Catégorie : Actualité

  • Aide alimentaire américaine : Washington rouvre les vannes, mais sous conditions

    Aide alimentaire américaine : Washington rouvre les vannes, mais sous conditions

    L’aide alimentaire d’urgence financée par les États-Unis entre dans une nouvelle ère, marquée par un resserrement des conditions d’octroi. Après le démantèlement de l’USAID en 2025, le programme historique Food for Peace, créé en 1954, a été transféré au Département américain de l’Agriculture (USDA), une agence qui ne dispose pas de l’expertise habituellement requise pour la réponse aux crises humanitaires. Un nouvel accord conclu avec le Programme alimentaire mondial (PAM) illustre ce tournant doctrinal.

    Ce texte impose que les denrées distribuées dans sept pays jugés prioritaires par Washington soient désormais cultivées, transformées ou conditionnées aux États-Unis. Cette clause de préférence nationale rompt avec la pratique du PAM, qui privilégiait depuis une quinzaine d’années les achats locaux ou régionaux pour soutenir les producteurs proches des zones de crise et réduire les délais d’acheminement. Or, le PAM tire environ 40 % de son budget des contributions américaines, ce qui limite sa marge de négociation face à ce nouveau cadre.

    Plusieurs pays africains confrontés à une insécurité alimentaire sévère figurent parmi les zones concernées, du Sahel à la Corne de l’Afrique, en passant par la République démocratique du Congo et le Soudan. La contrainte logistique n’est pas anodine : des denrées achetées en Tanzanie, en Ouganda ou au Sénégal pouvaient atteindre les zones de crise en quelques jours, contre plusieurs semaines pour un acheminement transatlantique depuis le golfe du Mexique.

    Plus préoccupant encore, une analyse du Council on Foreign Relations relève que le programme Food for Peace, dans sa configuration actuelle, oriente une partie des denrées américaines vers des pays jugés hors urgence, en contournant des zones pourtant proches de la famine comme la Somalie, le Soudan du Sud et le Soudan. Sur les 1,2 milliard de dollars que représente le programme, une partie significative des fonds de l’exercice 2026 reste encore à engager.

    Pour les gouvernements africains, l’équation se révèle délicate. Accepter une aide désormais conditionnée revient à composer avec une dépendance accrue aux circuits américains, alors que plusieurs unions régionales, à l’image de la CEDEAO, travaillent depuis une décennie à renforcer la souveraineté alimentaire du continent. La refuser exposerait en revanche les populations les plus vulnérables à des ruptures d’approvisionnement immédiates, dans des régions où l’aide internationale reste, pour l’instant, difficilement substituable.

  • Sénégal : une nouvelle usine textile turque pour valoriser le coton local

    Sénégal : une nouvelle usine textile turque pour valoriser le coton local

    Le Sénégal mise sur l’industrialisation textile pour transformer localement sa production cotonnière. Le président Bassirou Diomaye Faye a inauguré, samedi 20 juin, une usine de confection de vêtements pour hommes et femmes dans la zone industrielle de Diamniadio, près de Dakar. Portée par le groupe d’investissement turc AVCI Global Industrie, l’unité représente un investissement estimé à 6 milliards de francs CFA, soit environ 10,45 millions de dollars.

    D’après les informations relayées par la Radiotélévision sénégalaise, l’usine dispose d’une capacité de production d’environ 1 200 pièces par jour et devrait générer près de 200 emplois directs. Sa mise en service fait suite à un accord tripartite signé en février 2025 entre le ministère de l’Industrie et du Commerce, l’Agence d’aménagement et de promotion des sites industriels (APROSI) et AVCI Global Industrie, dont l’objectif est de développer des unités dédiées à la transformation du coton brut sénégalais en produits à plus forte valeur ajoutée.

    Cet investissement répond à un enjeu structurel pour la filière cotonnière nationale. La quasi-totalité de la fibre produite est aujourd’hui exportée à l’état brut, faute d’unités de transformation suffisantes. Dans son dernier rapport sur le coton en Afrique de l’Ouest, publié en avril, le Département américain de l’Agriculture (USDA) prévoit une production sénégalaise de 55 000 balles, soit près de 12 500 tonnes, pour la campagne 2026/2027, dont seulement 3,6 % seraient transformées localement.

