobilisent près de 3 000 personnes dans le pays. Ces chiffres illustrent son poids dans la filière ivoirienne, mais aussi l’importance de ses futurs choix d’investissement pour l’écosystème local.

    L’expansion envisagée concerne spécifiquement la production de chocolat. Elle se distingue donc d’une augmentation des capacités de broyage, qui permettent de transformer les fèves en produits intermédiaires comme la masse, le beurre ou la poudre de cacao. La fabrication de chocolat constitue une étape supplémentaire dans la chaîne de valeur, avec des opérations de formulation, de fabrication et de conditionnement.

    Pour la Côte d’Ivoire, ce positionnement rejoint une ambition ancienne, celle de conserver une part plus importante de la valeur créée à partir de son cacao. Premier producteur mondial de fèves, le pays cherche à développer davantage d’activités industrielles en aval de la filière, alors qu’une grande partie de la valeur des produits chocolatés finis est encore générée à l’étranger.

    Parallèlement à cette expansion industrielle, Barry Callebaut entend renforcer son intégration au dispositif national de traçabilité du cacao. Lors d’une rencontre avec le directeur général du Conseil du Café-Cacao, Koné Brahima Yves, Hein Schumacher a annoncé l’objectif de réaliser, à court terme, 100 % des achats de fèves du groupe à travers le SNT.

    Ce système doit permettre de suivre le cacao depuis les exploitations jusqu’aux circuits de commercialisation, en s’appuyant notamment sur l’identification des producteurs et la géolocalisation des parcelles. Pour Barry Callebaut, son adoption généralisée représenterait une évolution importante dans l’organisation de ses approvisionnements, en complément des dispositifs de traçabilité déjà développés par le groupe.

    L’engagement intervient alors que les exigences de transparence et de durabilité occupent une place croissante dans le commerce international du cacao. L’utilisation du système national doit notamment faciliter la cohérence des informations collectées par les opérateurs privés et le régulateur ivoirien. Barry Callebaut a également exprimé sa volonté d’accompagner le Conseil du Café-Cacao dans le renforcement de la recherche sur le cacao.

    Les échanges avec les autorités ivoiriennes ont aussi porté sur les conditions de développement des activités industrielles. Le ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat, Kalil Konaté, a encouragé le groupe à poursuivre ses investissements et à développer des partenariats avec les entreprises locales. Il a notamment plaidé pour une implantation accrue des unités industrielles dans les bassins de production.

    Plusieurs contraintes restent néanmoins présentes, notamment les maladies affectant les plantations, la baisse attendue de la récolte, les difficultés logistiques dans les ports et les besoins énergétiques des installations industrielles.