Des milliers de tonnes de coton ouest-africain attendent toujours d’être expédiées depuis le port d’Abidjan, alors que la campagne cotonnière 2026-2027 s’ouvre dans la région. Depuis plusieurs mois, l’engorgement des installations portuaires ralentit les exportations et retarde les paiements aux opérateurs, fragilisant une filière déjà confrontée à une forte concurrence internationale.
Selon une enquête diffusée par RFI, les délais d’expédition peuvent désormais atteindre trois mois, contre environ trois semaines en temps normal. Les difficultés se sont accentuées à partir de la fin du mois de mai, avec des navires immobilisés, des escales reportées, une disponibilité insuffisante des conteneurs et des problèmes d’accès aux terminaux pour les camions.
Pour Ivoire Coton, les conséquences sont immédiates. L’entreprise fait état d’environ 3 000 tonnes de coton encore bloquées à Abidjan. Johanna Adotevi, directrice commerciale d’Ivoire Coton et de Faso Coton, explique que les retards d’embarquement empêchent l’encaissement des recettes correspondantes, avec des répercussions sur la trésorerie des entreprises.
Les perturbations dépassent les frontières ivoiriennes, le port d’Abidjan constituant un débouché maritime pour le coton produit au Mali et au Burkina Faso. Les retards affectent ainsi les sociétés cotonnières, les égreneurs, les négociants et, indirectement, les producteurs dont les paiements dépendent de la bonne commercialisation de la fibre.
Cette situation intervient dans un contexte commercial particulièrement concurrentiel. Le Brésil, devenu un fournisseur majeur des industries textiles asiatiques, exerce une pression croissante sur les parts de marché africaines. Au Bangladesh, l’un des principaux marchés d’importation de coton, la part de la zone franc africaine est passée de 40 % à 28 % au cours de la dernière campagne, selon les données évoquées lors des rencontres de l’Association française cotonnière, début octobre à Lille.
Les difficultés logistiques risquent d’accentuer ce recul. Des négociants signalent déjà des annulations de contrats par des acheteurs indiens, tandis que les délais de livraison prolongés pourraient conduire certains clients à privilégier des fournisseurs capables d’expédier plus rapidement leurs marchandises.
Au-delà des coûts supplémentaires de stockage et de transport, c’est donc la fiabilité commerciale du coton ouest-africain qui est en jeu. La normalisation des opérations portuaires sera particulièrement importante dans les prochains mois, alors que les opérateurs doivent écouler les stocks de la campagne précédente tout en préparant l’exportation de la nouvelle récolte.

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