    L’usine de Diamniadio s’inscrit également dans la volonté de Dakar de réduire sa dépendance aux importations de textiles finis. Selon l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), le Sénégal a importé pour près de 19,45 milliards de francs CFA de vêtements et accessoires en 2024, soit environ 34 millions de dollars. À l’inverse, les exportations sénégalaises dans ce secteur n’ont généré que 1,62 milliard de francs CFA sur la même période.

    Au-delà du marché intérieur, l’usine pourrait aussi desservir les pays voisins d’Afrique de l’Ouest, où la demande en vêtements reste soutenue. Dans la dynamique du programme national de transformation « Sénégal 2050 », l’industrialisation du textile apparaît comme un levier de diversification économique pour l’ensemble de la sous-région ouest-africaine, où plusieurs pays producteurs de coton cherchent eux aussi à structurer une chaîne de valeur locale plutôt que de continuer à exporter la fibre brute.

  • Burkina Faso – ITFC : un milliard de dollars pour le commerce et le secteur privé

    Burkina Faso – ITFC : un milliard de dollars pour le commerce et le secteur privé

    Le Burkina Faso renforce son partenariat financier avec le monde arabe et islamique. Le pays et la Société internationale islamique de financement du commerce (ITFC) ont signé, vendredi 19 juin, un accord-cadre d’un milliard de dollars, en marge des Assemblées annuelles 2026 du Groupe de la Banque islamique de développement (BID). Cette signature porte désormais à 3,4 milliards de dollars le portefeuille global de l’institution en faveur de Ouagadougou, une enveloppe principalement orientée vers l’agriculture et l’énergie.

    Concrètement, ce nouveau financement doit soutenir le commerce extérieur burkinabè à travers l’importation de produits énergétiques, d’intrants agricoles, de denrées alimentaires essentielles et de produits pharmaceutiques. Il vise également à dynamiser les exportations agricoles du pays, avec un accent particulier mis sur le coton et l’anacarde, deux filières stratégiques pour l’économie nationale. Le secteur privé n’est pas en reste, puisque l’accord prévoit des lignes de crédit dédiées aux banques locales afin de faciliter l’accès au financement pour les entreprises, notamment les PME.

    Selon le ministère de l’Économie et des Finances du Burkina Faso, cette signature illustre la qualité des relations de coopération entre Ouagadougou et le Groupe BID, tout en traduisant la volonté commune de stimuler les échanges commerciaux et les flux d’investissement avec les pays arabes et africains. L’accord s’inscrit dans la mise en œuvre du programme national RELANCE 2026-2030, cadre de référence des politiques économiques et sociales du pays.

    Ce partenariat fait suite à un précédent accord de 900 millions d’euros signé avec l’ITFC en mai 2023, dont environ 94 % des fonds ont déjà été engagés. Il intervient dans un contexte commercial plutôt favorable pour le Burkina Faso, qui a enregistré au quatrième trimestre 2025 un excédent commercial de 928,4 milliards FCFA, porté notamment par l’or, l’huile de karité, la noix de cajou et la mangue, même si le sésame et le coton à l’export ont reculé sur la période.

    L’accès au financement reste toutefois un défi pour les PME, qui représentent près de 85 % du tissu économique national. La crise sécuritaire pèse sur la confiance des banques et complique l’octroi de crédits dans les zones les plus touchées, une situation qui a conduit la BCEAO à assouplir sa politique monétaire dès mars 2026. Dans ce contexte régional marqué par des tensions sécuritaires persistantes au Sahel, ce type de partenariat financier structurant pourrait constituer un levier important pour soutenir la résilience économique des pays de l’espace UEMOA.

  • En Afrique du Sud, un premier trimestre 2026 record pour le commerce agricole

    En Afrique du Sud, un premier trimestre 2026 record pour le commerce agricole

    En Afrique du Sud, le secteur agricole a le vent en poupe. Entre janvier et mars, l’excédent de la balance commerciale agricole a atteint 1,55 milliard de dollars, en hausse de 16,1% sur un an et un nouveau record, selon un rapport du syndicat agricole AgriSA publié le 8 juin. Ce résultat exceptionnel s’explique surtout par la baisse des dépenses d’importation plutôt que par une forte accélération des ventes à l’étranger, les exportations restant quasi stables à 3,30 milliards de dollars tandis que les importations ont reculé de 10,6% sous l’effet de la baisse des prix de l’huile de palme, du riz, du poisson congelé et du café.

