Catégorie : Actualité

  • Cameroun : Yaoundé s’appuie sur l’expertise brésilienne pour relancer sa filière cotonnière

    Cameroun : Yaoundé s’appuie sur l’expertise brésilienne pour relancer sa filière cotonnière

    La filière coton camerounaise traverse une passe difficile. Après deux campagnes consécutives marquées par des baisses de production et des cours mondiaux déprimés — la fibre s’échange aujourd’hui autour de 890 FCFA le kilogramme — la Société de développement du coton du Cameroun (Sodecoton) cherche activement des leviers pour redresser la trajectoire. C’est dans ce contexte qu’une cinquantaine d’agents d’encadrement de la société ont suivi, du 22 au 29 mai 2026 à Kaélé dans l’Extrême-Nord, une formation intensive sur la fertilisation des sols cotonniers, animée par des experts de l’Agence brésilienne de coopération (ABC).

    Cette initiative s’inscrit dans un partenariat technique de long cours entre Yaoundé et Brasília, formalisé depuis 2021 autour d’un objectif ambitieux : porter les rendements cotonniers camerounais à au moins 3 tonnes à l’hectare, contre des niveaux bien en deçà de ce seuil aujourd’hui. Pour la cheffe de mission brésilienne, Maria de Fatima Sousa, la démarche apporte une réelle valeur ajoutée à la filière nationale, en dotant les agents de terrain de compétences pointues sur la composition des sols et les techniques de fertilisation adaptées aux bassins cotonniers du septentrion.

    L’enjeu est considérable. Premier producteur de coton d’Afrique centrale, le Cameroun ambitionne à travers sa SND30 d’atteindre 440 000 tonnes de coton en 2026 — un objectif déjà ciblé par la Sodecoton pour cette campagne. Mais la concurrence internationale s’intensifie, notamment du côté du Brésil lui-même, dont la production vise six millions de tonnes sur la campagne 2025-2026. Pour les producteurs africains, le défi n’est plus seulement de produire plus, mais de produire mieux et à moindre coût.

    Le rapprochement avec le Brésil dépasse désormais le seul cadre technique. En avril 2026, une délégation d’opérateurs économiques brésiliens a rencontré le ministre camerounais du Commerce pour explorer des pistes d’investissement industriel. Un signal que cette coopération, partie du champ et du laboratoire, pourrait bien déboucher sur des engagements plus structurants pour la chaîne de valeur textile camerounaise.

  • Kenya : Nairobi cherche l’appui de Lisbonne pour irriguer un million d’acres supplémentaires

    Kenya : Nairobi cherche l’appui de Lisbonne pour irriguer un million d’acres supplémentaires

    Le Kenya entend accélérer le développement de l’irrigation pour réduire la dépendance de son agriculture aux aléas climatiques. Dans cette optique, le gouvernement a engagé des discussions formelles avec le Portugal pour soutenir la mise en œuvre du National Irrigation Sector Investment Plan, un programme qui vise à placer un million d’acres supplémentaires sous irrigation à travers le pays.

    Les échanges ont eu lieu le 29 mai 2026 à Nairobi entre le secrétaire principal chargé de l’irrigation, Ephantus Kimotho Kimani, et l’ambassadeur du Portugal au Kenya, Paulo Neves Pocinho. Le partenariat envisagé couvre plusieurs dimensions : appui technique, financement, investissement privé et partage d’expertise dans la gestion de l’eau agricole. Sur le plan des infrastructures, les priorités identifiées portent sur la construction de barrages, les systèmes de captage, le revêtement des canaux, l’amélioration des réseaux de transport de l’eau et la modernisation du drainage.

    L’enjeu est structurel pour un pays où les zones arides et semi-arides couvrent une large part du territoire national. Ces régions restent très exposées aux sécheresses récurrentes, qui fragilisent les rendements, érodent les revenus agricoles et perturbent l’approvisionnement alimentaire des populations rurales. Pour Nairobi, l’irrigation est à la fois un levier productif, un outil d’adaptation climatique et un facteur de stabilisation économique.

