Auteur/autrice : agroMakers-api

  • La Côte d’Ivoire veut sécuriser 9 millions d’hectares de terres rurales

    La Côte d’Ivoire veut sécuriser 9 millions d’hectares de terres rurales

    En Côte d’Ivoire, des millions d’hectares de terres agricoles restent exploités sans certificat foncier. Une situation qui complique les transactions, fragilise les droits des détenteurs coutumiers et peut freiner les investissements. Le gouvernement veut désormais accélérer la sécurisation du domaine foncier rural, avec un objectif de 9 millions d’hectares et 1,5 million de certificats fonciers dans un horizon de 10 ans.

    L’ambition représente un changement d’échelle considérable. Le domaine foncier rural ivoirien couvre environ 23 millions d’hectares, dont près de 40 % seraient concernés par cette nouvelle cible. Pourtant, le pays ne compte à ce jour qu’environ 68 000 certificats délivrés. Le rythme a certes progressé depuis les premières années d’application de la loi foncière de 1998, mais les superficies restant à sécuriser demeurent importantes.

    Pendant longtemps, le coût des démarches a constitué l’un des principaux obstacles à la certification. Pour une parcelle moyenne, les frais pouvaient atteindre 500 000 à 600 000 FCFA, un montant difficilement accessible à de nombreux exploitants. À cette contrainte financière s’ajoutaient des procédures administratives parfois longues, avec des délais pouvant approcher deux ans.

    Les autorités cherchent aujourd’hui à lever ces obstacles. Dans les 20 régions couvertes par les projets en cours, les opérations de certification peuvent être financées par l’État et ses partenaires, réduisant ainsi la charge supportée par les bénéficiaires. Les délais de traitement auraient également été ramenés à moins de six mois dans les zones concernées.

    Cette accélération repose notamment sur les programmes conduits par l’Agence Foncière Rurale (AFOR). Le Programme de renforcement de la sécurisation foncière rurale (PRESFOR), déployé sur la période 2024-2029, prévoit déjà de sécuriser 5 millions d’hectares et de délivrer 500 000 certificats fonciers.

    Pour les producteurs agricoles, la certification apporte d’abord une reconnaissance formelle des droits fonciers. Elle permet de clarifier les limites des parcelles, d’identifier les détenteurs de droits et de réduire les incertitudes susceptibles d’alimenter les conflits. Dans les zones de forte pression agricole, où coexistent exploitations familiales, plantations commerciales et droits coutumiers, cette clarification revêt une importance particulière.

    Les implications économiques sont également importantes. Un producteur qui dispose de droits mieux établis peut envisager plus sereinement des investissements de long terme, notamment dans les cultures pérennes, l’irrigation ou l’amélioration des sols. La formalisation facilite aussi la conclusion de contrats fonciers et peut renforcer la sécurité des relations entre propriétaires coutumiers et exploitants.

    La question est particulièrement sensible dans les filières du cacao, du café, de l’hévéa et du palmier à huile, où les investissements s’inscrivent sur plusieurs années.

    Avec 9 millions d’hectares à sécuriser et 1,5 million de certificats visés, la Côte d’Ivoire cherche à faire passer la certification foncière d’une démarche encore relativement limitée à un dispositif de grande ampleur. La progression effective des superficies délimitées et des certificats délivrés permettra de mesurer la traduction de cette ambition sur le terrain.

  • La Côte d’Ivoire prépare l’identification numérique de son cheptel

    La Côte d’Ivoire prépare l’identification numérique de son cheptel

    La Côte d’Ivoire prépare un système national d’identification et de traçabilité des animaux, destiné à attribuer à chaque bête une identité numérique regroupant son propriétaire, ses déplacements et une partie de son historique sanitaire.

    Le projet vise à améliorer le suivi d’un cheptel estimé à 4,77 millions de bovins et d’ovins, dans un contexte marqué par les déplacements d’animaux entre régions et au-delà des frontières. Une meilleure traçabilité doit renforcer la connaissance des effectifs, des mouvements et de la situation sanitaire.