    L’horticulture a continué de porter l’ensemble du commerce agricole sud-africain, représentant 55% des exportations du pays sur la période, sa plus forte contribution sur un premier trimestre. Portées par les raisins, les fruits à pépins, les fruits à noyau et le vin, les ventes horticoles ont généré 1,82 milliard de dollars. Selon AgriSA, le surplus net de ce sous-secteur, estimé à 1,66 milliard de dollars, dépasse désormais l’excédent agricole national total, ce qui illustre son rôle déterminant dans le maintien d’un solde commercial positif pour l’agriculture du pays.

    La situation a été plus contrastée pour d’autres filières. Les produits animaux ont vu leurs ventes chuter de 12,9% à 322 millions de dollars en raison de fermetures de marchés liées à la fièvre aphteuse, tandis que la valeur des ventes de maïs a reculé de 22,4% à 194 millions de dollars malgré une hausse de 17,8% des volumes exportés, conséquence directe de la baisse des prix mondiaux. Les Pays-Bas et le Royaume-Uni sont restés les deux principaux marchés du pays, absorbant ensemble 978 millions de dollars de produits agricoles, suivis du Zimbabwe, de la Namibie, du Mozambique et du Botswana.

    Ces résultats prolongent une dynamique déjà solide. En 2025, les exportations agricoles sud-africaines avaient atteint 15 milliards de dollars, marquant la septième année consécutive de progression. Le début de 2026 pourrait laisser entrevoir une nouvelle année favorable, à condition que le risque sanitaire lié à la fièvre aphteuse se stabilise, ce qui permettrait de relancer les exportations de bétail vers des marchés à forte valeur comme le Moyen-Orient et l’Asie, tandis que la performance horticole et une meilleure valorisation du maïs pourraient continuer de soutenir l’ensemble de la filière.

     

  • Nigeria : une task force pour réduire les rejets de produits agricoles à l’exportation

    Nigeria : une task force pour réduire les rejets de produits agricoles à l’exportation

    Face à la persistance des rejets de ses produits agricoles sur les marchés internationaux, le Nigeria tente une nouvelle réponse institutionnelle. Le gouvernement a inauguré le 15 juin à Abuja un groupe de travail technique réunissant administrations publiques, agences de régulation, instituts de recherche, universités, secteur privé et associations de producteurs, avec pour mission de proposer dans un délai de deux mois des solutions pour réduire les rejets liés au non-respect des limites de résidus et des normes sanitaires internationales.

    Le ministre de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, Aliyu Sabi Abdullahi, a justifié cette initiative par des préoccupations croissantes concernant les résidus de pesticides, les contaminants et la sécurité alimentaire, qui exigent selon lui une réponse coordonnée et multisectorielle. Le secteur agricole contribue à hauteur de 25% au PIB nigérian et emploie environ 34% de la population, mais son potentiel à l’export reste freiné par ces difficultés de conformité.

    Le problème n’est pas nouveau. Une étude de l’Université d’Ibadan publiée en 2025 a recensé 322 notifications de rejet visant des cultures nigérianes entre 2012 et juin 2022 sur les principaux marchés européens, parmi lesquels le Royaume-Uni, la Pologne, la Belgique, l’Allemagne, la Grèce et les Pays-Bas. Les causes identifiées incluent la présence de salmonelles, de pesticides non autorisés comme le dichlorvos, ainsi que des aflatoxines, sans compter l’absence de certificats phytosanitaires en règle. Le sésame, la fleur d’hibiscus, l’arachide, les haricots, les graines de melon et le citron vert figurent parmi les produits les plus touchés. Selon l’Alliance pour l’action contre les pesticides au Nigeria, les seules pertes liées aux rejets d’exportations de haricots vers l’Union européenne sont estimées à près de 363 millions de dollars par an.