    Le gouvernement a cependant veillé à ne pas cantonner cette stratégie aux seuls grands périmètres irrigués. Les discussions avec Lisbonne ont également porté sur des projets communautaires et des initiatives portées par les petits producteurs, avec la possibilité de mobiliser des mécanismes de financement de proximité, dont le Small Projects Fund portugais. Une orientation qui tient compte des réalités du tissu agricole kenyan, majoritairement composé de petites exploitations familiales.

    Reste à transformer les discussions diplomatiques en projets concrets, financés, construits et accessibles aux agriculteurs sur le terrain. Avec un million d’acres supplémentaires dans le viseur, le Kenya envoie un message clair : la maîtrise de l’eau est désormais au cœur de sa stratégie de transformation agricole.

  • Côte d’Ivoire : une TVA réduite sur les intrants agricoles pour contenir la pression sur les filières

    Côte d’Ivoire : une TVA réduite sur les intrants agricoles pour contenir la pression sur les filières

    La Côte d’Ivoire ajuste sa fiscalité pour protéger ses filières agricoles et avicoles d’un renchérissement des charges. Le 21 mai 2026, la Commission des affaires économiques et financières de l’Assemblée nationale a adopté un projet de loi appliquant un taux réduit de TVA de 9 % à certains intrants agricoles, contre 18 % pour le taux de droit commun. Sont concernés notamment les fibres de jute et de sisal, les aliments pour bétail, les engrais et d’autres produits directement utilisés dans les exploitations.

    Cette mesure s’inscrit dans le cadre des ajustements liés à la loi de finances 2026, après la suppression de plusieurs exonérations fiscales. Sans correction, certains de ces produits auraient basculé vers le taux normal, avec un impact immédiat sur les charges des producteurs, des éleveurs et des industriels du secteur. Le choix d’un taux intermédiaire répond à un double objectif : préserver une base fiscale pour l’État tout en évitant un renchérissement brutal de produits directement liés à la sécurité alimentaire.

    L’enjeu est particulièrement sensible dans l’aviculture et l’élevage, où l’alimentation animale représente souvent le premier poste de dépense. Dans les productions végétales, les engrais restent essentiels pour maintenir les rendements, mais leur coût demeure difficile à absorber pour de nombreux petits exploitants. Une hausse marquée des intrants peut rapidement se transmettre aux prix des œufs, du poulet et de la viande, dans un contexte où la pression sur le pouvoir d’achat des ménages reste forte.

    La réforme constitue un signal positif pour les filières agricoles ivoiriennes. Mais son efficacité réelle se mesurera sur le terrain, dans les prochains mois, à travers l’évolution effective des coûts de production et des prix à la consommation. Un ajustement fiscal bien intentionné ne suffit pas toujours à compenser des dynamiques de marché plus profondes.

  • Ukraine-Algérie : le maïs de la mer Noire reprend la route de l’Afrique du Nord

    Ukraine-Algérie : le maïs de la mer Noire reprend la route de l’Afrique du Nord

    Le maïs ukrainien reprend progressivement la route de l’Algérie. Pour la première fois depuis 2023, le groupe agricole Nibulon a expédié 122 000 tonnes vers l’Office national algérien des aliments du bétail (ONAB), à travers quatre navires. Le volume reste modeste au regard des besoins algériens — estimés entre 4,7 et 5,4 millions de tonnes par an — mais il marque le retour d’une origine céréalière qui avait quasiment disparu du marché depuis le début de la guerre en Ukraine.

    L’essentiel de ces importations est destiné à l’alimentation animale, en particulier aux filières avicoles et d’élevage. Le maïs entre directement dans la formulation des aliments composés et influence de façon mécanique les coûts de production des œufs, du poulet et, plus largement, des protéines animales. Depuis le recul des flux ukrainiens, Alger s’est davantage tournée vers les fournisseurs sud-américains. Le Brésil et l’Argentine dominent toujours le marché. Le retour de Nibulon ne modifie pas encore les équilibres commerciaux, mais il offre à l’Algérie une option supplémentaire dans un marché exposé aux aléas du fret maritime, aux tensions géopolitiques et à la volatilité des prix céréaliers.

