Catégorie : Actualité

  • Sénégal : 150 milliards FCFA pour accélérer la souveraineté alimentaire

    Sénégal : 150 milliards FCFA pour accélérer la souveraineté alimentaire

    Le Sénégal franchit une nouvelle étape dans la mise en œuvre de sa stratégie de souveraineté alimentaire. Le gouvernement a lancé le Programme d’appui à la stratégie de souveraineté alimentaire du Sénégal (PASS), une initiative dotée de près de 150 milliards FCFA, soit environ 261 millions de dollars. Déployé sur six ans, le programme bénéficie de l’appui du Fonds international de développement agricole.

    Le lancement opérationnel du PASS intervient dans un contexte où Dakar cherche à réduire la dépendance du pays aux importations alimentaires, tout en renforçant la résilience des producteurs face aux chocs climatiques et économiques. La première réunion du Comité national de pilotage a permis de valider le Plan de travail et budget annuel 2026, ouvrant ainsi la voie au démarrage effectif des activités.

    Le programme ciblera dix régions situées dans le Bassin arachidier élargi et en Haute Casamance. Il s’adressera principalement aux exploitations familiales et aux entrepreneurs agricoles vulnérables, avec une attention particulière accordée aux femmes et aux jeunes. Selon les données du FIDA, le projet devrait toucher environ 200 000 ménages, représentant près de 2,4 millions de personnes dans les zones d’intervention.

    Le PASS s’articule autour de plusieurs priorités : sécuriser et diversifier la base productive, améliorer la productivité, renforcer la résilience climatique, développer les marchés territoriaux et favoriser la valorisation des produits agricoles. L’objectif est de dépasser la simple hausse des volumes produits pour agir sur l’ensemble de la chaîne de valeur, de la production à la transformation, en passant par le stockage, la commercialisation et l’accès aux marchés.

    Cette orientation s’inscrit dans la stratégie nationale de souveraineté alimentaire 2024-2028, qui vise une réduction progressive des importations sur des produits clés comme le riz, le maïs, l’oignon, la pomme de terre, la carotte, le lait, la viande, les œufs et certains produits halieutiques. Le Sénégal mise notamment sur la maîtrise de l’eau, la mécanisation, l’accès aux semences certifiées, les infrastructures rurales et l’accompagnement des producteurs.

    Au-delà du financement mobilisé, l’enjeu sera désormais celui de l’exécution. Les organisations paysannes ont salué le lancement du programme, tout en appelant à une mise en œuvre rapide afin que les producteurs puissent bénéficier concrètement des investissements annoncés. Pour Dakar, le PASS apparaît ainsi comme l’un des principaux instruments destinés à transformer l’ambition de souveraineté alimentaire en résultats mesurables sur le terrain.

  • Côte d’Ivoire : l’INP-HB et Harvard unissent leurs expertises pour une cacaoculture plus résiliente

    Côte d’Ivoire : l’INP-HB et Harvard unissent leurs expertises pour une cacaoculture plus résiliente

    La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao, avance vers une filière plus durable et plus résiliente face au changement climatique. Le 18 juin, l’Institut national polytechnique Félix Houphouët-Boigny de Yamoussoukro a reçu une délégation de l’Université Harvard. Cette visite devait poser les bases d’une collaboration scientifique de long terme sur la cacaoculture. Elle s’inscrit dans le projet intitulé « Towards a Cocoa Producer-Focused Climate Policy in Côte d’Ivoire and Ghana ».

    Le projet a été sélectionné en 2024 par le Motsepe Presidential Research Accelerator Fund for Africa, administré par Harvard et financé par la fondation sud-africaine Motsepe. Le fonds soutient des recherches conduites par des enseignants de l’université américaine avec des institutions africaines. Le projet est dirigé par des chercheurs de Harvard ainsi que par une équipe internationale composée de représentants de l’INP-HB, de l’Université des sciences et technologies Kwame-Nkrumah au Ghana, de l’Université de Leicester et d’University College London. Plusieurs acteurs de terrain participent également aux travaux. Il s’agit notamment de la Côte d’Ivoire and Ghana Cocoa Initiative, du syndicat agricole ghanéen affilié au Trades Union Congress et du Fine Cacao and Chocolate Institute. Cette diversité permet d’ancrer la recherche académique dans les réalités vécues par les producteurs.