    La phase pilote, prévue sur 12 mois, concernera 20 000 animaux d’élevage et 5 000 animaux de compagnie dans plusieurs zones d’expérimentation. Développé avec Vet’Tronic, le dispositif reposera sur des identifiants électroniques conformes aux normes ISO 11784 et 11785, un registre numérique centralisé et des lecteurs utilisables sur le terrain.

    L’identification permettra de suivre les déplacements et les changements de propriétaire, mais aussi de retracer plus rapidement l’origine et le parcours d’un animal en cas de maladie. Elle pourrait ainsi faciliter les investigations liées à la peste des petits ruminants, à la brucellose, à la tuberculose ou à la péripneumonie contagieuse bovine.

    Le système doit également contribuer à lutter contre le vol de bétail, alors que 2 350 ruminants auraient été déclarés volés en 2025, et améliorer les statistiques nécessaires à la planification des campagnes sanitaires et des politiques d’élevage.

    Cette initiative complète la numérisation de la surveillance vétérinaire engagée par le MIRAH avec la plateforme OCI-SV. La phase pilote permettra de tester la technologie, les procédures d’enregistrement, la mise à jour des données, la formation des utilisateurs et le fonctionnement de la plateforme avant une éventuelle généralisation à l’échelle nationale.

  • Le Ghana vise l’autosuffisance en riz dès 2028

    Le Ghana vise l’autosuffisance en riz dès 2028

    Le Ghana produit davantage de riz, mais près d’un grain sur deux consommé dans le pays vient encore de l’étranger. Le gouvernement veut faire disparaître cet écart en deux ans et fixe désormais un objectif de 3,31 millions de tonnes de paddy en 2028.

    Le défi est conséquent. La production de riz blanchi est passée d’environ 650 000 tonnes à 900 000 tonnes en 2024, puis à 960 000 tonnes en 2025. Malgré cette progression, la production locale ne couvre actuellement qu’environ 56 % des besoins.

    Les importations fournissent les 44 % restants et coûtent chaque année entre 320 et 500 millions de dollars au pays.

    Accra ne prévoit pourtant pas de fermer brutalement ses frontières au riz étranger. La stratégie annoncée consiste plutôt à utiliser progressivement les importations comme levier pour développer la production nationale.

    Les quotas accordés aux importateurs devront être liés à des investissements locaux, avec l’obligation d’établir des partenariats vérifiables avec des producteurs ghanéens pour obtenir des permis d’importation.

    Cette politique doit s’appuyer sur le programme Feed Ghana et sur le projet régional REWARD consacré au développement de chaînes de valeur rizicoles résilientes en Afrique de l’Ouest.

    Le Ghana bénéficie pour ce dernier d’une subvention de 18,8 millions de dollars de la Banque africaine de développement.

    Une partie des investissements sera concentrée dans la zone écologique des savanes du nord, l’un des principaux bassins rizicoles du pays. Le projet prévoit d’aménager 3 200 hectares et de toucher plus de 20 000 petits producteurs.

    L’intervention ne se limitera pas à augmenter les surfaces. Des semences améliorées, des repiqueuses, des semoirs, des pulvérisateurs et des mini-moissonneuses-batteuses doivent également être mis à disposition.

    Le rendement constitue l’un des principaux leviers de la stratégie. Sur les exploitations accompagnées par REWARD, l’objectif est de passer de 3,5 à 4,5 tonnes par hectare. À l’échelle du programme Feed Ghana, les projections gouvernementales sont encore plus ambitieuses et tablent sur un rendement moyen national pouvant atteindre 4,8 tonnes par hectare en 2028.

    Produire davantage ne suffira toutefois pas si le riz ne peut pas être correctement transformé et écoulé. Dix centres de transformation doivent être équipés, notamment avec du matériel d’étuvage. Des solutions de stockage hermétique sont également prévues pour limiter les pertes après récolte.

    Le gouvernement cherche parallèlement à sécuriser une partie des débouchés. Le riz produit dans le cadre du programme doit notamment approvisionner les écoles, les prisons et d’autres institutions publiques. Cette demande institutionnelle pourrait offrir aux producteurs et transformateurs locaux des marchés plus prévisibles à mesure que les volumes augmentent.