    Cette reprise intervient au moment où Alger cherche aussi à renforcer sa production nationale. Les autorités ont annoncé leur volonté de développer la culture du maïs grain dans les wilayas du Sud, avec un objectif de plus de 200 000 hectares cultivés d’ici 2028 — une ambition de réduction progressive de la dépendance aux importations, même si les besoins actuels des filières animales resteront largement couverts par les marchés internationaux dans les prochaines années.

    Pour l’Ukraine, cette opération confirme la reconstitution progressive de ses débouchés agricoles en Afrique du Nord, un signal positif pour une filière céréalière qui cherche à reconstruire sa présence commerciale sur le continent. Pour les opérateurs africains, la leçon est plus large : dans les filières animales, la sécurité d’approvisionnement en maïs reste un facteur décisif de compétitivité, et la diversification des sources d’achat n’est plus une option mais une nécessité.

  • Semences africaines : la Déclaration de N’Djamena pose les termes d’une souveraineté à défendre

    Semences africaines : la Déclaration de N’Djamena pose les termes d’une souveraineté à défendre

    Il arrive que des conférences produisent des textes qui, au-delà du symbole, tracent une ligne politique claire. C’est ce que vise la Déclaration de N’Djamena, adoptée début juin 2026 à l’issue de la quatrième Conférence panafricaine sur la gouvernance des semences, organisée par l’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA).

    Pendant trois jours, organisations paysannes, mouvements de femmes et de jeunes, chercheurs, parlementaires et institutions régionales venus de 20 pays africains ont convergé vers la capitale tchadienne pour arrêter une position commune sur l’avenir des systèmes semenciers du continent.

    La déclaration part d’un constat chiffré et documenté : les systèmes de semences gérés par les agriculteurs fournissent 90 % des semences utilisées sur le continent. Ce sont eux qui nourrissent des millions de familles. Pourtant, ces mêmes systèmes sont sous pression croissante — lois semencières restrictives, concentration industrielle du secteur, et désormais numérisation qui risque de transformer le patrimoine génétique de l’Afrique en actifs privés contrôlés hors du continent.

    Face à cette dynamique, la Déclaration de N’Djamena formule six affirmations fondamentales :

    • Les droits des agriculteurs à conserver, utiliser, échanger et améliorer leurs semences sont déclarés non négociables ;
    • Les systèmes paysans sont reconnus comme autonomes et légitimes, et non comme une étape transitoire vers un modèle commercial ;
    • La diversité des variétés locales est présentée comme un atout stratégique pour l’adaptation climatique et la nutrition ;
    • Les femmes agricultrices sont explicitement reconnues comme gardiennes et innovatrices indispensables ;
    • La biodiversité semencière est qualifiée de bien commun, non privatisable ;
    • La numérisation agricole est placée sous exigence de gouvernance africaine souveraine.

    Le texte s’adresse directement aux États membres de l’Union africaine, aux communautés économiques régionales, aux gouvernements nationaux, aux institutions de financement et aux parlementaires. Il leur demande d’aligner leurs politiques, leurs budgets et leurs lois sur ces principes — notamment dans le cadre du protocole de propriété intellectuelle de la ZLECAf.

    Derrière la rhétorique, l’enjeu est concret. Qui contrôle les semences contrôle une part déterminante des systèmes alimentaires. La Déclaration de N’Djamena pose le principe que cette question doit être tranchée en faveur des peuples africains, et non au profit d’intérêts industriels exogènes. Son impact dépendra désormais de la capacité des signataires à en faire un levier de réforme tangible dans les arènes politiques nationales et régionales.