    Plusieurs mesures avaient déjà été engagées par le passé pour endiguer ce problème, dont un plan de contrôle pour les haricots secs lancé en 2018, de nouvelles directives d’exportation publiées en 2019, et un programme de l’OMC de 1,2 million de dollars en 2024 ciblant le sésame et le niébé. La persistance des rejets malgré ces dispositifs souligne la difficulté à assurer une conformité continue sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Reste à voir si cette nouvelle task force parviendra à instaurer une dynamique plus cohérente, capable de restaurer durablement la crédibilité des exportations agricoles nigérianes sur les marchés internationaux

  • Le Kenya érige l’assurance agricole en catégorie indépendante face aux risques climatiques

    Le Kenya érige l’assurance agricole en catégorie indépendante face aux risques climatiques

    Le gouvernement kényan a engagé une réforme de sa législation sur les assurances pour reconnaître l’assurance agricole comme une catégorie d’activité distincte. L’annonce a été faite par le secrétaire de cabinet au Trésor, John Mbadi, lors de la présentation devant le Parlement du projet de budget pour l’exercice 2026-2027, qui prévoit des dépenses record de 4 800 milliards de shillings kényans.

    Selon le ministre, le gouvernement a engagé des amendements à l’Insurance Act afin d’établir l’assurance agricole comme une catégorie autonome d’activité, ce qui doit renforcer le cadre réglementaire de gestion des risques agricoles et soutenir la sécurité alimentaire, l’inclusion financière et le développement agricole durable. Jusqu’à présent, les produits d’assurance agricole étaient logés dans la branche générale des assurances, aux côtés des couvertures automobile, immobilière ou santé, alors même que les risques propres à l’agriculture obéissent à une logique différente.

    Cette réforme intervient alors que la pénétration de l’assurance reste inférieure à 3% du PIB au Kenya, l’assurance agricole ne représentant qu’une fraction marginale des risques couverts, malgré le poids de l’agriculture dans l’économie nationale. Le secteur contribue directement à près d’un cinquième du PIB et fait vivre des millions de ménages, notamment à travers la petite exploitation familiale. Les épisodes climatiques se sont multipliés ces dernières années, entre cycles de sécheresse récurrents qui ont détruit cultures et bétail dans les zones arides et semi-arides, et inondations qui ont touché des exploitations dans les régions à fortes précipitations.

    Le pays avait déjà expérimenté des dispositifs d’assurance subventionnée pour les cultures et le bétail, ciblant les petits exploitants à travers des partenariats associant l’État, les assureurs et des agences de développement. La création d’une catégorie indépendante doit permettre d’aller plus loin en adaptant la régulation prudentielle, la tarification et les produits aux spécificités du risque agricole, plutôt que de les calquer sur les standards de l’assurance générale.

    Cette évolution réglementaire s’inscrit dans une tendance plus large sur le continent, où plusieurs marchés cherchent à structurer des cadres dédiés à l’assurance agricole pour mieux protéger les agriculteurs contre les chocs climatiques et attirer des capitaux privés vers un segment encore largement sous-pénétré

  • Après la Chine, le Ghana courtise les investisseurs thaïlandais pour son palmier à huile

    Après la Chine, le Ghana courtise les investisseurs thaïlandais pour son palmier à huile

    Le Ghana a engagé des discussions avec des opérateurs thaïlandais pour attirer de nouveaux investissements dans sa filière du palmier à huile, troisième secteur de production du pays en Afrique de l’Ouest derrière le Nigeria et la Côte d’Ivoire. La rencontre, tenue le 15 juin à Accra, a réuni John Dumelo, vice-ministre de l’Alimentation et de l’Agriculture, et une délégation thaïlandaise comprenant des représentants du ministère des Affaires étrangères ainsi que des entreprises et institutions financières du Royaume.

    Selon le communiqué officiel, les investisseurs thaïlandais ont manifesté un intérêt marqué pour le secteur ghanéen de l’huile de palme, explorant les possibilités d’établir des plantations et des unités de transformation pour répondre à la demande croissante de l’industrie. Le ministère ghanéen s’est engagé à faciliter l’accès aux terres agricoles dans les régions de l’Oti, de l’Ashanti et de l’Ahafo, identifiées comme zones à fort potentiel pour la culture du palmier. Aucun accord n’a toutefois été conclu à ce stade.

    Cette démarche s’inscrit dans la continuité d’un appel similaire lancé en mars dernier par le ministre de l’Agriculture, Eric Opoku, à destination d’opérateurs chinois. Elle traduit la volonté du gouvernement ghanéen d’atteindre l’autosuffisance en huile de palme, objectif réaffirmé en 2025 à travers une politique de développement intégré de la filière pour la période 2026-2032, appuyée par un mécanisme de financement de 500 millions de dollars. Ce dispositif doit offrir des prêts à long terme, un moratoire de cinq ans sur le remboursement et des taux d’intérêt concessionnels, tout en finançant jusqu’à 70% des coûts des projets industriels liés à la filière. Le programme prévoit aussi l’aménagement de 100 000 hectares de nouvelles plantations.