    Un autre financement viendra compléter le dispositif. Le Japon apporte 394 millions de yens, soit environ 2,5 millions de dollars, pour renforcer les capacités de production de semences de riz. Des moissonneuses-batteuses, équipements de nettoyage des semences et autres matériels doivent arriver au Ghana à partir de novembre.

    Le calendrier est désormais serré. Le projet REWARD doit être officiellement lancé au début du mois de novembre, avant la campagne agricole 2027. Pour atteindre l’autosuffisance en 2028, le Ghana devra simultanément augmenter les rendements, étendre les surfaces, moderniser la transformation et convertir une partie des centaines de millions de dollars aujourd’hui consacrés aux importations en débouchés pour sa propre filière rizicole.

  • L’Union africaine veut créer une banque continentale de semences

    L’Union africaine veut créer une banque continentale de semences

    Des milliers de variétés agricoles sont cultivées à travers l’Afrique, mais leur conservation reste largement dispersée entre banques de gènes nationales, centres de recherche et collections locales. Face à l’érosion progressive de cette diversité, l’Union africaine veut désormais organiser leur préservation à l’échelle du continent.

    L’institution propose la création d’une Banque africaine continentale des semences et des ressources génétiques. Présentée lors du premier Africa Seed Summit, organisé du 5 au 7 octobre à Ezulwini, en Eswatini, l’initiative serait reliée aux banques régionales et nationales déjà existantes plutôt que de se substituer à elles.

    L’idée est de constituer progressivement un réseau capable de conserver et documenter les ressources génétiques agricoles africaines, depuis les variétés locales jusqu’aux cultures indigènes et aux espèces sauvages apparentées aux plantes cultivées. Derrière cet objectif de conservation se joue aussi une question très concrète : disposer du matériel génétique nécessaire pour sélectionner les cultures de demain.

    La future banque pourrait faciliter l’accès des chercheurs à ces ressources et soutenir le développement de variétés plus résistantes aux stress climatiques, aux maladies et aux ravageurs. Les instituts de recherche, universités, organisations agricoles et entreprises semencières feraient partie de l’écosystème appelé à utiliser ou alimenter ce réseau.

    Le projet touche ainsi à l’un des maillons les plus stratégiques de l’agriculture : la semence. Les performances d’une exploitation commencent en partie par la qualité et l’adaptation du matériel végétal disponible. Pourtant, les systèmes semenciers africains restent fragmentés, avec des capacités de recherche, de certification et de distribution très différentes d’un pays à l’autre.

    Le sommet d’Ezulwini cherche justement à rapprocher ces différents niveaux. Gouvernements, chercheurs, organisations de producteurs, entreprises et partenaires au développement y travaillent notamment sur l’harmonisation des réglementations, l’investissement dans le secteur semencier, l’accès des agriculteurs aux semences de qualité et l’utilisation de nouvelles technologies.

    Cette volonté de mieux mesurer les performances du secteur doit également se traduire par le lancement du Seed Sector Performance Index 2025. L’outil doit permettre de comparer les progrès réalisés dans les systèmes semenciers et d’identifier plus précisément les obstacles rencontrés dans les différents pays.

    La proposition doit maintenant trouver sa place dans la Déclaration d’Ezulwini sur les systèmes semenciers africains, attendue à l’issue du sommet. Son inscription dans un cadre continental constituerait une première étape vers une gestion plus coordonnée d’une ressource que l’Afrique possède en abondance, mais dont une partie peut disparaître avant même d’avoir révélé son potentiel agricole.

  • SEDIMA investit 20,3 milliards FCFA dans une filière avicole intégrée au Congo

    SEDIMA investit 20,3 milliards FCFA dans une filière avicole intégrée au Congo

    À Nkouo, dans le département du Pool, sa filiale SEDIMA Congo porte un investissement d’environ 20,3 milliards FCFA destiné à construire une chaîne allant de la production de maïs et de soja jusqu’à l’abattage et au conditionnement des poulets.