     

  • Rwanda : l’avocat s’impose comme une nouvelle locomotive des exportations agricoles

    Rwanda : l’avocat s’impose comme une nouvelle locomotive des exportations agricoles

    Le Rwanda confirme sa montée en puissance sur le marché mondial de l’avocat. En 2024, le pays a exporté 4 200 tonnes de cette culture, générant des recettes de 8 millions de dollars, selon les données de l’Association des exportateurs rwandais de fruits et légumes vers les marchés internationaux. Un résultat qui illustre la trajectoire ascendante d’une filière encore jeune mais en pleine accélération.

    Pour le président de l’association, Robert Rukundo, l’avocat est désormais bien plus qu’un produit de niche, il constitue un relais de croissance crédible pour l’économie agricole nationale. Cette conviction s’appuie sur des fondamentaux solides. Le Rwanda dispose d’un relief et d’un climat favorables à la culture de l’avocat, et les autorités ont engagé depuis plusieurs années des politiques d’intensification horticole visant à diversifier les exportations agricoles, longtemps dominées par le café et le thé.

    L’ambition affichée est à la mesure du potentiel identifié. Des projections antérieures évoquaient un objectif de 16 000 tonnes exportées annuellement d’ici 2026, avec un potentiel de revenus estimé à 40 millions de dollars à terme. Si les chiffres 2024 restent encore en deçà de ces cibles, la dynamique de progression est réelle et témoigne d’une filière en phase de structuration.

    Sur le plan continental, le Rwanda entre dans un espace de plus en plus compétitif. Le Kenya et l’Afrique du Sud dominent la production et les exportations africaines d’avocat vers les marchés européens et moyen-orientaux. La demande mondiale reste néanmoins portée par des tendances de fond — alimentation saine, croissance des marchés asiatiques — qui ouvrent des fenêtres à de nouveaux entrants bien positionnés sur la qualité.

    Pour Kigali, la filière avocat s’inscrit dans une stratégie plus large de valorisation de son agriculture d’exportation, avec l’ambition de transformer ses collines fertiles en un actif compétitif sur les marchés internationaux.

  • Nigeria : près de 700 millions de dollars injectés dans l’agriculture pour consolider la sécurité alimentaire

    Nigeria : près de 700 millions de dollars injectés dans l’agriculture pour consolider la sécurité alimentaire

    Le Nigeria vient de dresser un bilan chiffré de son engagement en faveur du secteur agricole sur les trois dernières années. Selon le ministère fédéral de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, ce sont 950 milliards de nairas, soit environ 697 millions de dollars, qui ont été mobilisés à travers des programmes d’assurance et de financement destinés aux producteurs. Ce bilan a été présenté le 6 juin 2026 dans le cadre d’une évaluation des actions menées pour renforcer la sécurité alimentaire et améliorer la productivité agricole nationale.

    Sur ce montant global, 700 milliards de nairas ont été consacrés à la couverture d’assurance agricole, permettant de protéger près de 200 000 agriculteurs contre les aléas climatiques et les pertes de récoltes. En complément, une facilité de 250 milliards de nairas a été accordée à la Banque de l’agriculture afin qu’elle propose des financements à des conditions accessibles aux exploitants.

    Ces efforts s’inscrivent dans l’Agenda « Renewed Hope » du président Bola Ahmed Tinubu, qui vise à renforcer la production agricole nationale et à contenir la hausse des prix alimentaires. Ils viennent s’ajouter à d’autres mesures déjà déployées — distribution d’engrais et de semences améliorées, mécanisation et développement d’infrastructures rurales.

    L’enjeu est de taille pour un pays où l’agriculture pèse près de 24 % du PIB et emploie environ la moitié de la population active. Malgré ce poids structurel, le secteur reste confronté à des contraintes durables : forte exposition aux perturbations climatiques, faible taux de mécanisation, coûts des intrants en hausse et difficultés persistantes d’accès au crédit pour les petits exploitants.