    Le projet vise à analyser précisément l’impact du changement climatique sur les producteurs de cacao en Côte d’Ivoire et au Ghana, deux pays qui assurent ensemble plus de la moitié de l’offre mondiale. Les résultats doivent aider à concevoir des politiques publiques mieux adaptées aux réalités du terrain.

    Les premiers échanges ont déjà fait émerger plusieurs priorités. La première consiste à mieux intégrer la perception des producteurs dans la définition des politiques agricoles. La deuxième vise à garantir une répartition plus équitable de la valeur créée tout au long de la chaîne. La troisième porte sur le raccourcissement des circuits d’information entre le terrain et les décideurs publics, afin de rendre les interventions plus efficaces. Dans cette approche, le producteur n’est plus considéré comme un simple maillon de la chaîne de transformation. Il devient un acteur stratégique, dont la productivité et le bien-être conditionnent la pérennité de toute la filière.

    Pour l’INP-HB, cette coopération avec l’une des universités les plus réputées au monde offre une occasion de renforcer son rayonnement scientifique international. Elle peut aussi consolider ses liens avec les institutions nord-américaines. Cette ouverture intervient alors que la filière cacao ivoiro-ghanéenne fait face à une variabilité climatique croissante. Celle-ci menace directement les rendements et les revenus de plusieurs millions de petits producteurs. En associant l’expertise méthodologique de Harvard à la connaissance du terrain de l’INP-HB et de ses partenaires régionaux, ce partenariat pourrait contribuer à faire émerger une nouvelle génération de politiques climatiques : des politiques pensées depuis le terrain et pour les producteurs eux-mêmes.

  • Maroc : Le Royaume renforce sa position sur le marché britannique de la mandarine

    Maroc : Le Royaume renforce sa position sur le marché britannique de la mandarine

    Le Maroc poursuit sa progression sur le marché britannique des agrumes. Il s’impose désormais comme le principal concurrent de l’Espagne sur le segment de la mandarine. Selon une analyse d’EastFruit, les exportateurs marocains ont battu un nouveau record durant la campagne 2025-2026. Entre octobre 2025 et avril 2026, ils ont expédié 71 600 tonnes de mandarines vers le Royaume-Uni. La valeur de ces ventes a dépassé 60 millions de livres sterling, soit une hausse d’environ 20 % par rapport au précédent record établi la saison dernière.

    Cette progression résulte d’une transformation structurelle du marché britannique engagée après le Brexit. L’Espagne dominait jusque-là les approvisionnements durant l’hiver. Toutefois, les nouvelles règles phytosanitaires ont placé les fournisseurs extra-européens sur un pied d’égalité avec les producteurs espagnols, créant de nouvelles opportunités pour le Maroc, mais aussi pour l’Afrique du Sud et le Pérou. Le Royaume a su profiter de ce nouvel équilibre, notamment grâce à la variété Nadorcott et à la libéralisation de son système de licences, qui a permis à plus de 3 000 producteurs marocains d’accéder au marché britannique. De plus, la période de production de la mandarine marocaine, concentrée entre janvier et avril, correspond au recul des disponibilités espagnoles sur le marché britannique. Dans le même temps, l’Espagne est confrontée à des sécheresses répétées et à des épisodes de chaleur extrême. Ces phénomènes réduisent les rendements et affectent le calibre des fruits.

    Selon EastFruit, les mandarines marocaines ont représenté, pour la première fois, plus de la moitié des ventes au Royaume-Uni en février et mars 2026. Le Maroc n’est pourtant pas épargné par les tensions hydriques. Les investissements dans le dessalement de l’eau de mer et les programmes de soutien à l’agriculture contribuent toutefois à sécuriser la production. Le pays poursuit aussi l’extension de ses vergers et le développement de nouveaux hybrides premium pour renforcer sa stratégie exportatrice.