    Le projet repose sur un principe simple : produire localement une partie des matières premières nécessaires à l’alimentation des volailles plutôt que de bâtir uniquement des capacités d’élevage. SEDIMA prévoit ainsi une production annuelle de 10 800 tonnes de maïs et 6 600 tonnes de soja sur un domaine foncier de près de 6 000 hectares.

    Ces volumes doivent notamment alimenter une usine capable de produire 25 382 tonnes d’aliments pour volailles par an. Le complexe comprendra également des fermes de reproducteurs, un couvoir, des élevages de poulets de chair et de poulettes, ainsi qu’un abattoir et des installations de conditionnement.

    À pleine capacité, le dispositif doit produire environ 5,3 millions d’œufs à couver et 3,3 millions de poussins d’un jour par an. S’y ajouteront 80 000 poulettes prêtes à pondre et 2 200 tonnes de poulets de chair. Ces chiffres permettent surtout de mesurer le degré d’intégration recherché : SEDIMA veut maîtriser simultanément les céréales destinées à l’alimentation animale, les intrants avicoles et la production de viande.

    Le montage financier reflète l’ampleur industrielle du projet. La Banque de développement des États de l’Afrique centrale doit apporter 5 milliards FCFA, soit près du quart de l’investissement. BSCA Bank doit également mobiliser environ 5 milliards FCFA, BGFIBank 4 milliards et LCB Bank 1 milliard. SEDIMA Congo complètera le financement avec environ 5,2 milliards FCFA de fonds propres.

    L’enjeu est particulièrement important pour un marché congolais qui reste dépendant des importations de poulet et d’intrants pour l’alimentation animale. En intégrant le maïs et le soja en amont de la chaîne, SEDIMA cherche à réduire une partie de cette dépendance tout en sécurisant ses propres coûts de production.

    Le projet peut également avoir un effet au-delà des seuls élevages exploités par le groupe. La production locale de poussins d’un jour et d’aliments pour volailles constitue deux intrants essentiels pour les éleveurs indépendants. Une partie de la capacité industrielle pourrait donc contribuer à structurer plus largement l’écosystème avicole congolais si ces produits sont effectivement distribués sur le marché.

    L’implantation de Nkouo est l’aboutissement d’une stratégie engagée depuis plus d’une décennie. SEDIMA explore le marché congolais depuis 2014-2015 et avait déjà annoncé son intention de développer localement la production de poussins et de produits avicoles. Le nouveau complexe représente aujourd’hui son investissement étranger le plus important annoncé à ce jour.

    Pour le groupe sénégalais, l’opération constitue aussi un test de l’exportation de son modèle industriel en Afrique centrale.

  • La Tanzanie et les Émirats arabes unis lancent un corridor agricole intégré

    La Tanzanie et les Émirats arabes unis lancent un corridor agricole intégré

    La Tanzanie et les Émirats arabes unis veulent connecter plus directement la production agricole tanzanienne aux marchés du Golfe. Lancée le 7 octobre à Abu Dhabi, la Tanzania-UAE Green Silk Road Initiative doit réunir au sein d’un même corridor production, transformation, stockage, logistique, commerce et accès au marché.

    Le projet associe Abu Dhabi National Investment and Development (ADID), la Tanzania Mercantile Exchange (TMX) et des partenaires tanzaniens. Il a été présenté lors du Global Food Security Summit 2026 comme un modèle permettant de rapprocher les capacités agricoles tanzaniennes des besoins d’approvisionnement des Émirats.

    L’intérêt du dispositif réside surtout dans cette intégration. La Tanzanie exporte déjà vers le marché émirati plusieurs produits agricoles, notamment du riz, du sésame, des légumineuses, des clous de girofle ainsi que des fruits et légumes. Mais l’accès à ces débouchés dépend autant de la production que de la capacité à trier, conditionner, conserver et acheminer régulièrement les produits.