    L’intérêt porté à la Thaïlande s’explique également par des considérations technologiques. Troisième producteur mondial d’huile de palme derrière l’Indonésie et la Malaisie, le pays affiche une production annuelle proche de 3,8 millions de tonnes et s’impose comme le troisième exportateur mondial, avec une maîtrise intégrée de la production, de la transformation et de la distribution.

    Pour le Ghana, ces discussions pourraient ouvrir la voie à des partenariats combinant investissements directs et transfert de technologies, dans une logique de structuration progressive de l’industrie locale de l’huile de palme, alors que plusieurs pays ouest-africains cherchent simultanément à réduire leur dépendance aux importations de cette matière première stratégique pour leurs marchés intérieurs.

  • Le groupe Dangote obtient 600 millions USD de l’AFC pour étendre sa production d’engrais

    Le groupe Dangote obtient 600 millions USD de l’AFC pour étendre sa production d’engrais

    Le groupe nigérian Dangote a obtenu un financement de plus de 600 millions de dollars, soit environ 330 milliards de FCFA, auprès de l’Africa Finance Corporation (AFC) pour étendre son programme de production d’engrais, estimé à 7 milliards de dollars. Ce nouvel accord renforce un partenariat de longue date entre les deux groupes, déjà associés sur plusieurs projets structurants du continent, dont la raffinerie Dangote pour laquelle l’AFC avait coordonné un prêt syndiqué de 3 milliards de dollars.

    Le financement sera octroyé à Greenview Fertilizer Corporation, la holding de Dangote dédiée aux engrais, et doit permettre de tripler la capacité de production d’engrais urée du complexe d’Ibeju-Lekki, dans l’État de Lagos, qui passerait de 3 à 9 millions de tonnes par an. Une nouvelle usine d’urée d’une capacité de 3 millions de tonnes annuelles est également prévue en Éthiopie, marché jugé stratégique pour l’agriculture africaine.

    Pour Aliko Dangote, président-directeur général du groupe, cette expansion renforcera la sécurité alimentaire du continent, soutiendra la productivité agricole et consolidera le tissu industriel africain. Le projet devrait également générer plus de 4 milliards de dollars d’exportations d’urée par an au cours des trois prochaines années, contribuant aux recettes en devises du Nigeria.

    Du côté de l’AFC, l’investissement répond à un déficit structurel de consommation d’engrais sur le continent. Selon Samaila Zubairu, président-directeur général de l’institution, les 1,5 milliard d’Africains ne consomment actuellement qu’environ 6 millions de tonnes d’urée par an, contre 40 millions de tonnes en Inde et près de 50 millions de tonnes en Chine, pour des populations comparables. Combler cet écart de productivité est jugé essentiel pour la sécurité alimentaire du continent et pour réduire sa dépendance aux importations d’intrants.

    Cette opération illustre une dynamique plus large de structuration de l’industrie africaine des engrais, où plusieurs producteurs et institutions de financement cherchent à réduire la dépendance du continent aux importations et à stabiliser les prix payés par les agriculteurs. Avec une ambition affichée de valorisation à 100 milliards de dollars d’ici 2030, le groupe Dangote poursuit en parallèle sa stratégie d’investissement dans l’énergie, l’industrie lourde, les transports et l’agro-industrie, faisant de l’expansion de sa branche engrais l’un des piliers de cette diversification.

     

  • Le Ghana prépare un nouveau port de pêche à Shama pour moderniser sa filière halieutique

    Le Ghana prépare un nouveau port de pêche à Shama pour moderniser sa filière halieutique

    Le Ghana a annoncé la construction prochaine d’un port de pêche moderne dans le district de Shama, dans la région Occidentale du pays, une infrastructure destinée à redynamiser un secteur halieutique en déclin depuis plusieurs années. L’annonce a été faite le 10 juin par la ministre de la Pêche et de l’Aquaculture, Emelia Arthur, qui a précisé que les préparatifs du projet étaient déjà à un stade avancé.