    Le soutien des partenaires internationaux vient renforcer cette dynamique. En avril dernier, la Banque mondiale a approuvé un crédit de 500 millions de dollars pour financer sur six ans le projet AGROW, centré sur l’accroissement de la productivité des petits exploitants, le renforcement des chaînes de valeur agricoles et l’amélioration de la sécurité nutritionnelle. Un signal fort qui témoigne de la crédibilité retrouvée de la trajectoire agricole nigériane aux yeux des bailleurs internationaux.

     

  • Afrique du Sud : une nouvelle technologie semencière pourrait transformer la filière pomme de terre

    Afrique du Sud : une nouvelle technologie semencière pourrait transformer la filière pomme de terre

    Dans la filière pomme de terre sud-africaine, une innovation venue des Pays-Bas est sur le point de changer les règles du jeu. RegenZ, entreprise pionnière de l’agriculture régénératrice en Afrique du Sud, s’apprête à introduire la semence vraie de pomme de terre hybride dans le pays, en partenariat avec Solynta, société néerlandaise spécialisée dans la sélection de ce type de semences. L’autorisation d’importation est en voie d’être accordée par les autorités réglementaires sud-africaines.

    La rupture avec les pratiques actuelles est significative. Jusqu’ici, la culture de la pomme de terre repose sur l’utilisation de tubercules-semences, un système présentant plusieurs contraintes bien connues des producteurs : encombrement logistique, périssabilité, risques de transmission de maladies en l’absence de certification rigoureuse. Avec la semence vraie hybride, l’équation change radicalement. Pour mettre en place un hectare, il suffit d’environ 25 grammes de semences, contre près de 2,5 tonnes de tubercules pour une surface équivalente. L’économie sur le transport et le stockage est immédiate.

    Au-delà de la logistique, la technologie présente d’autres avantages compétitifs. Les variétés hybrides développées par Solynta offrent une résistance génétique élevée au mildiou, ce qui permet de réduire les traitements fongicides, de diminuer les coûts de production et de limiter les résidus phytosanitaires sur les récoltes. Il ne s’agit pas de semences génétiquement modifiées — les OGM n’étant pas autorisés en Afrique du Sud — mais d’une amélioration variétale par sélection hybride classique.

    La flexibilité offerte aux producteurs constitue également un atout de taille. Le système actuel des tubercules-semences fonctionne selon un modèle rigide, avec des volumes souvent réservés longtemps à l’avance auprès de grands fournisseurs. La semence vraie affranchit les exploitants de cette dépendance et leur permet de planifier leurs plantations plus librement.

    La technologie n’est pas inédite sur le continent. Solynta est déjà présente au Kenya et dans plusieurs pays d’Afrique de l’Est, où des agriculteurs ont déjà semé directement les graines en plein champ avec succès. L’Afrique du Sud et le Kenya constituent aujourd’hui les deux marchés pilotes prioritaires pour son déploiement à plus grande échelle. Des essais ont par ailleurs été menés à l’Université de l’État libre, sous supervision académique, avec des résultats jugés encourageants. Plusieurs entreprises semencières sud-africaines ont d’ores et déjà manifesté leur intérêt pour commercialiser ces semences en petits conditionnements via les pépinières et les coopératives. Une technologie encore jeune, mais dont le potentiel de diffusion dans la petite agriculture africaine semble aujourd’hui difficilement contestable.

  • Burkina Faso : 8 000 jeunes formés à l’entrepreneuriat agricole, un pari sur la souveraineté alimentaire

    Burkina Faso : 8 000 jeunes formés à l’entrepreneuriat agricole, un pari sur la souveraineté alimentaire

    En un an, le Burkina Faso aura formé 8 000 jeunes entrepreneurs agricoles. C’est le bilan de l’Initiative présidentielle pour la production agricole et l’autosuffisance alimentaire (IP-P3A), dont la troisième et dernière cohorte a officiellement achevé sa formation le 5 juin 2026 à l’École nationale de formation agricole (ENAFA) de Matourkou, à Bobo-Dioulasso. Ces 3 000 nouveaux volontaires, âgés de 18 à 40 ans, viennent compléter les deux premières vagues formées depuis le lancement du programme en mars 2025.