    Certaines filières montrent déjà l’importance du marché du Golfe. Sur la période 2020-2022, les Émirats arabes unis absorbaient par exemple environ 3 % des exportations tanzaniennes de pois d’Angole, derrière l’Inde qui concentrait l’essentiel des volumes. Pour plusieurs cultures dites indigènes, dont le baobab, le tamarin et le moringa, les Émirats représentaient environ 13 % des débouchés extérieurs recensés, ce qui en faisait l’un des principaux marchés.

    Le corridor cherche précisément à dépasser cette logique de flux ponctuels. En reliant production agricole, transformation et infrastructures post-récolte à un débouché identifié, ses promoteurs veulent réduire les ruptures entre producteurs, opérateurs logistiques et acheteurs internationaux.

    Cette approche peut être particulièrement importante pour les produits frais. L’exportation de fruits et légumes vers le Golfe exige une chaîne du froid, des capacités de conditionnement et une logistique suffisamment régulière pour préserver la qualité des produits jusqu’au marché final. Pour les céréales, légumineuses et oléagineux, les enjeux portent davantage sur les volumes, le stockage, la standardisation et la régularité des approvisionnements.

    La Tanzania Mercantile Exchange apporte au dispositif une infrastructure déjà utilisée pour organiser le commerce de plusieurs productions agricoles. Pour la campagne 2026/2027, elle encadre notamment les échanges de légumineuses et de sésame, tandis que la noix de cajou fait également partie des filières couvertes par ses mécanismes de commercialisation.

    Le lancement à Abu Dhabi reste néanmoins une première étape. Les détails sur le montant global d’investissement, les volume d’exportation cible et les filières qui bénéficieront prioritairement des investissements dans la transformation, le stockage et la logistique seront précisés ultérieurement.

  • L’Afrique du Sud investit 14 millions de rands dans la surveillance des maladies animales

    L’Afrique du Sud investit 14 millions de rands dans la surveillance des maladies animales

    L’Afrique du Sud renforce ses capacités de détection des maladies animales. La Technology Innovation Agency (TIA) a investi 14 millions de rands dans l’entreprise de biotechnologie TokaBio pour développer un dispositif de réponse moléculaire rapide et de biosurveillance, alors que la fièvre aphteuse continue de peser lourdement sur l’élevage du pays.

    L’investissement doit notamment permettre de détecter plus rapidement la fièvre aphteuse et l’influenza aviaire. TokaBio dispose d’un laboratoire mobile à Modimolle, dans le Limpopo, consacré à la surveillance de l’influenza aviaire dans la filière autruche. Un autre laboratoire installé au KwaZulu-Natal intervient dans la surveillance de la fièvre aphteuse.

    Le montant engagé paraît relativement limité à l’échelle de l’élevage sud-africain, mais il cible un problème dont le coût économique est autrement plus important. La FAO estime que les pertes liées à la crise de fièvre aphteuse pourraient dépasser 390 millions de dollars par an en Afrique du Sud. Les recettes tirées des exportations de viande bovine pourraient, elles, reculer de près de 40 % de leur valeur annuelle.

    L’épidémie a pris une ampleur telle que l’Afrique du Sud a déclaré une catastrophe nationale en février 2026. La maladie s’est propagée aux principales provinces d’élevage, obligeant le pays à combiner vaccination, surveillance et négociations commerciales avec ses partenaires.

    Depuis février, Pretoria a ainsi acquis 13,5 millions de doses de vaccin contre la fièvre aphteuse. Près de 4,4 millions d’animaux avaient déjà été vaccinés au 28 mai, dans ce que le gouvernement présente comme le plus important programme d’acquisition de vaccins de ce type jamais conduit par l’État sud-africain.

    La biosurveillance intervient à un autre niveau de cette stratégie. Plus les autorités sont capables d’identifier rapidement les animaux ou les zones touchés, plus elles peuvent cibler les restrictions et éviter de bloquer inutilement les mouvements et les échanges provenant de zones indemnes.

    Cette capacité est directement liée aux exportations. Malgré l’épidémie, l’Afrique du Sud a réussi à maintenir certains débouchés : les Émirats arabes unis ont accepté de nouvelles modalités de certification, tandis que Hong Kong, la Jordanie et le Koweït ont continué à recevoir certains produits sud-africains sous conditions.