    Selon la ministre, le futur port doit améliorer les opérations de débarquement et de manutention du poisson, créer des emplois et stimuler la croissance économique locale. Les détails relatifs au coût et au calendrier de réalisation du projet n’ont pas encore été communiqués, mais l’infrastructure devrait renforcer le poids de la région Occidentale, qui concentre déjà 33% des sites de débarquement de poissons et 25% des infrastructures portuaires halieutiques du pays.

    Le secteur de la pêche ghanéen, dominé par l’activité artisanale, traverse une période difficile. Les captures nationales, qui avaient culminé à près de 497 000 tonnes en 1999, ont reculé de 22,6% pour s’établir à environ 384 000 tonnes en 2023, selon les données de la FAO. Plusieurs facteurs expliquent ce déclin, notamment la surpêche liée à l’augmentation du nombre de bateaux artisanaux, semi-industriels et industriels, la persistance de la pêche illégale, non déclarée et non réglementée, ainsi que le changement climatique, qui perturbe les écosystèmes marins et la productivité des eaux côtières.

    Le pays compte aujourd’hui près de 14 300 navires de pêche, dont 97% relèvent de la pêche artisanale, répartis sur environ 263 sites de débarquement dans quatre régions côtières. Dans ce contexte, le projet de Shama traduit la volonté des autorités ghanéennes de mieux encadrer l’exploitation des ressources halieutiques et d’accompagner la transition vers une gestion plus durable des stocks.

    Cette initiative s’inscrit dans une dynamique régionale plus large de modernisation des infrastructures de pêche en Afrique de l’Ouest, où plusieurs pays côtiers investissent dans des ports et des installations de débarquement pour limiter les pertes post-capture, structurer la chaîne de valeur halieutique et sécuriser les revenus des communautés côtières qui dépendent de cette activité.

  • La Côte d’Ivoire et le Ghana élargissent l’Initiative Cacao à l’Afrique

    La Côte d’Ivoire et le Ghana élargissent l’Initiative Cacao à l’Afrique

    Le président ivoirien Alassane Ouattara et son homologue ghanéen John Dramani Mahama ont co-présidé le 16 juin à Abidjan un Sommet de Haut niveau consacré à l’Initiative Cacao, huit ans après la Déclaration d’Abidjan de mars 2018 qui avait posé les bases de cette coopération bilatérale.

    Les deux pays concentrent à eux seuls plus de 60% de la production mondiale de cacao, une proportion qui grimpe à près de 80% à l’échelle du continent africain. Cette filière fait vivre plusieurs millions de personnes en zone rurale et constitue, selon le chef de l’État ivoirien, un enjeu de souveraineté économique et de stabilité sociale pour les deux nations.

    Le sommet a permis de dresser le bilan de l’Initiative, notamment l’instauration du Différentiel de Revenu Décent (DRD), qui a démontré l’efficacité d’une action concertée sur les cours mondiaux. Des défis structurels demeurent cependant, parmi lesquels la volatilité persistante des prix, le vieillissement des vergers, les maladies du cacaoyer, la pression foncière liée à l’orpaillage illégal et les nouvelles exigences internationales de traçabilité et de durabilité.

    Le président Mahama a salué la réussite du partenariat et plaidé pour une logique de coopération plutôt que de compétition entre les deux pays. Il a appelé la Côte d’Ivoire à poursuivre ses investissements productifs et s’est positionné en faveur d’une extension de l’alliance à d’autres producteurs africains, tout en réaffirmant le rôle de porte-flambeau du bloc ivoiro-ghanéen.

    Les travaux se sont conclus par l’adoption d’une déclaration conjointe, lue par le ministre ivoirien de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Bruno Nabagné Koné. Les deux États s’engagent à harmoniser leurs politiques de prix d’achat bord champ et à renforcer leur coopération scientifique.

    Cette extension annoncée de l’Initiative Cacao à d’autres pays africains marque une étape dans la structuration du pouvoir de négociation des producteurs du continent face aux acteurs internationaux du marché du chocolat. Elle illustre aussi une tendance plus large à la coordination régionale des filières stratégiques, alors que les producteurs ouest-africains cherchent à mieux capter la valeur ajoutée d’une chaîne mondiale longtemps dominée par les transformateurs et négociants situés hors du continent.