    Le contenu de la formation donne la mesure de l’ambition portée par l’initiative. En 70 jours minimum, les apprenants ont été outillés en production végétale, fertilité des sols, céréaliculture, maraîchage et élevage — incluant l’aviculture et la pisciculture. La transformation agroalimentaire y figure également, avec des modules pratiques sur la fabrication de confitures, purées, conserves et pâte d’arachide. Une composante en bio-intrants, compost et biopesticides a complété le cursus, ancrant le tout dans une démarche d’agriculture moderne et durable. Avant même le volet technique, les recrues ont suivi une formation en civisme et patriotisme, dans l’objectif déclaré de changer le regard sur le métier agricole et d’en faire une vocation valorisante.

    L’accompagnement post-formation est tout aussi structuré. Quelque 4 335 hectares ont été mobilisés pour l’installation des jeunes, avec des aménagements déjà engagés sur plus de 1 000 hectares. Chaque groupe dispose de deux hectares équipés de forages pour les cultures de saison sèche. Des kits complets ont été distribués, incluant plus de 127 tonnes de semences, près de 870 tonnes d’engrais, des pulvérisateurs, semoirs et tricycles. À terme, les coopératives en cours de formalisation auront accès à des tracteurs et motoculteurs solaires sous forme de prêts.

    Derrière ce dispositif, la vision est clairement posée par les autorités burkinabè. Comme l’a formulé le secrétaire général du ministère de l’Agriculture lors de la cérémonie de sortie, la liberté du Burkinabè passe aussi par sa capacité à se nourrir lui-même. Ces 8 000 jeunes entrepreneurs sont attendus sur le terrain dès la campagne hivernale 2026-2027 — un test grandeur nature pour une initiative qui mise sur la jeunesse pour transformer l’équation alimentaire du pays.

     

  • Burkina Faso : une récolte de sésame record qui repositionne le pays sur l’échiquier agricole régional

    Burkina Faso : une récolte de sésame record qui repositionne le pays sur l’échiquier agricole régional

    Malgré un contexte sécuritaire tendu, le Burkina Faso affiche une performance agricole qui mérite attention. La filière sésame vient d’enregistrer sa meilleure saison depuis plusieurs années, avec une production de 376 945 tonnes au titre de la campagne 2024-2025, selon les données publiées par le Conseil burkinabè des filières agropastorales et halieutiques (CBF). C’est une hausse de 52,51 % par rapport à la campagne précédente, et un bond de plus de 34 % au-dessus de la moyenne des cinq dernières années, établie à 280 340 tonnes.

    Le sésame occupe une place stratégique dans l’économie agricole burkinabè. Culture de rente par excellence, il contribue directement aux exportations nationales, aux revenus des exploitants et aux entrées de devises du pays. Sa production est concentrée dans plusieurs bassins à fort potentiel, notamment les régions du Goulmou, du Bankui, du Nando, du Nazinon et du Tannounyan, où la filière bénéficie d’un ancrage territorial solide.

    Cette performance intervient à un moment où l’agriculture burkinabè fait face à de multiples pressions — insécurité, déplacements de populations, perturbations climatiques — rendant ce résultat d’autant plus significatif. Il témoigne d’une résilience productive que les autorités de la filière entendent consolider à travers une meilleure structuration des organisations professionnelles, un renforcement de la gouvernance et un travail de fond sur la qualité et la compétitivité des produits.

    Le CBF rappelle également son engagement à accompagner l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur, des producteurs aux commerçants, dans une logique de développement durable de la filière. Pour le Burkina Faso, le sésame n’est plus seulement une culture parmi d’autres — il s’affirme comme l’un des piliers de son agriculture d’exportation, et cette récolte record pourrait bien accélérer l’intérêt des acheteurs internationaux pour l’offre burkinabè.