    Le programme de TokaBio doit également soutenir la compartimentation sanitaire, qui permet de distinguer des populations animales présentant des statuts sanitaires différents. Pour les éleveurs et les exportateurs, l’intérêt est concret : un foyer localisé ne doit plus nécessairement conduire à l’arrêt des échanges d’une filière entière lorsque les risques peuvent être précisément identifiés et maîtrisés.

    Les 14 millions de rands investis par la TIA prennent ainsi leur sens dans un dispositif beaucoup plus large. L’enjeu n’est pas seulement de disposer d’une nouvelle technologie de diagnostic, mais de réduire le délai entre la détection d’un foyer, son confinement et la possibilité de maintenir ou rétablir les échanges commerciaux.

  • L’Ouganda accélère son plan d’irrigation face à la sécheresse

    L’Ouganda accélère son plan d’irrigation face à la sécheresse

    L’Ouganda veut accélérer le développement de l’irrigation pour limiter les pertes agricoles provoquées par la sécheresse. Le président Yoweri Museveni a demandé au gouvernement de finaliser un plan de déploiement massif des infrastructures permettant d’acheminer l’eau jusqu’aux exploitations.

    La décision intervient alors que les effets du déficit pluviométrique commencent à se faire sentir sur la campagne agricole. Plusieurs producteurs signalent une mauvaise germination des cultures et des pertes de récoltes. Les autorités redoutent également des conséquences sur l’élevage si les conditions actuelles persistent.

    Le gouvernement prévoit de construire son intervention à partir des besoins de chaque territoire. Le ministère de l’Agriculture, de l’Industrie animale et de la Pêche a convié les responsables politiques et techniques des districts à deux jours de consultations à partir du 7 octobre. L’objectif est de cartographier la disponibilité de l’eau, les caractéristiques des terrains et les productions à irriguer en priorité dans chaque district et sous-région.

    Les premières orientations montrent que le programme devrait couvrir plusieurs segments de l’agriculture. Les cultures contribuant à la sécurité alimentaire seront ciblées, mais aussi celles qui génèrent des revenus pour les producteurs. Le café et le cacao sont notamment cités. Le maïs et les pâturages sont également concernés pour sécuriser l’alimentation animale, tandis que la pisciculture doit faire partie du dispositif.

    L’objectif est surtout de changer d’échelle. L’Ouganda dispose déjà d’un programme de micro-irrigation qui permet à l’État de prendre en charge entre 25 % et 75 % du coût des équipements, dans la limite de 7,2 millions de shillings ougandais par acre. L’aide est plafonnée à 2,5 acres, soit environ un hectare par exploitation, ce qui destine principalement le mécanisme aux petits producteurs.

    La demande montre toutefois les limites d’une intervention encore relativement restreinte. Quelque 27 000 manifestations d’intérêt ont été enregistrées dans le cadre du programme, tandis que 8 000 petits producteurs répartis dans 40 districts doivent pouvoir bénéficier des subventions. À ce stade, environ 400 agriculteurs ont effectivement été équipés et 112 sites de démonstration ont été réalisés.

    Le plan demandé par le président Museveni doit donc compléter cette approche individuelle par une intervention beaucoup plus large. L’objectif national est de porter les terres irriguées à 1,5 million d’hectares d’ici 2040, afin de réduire la dépendance de l’agriculture aux précipitations et de permettre une production plus régulière pendant les saisons sèches.

  • Madagascar cherche 400 millions de dollars pour transformer son élevage

    Madagascar cherche 400 millions de dollars pour transformer son élevage

    Madagascar veut mobiliser environ 400 millions de dollars pour accélérer la transformation de son secteur de l’élevage entre 2026 et 2030. Cette enveloppe doit permettre de financer les priorités identifiées dans le nouveau plan directeur national et d’améliorer la productivité de filières encore largement confrontées à des contraintes sanitaires, alimentaires et structurelles.

    Le besoin de financement a été présenté début octobre à Antananarivo lors d’une table ronde réunissant les pouvoirs publics et plusieurs partenaires techniques et financiers. Le programme concerne notamment les bovins et la production laitière, les petits ruminants, l’aviculture et l’élevage porcin.

    Les investissements envisagés doivent porter sur des domaines directement liés aux performances des élevages. La santé animale constitue l’un des principaux axes, aux côtés de l’amélioration génétique et de l’accès à une alimentation de meilleure qualité. Le développement des infrastructures et l’organisation des marchés doivent également accompagner cette montée en puissance.

    Le potentiel est important dans un pays où l’élevage représente une source de revenus et de sécurité économique pour une grande partie des ménages ruraux. Mais les performances restent limitées par la mortalité animale, la faible productivité, le coût des aliments et un accès encore insuffisant aux services vétérinaires.

    Les travaux conduits pour préparer le plan directeur montrent l’ampleur des gains possibles. Dans les filières de petits ruminants, la combinaison d’investissements dans la santé, l’alimentation, la génétique et les marchés pourrait plus que doubler la production de viande à long terme par rapport à la trajectoire actuelle.

    La filière porcine présente elle aussi un potentiel de progression malgré la récurrence de la peste porcine africaine et les difficultés d’alimentation. Les projections élaborées dans le cadre du plan envisagent un cheptel pouvant atteindre 4,4 millions de porcs à l’horizon 2040 si les interventions prévues sont effectivement déployées.

    Madagascar dispose désormais d’une feuille de route détaillée. L’étape décisive sera la mobilisation effective des financements publics et privés nécessaires pour la mettre en œuvre. Les autorités privilégient notamment des ressources concessionnelles et non remboursables afin de limiter le poids financier de cette transformation.

  • L’Afrique du Sud veut passer à l’identification numérique du bétail

    L’Afrique du Sud veut passer à l’identification numérique du bétail

    L’Afrique du Sud prépare une refonte de son système d’identification des animaux avec l’introduction d’une traçabilité numérique beaucoup plus détaillée. Le ministère de l’Agriculture a publié le 6 octobre 2026 un projet de réglementation qui prévoit notamment l’enregistrement individuel des animaux et de leurs propriétaires dans une base nationale.

    Le texte est soumis à consultation publique pendant 90 jours. S’il est adopté dans sa forme actuelle, les propriétaires d’animaux concernés devront utiliser des dispositifs d’identification approuvés et enregistrer leurs cheptels dans le système national INTERGIS.

    Chaque animal pourrait être associé à différentes informations, notamment son âge, son sexe, son exploitation d’origine, son statut sanitaire et son propriétaire. Les mouvements entre exploitations seraient également enregistrés, tout comme les changements de propriétaire.

    Le dispositif proposé introduit notamment une identification associant une boucle électronique et une boucle conventionnelle. Une micropuce pourrait également être utilisée avec une boucle auriculaire classique. Les animaux nés en Afrique du Sud recevraient des boucles jaunes, ceux importés des boucles vertes et les animaux détenus dans certaines zones sensibles à la fièvre aphteuse des boucles rouges.

    Les délais d’identification varieraient selon les espèces. Les bovins devraient être enregistrés à la naissance ou avant l’âge de six mois. Les agneaux et chevreaux seraient identifiés dans les trois semaines suivant leur naissance, tandis que les porcelets devraient l’être au cours de leur première semaine.

    La réforme prévoit aussi un suivi plus précis des exploitations. Les détenteurs devraient conserver des informations relatives aux naissances, aux décès, aux arrivées et départs d’animaux ainsi qu’aux principaux traitements sanitaires.

    L’un des enjeux réside dans l’étendue du dispositif. Les obligations proposées ne sont pas limitées aux grandes exploitations commerciales et pourraient donc concerner également les petits éleveurs et les détenteurs de quelques animaux.

    Dans un secteur confronté aux enjeux sanitaires et aux exigences croissantes des marchés d’exportation, cette traçabilité individuelle pourrait faciliter le suivi des mouvements et l’identification des animaux concernés en cas d’incident sanitaire.