    La progression de la mandarine s’inscrit dans une dynamique plus large. Campagne après campagne, le Maroc devient un fournisseur incontournable de fruits frais pour la grande distribution britannique. Il s’était déjà imposé sur les segments de la framboise et de la myrtille. À mesure que les agrumes marocains gagnent du terrain, la géographie des approvisionnements européens se transforme. Cette recomposition profite de plus en plus aux bassins de production d’Afrique du Nord et d’Afrique australe

  • Tunisie : vers une utilisation sûre des eaux usées traitées en agriculture

    Tunisie : vers une utilisation sûre des eaux usées traitées en agriculture

    La Tunisie franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de résilience hydrique. Le pays veut sécuriser sur le plan sanitaire la réutilisation des eaux usées traitées en agriculture. Cette ressource est jugée stratégique dans un contexte de stress hydrique croissant. C’est dans ce cadre qu’un atelier consacré à l’examen d’un plan d’amélioration progressive s’est tenu à Sousse. Il s’inscrit dans l’Initiative régionale sur la rareté de l’eau, portée par la FAO avec le ministère tunisien de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, ainsi que l’Office national de l’assainissement.

    Le projet pilote est conduit à Zaouiet Sousse. Il repose sur une méthode de planification de la sécurité sanitaire qui vise à identifier, évaluer et maîtriser les risques sur toute la chaîne. Celle-ci couvre la collecte des eaux usées, leur traitement, leur transport, leur stockage et leur utilisation en agriculture irriguée. L’objectif est de garantir une réutilisation compatible avec la protection de la santé publique, de l’environnement, des sols et des cultures.

    La démarche associe tous les acteurs concernés, à savoir les services des eaux, les installations d’assainissement, le secteur agricole, les autorités environnementales, les techniciens locaux et les utilisateurs finaux. Elle doit aussi préciser les actions prioritaires, les responsabilités opérationnelles, les besoins financiers et les outils de suivi. Le but est de rendre cette pratique plus sûre et plus facilement reproductible dans d’autres régions du pays.

    L’enjeu est majeur, car l’agriculture reste le principal consommateur d’eau en Tunisie. Dans le même temps, les ressources conventionnelles sont de plus en plus menacées par la sécheresse, la pression démographique et le changement climatique. Selon le Rapport national sur le secteur de l’eau 2024, l’ONAS exploitait 127 stations d’épuration. L’Office avait traité 295,7 millions de mètres cubes d’eaux usées, sur un volume produit de 309 millions. Pourtant, l’utilisation agricole de cette ressource demeure marginale. Elle n’a représenté que 11,3 millions de mètres cubes en 2024, soit à peine 3,8 % du total traité. Renforcer la sécurité sanitaire est donc indispensable pour gagner la confiance des agriculteurs et des consommateurs.

    Pour la FAO, l’expérience tunisienne s’inscrit dans une dynamique régionale plus large au Proche-Orient et en Afrique du Nord, impliquant la Tunisie, la Jordanie et la Palestine. Cette coopération participe au mouvement en faveur des ressources non conventionnelles et de pratiques agricoles plus résilientes, alors que la rareté de l’eau touche désormais l’ensemble du pourtour méditerranéen.

  • Nigeria : un plan de relance pour sauver la filière gingembre

    Nigeria : un plan de relance pour sauver la filière gingembre

    Premier producteur et exportateur africain de gingembre, le Nigeria tente de relancer une filière durement touchée depuis 2023 par une grave crise phytosanitaire. Dans ce cadre, le Fonds national de développement agricole a lancé, le 19 juin, le Ginger Value Chain Recovery and Sustainability Programme.

    Le dispositif est mis en œuvre avec l’Institut national de recherche sur les racines et tubercules. Il prolonge les actions engagées depuis près de trois ans pour contenir le ginger blight, une maladie fongique redoutable. Celle-ci a touché plusieurs États producteurs, en particulier Kaduna, principal bassin de culture du pays.

    L’ampleur du choc montre l’urgence de la situation. Selon AFEX Commodities Exchange, la récolte nigériane de gingembre est passée de plus de 800 000 tonnes en 2022 à moins de 100 000 tonnes en 2023. Elle s’est ensuite légèrement redressée, à environ 160 000 tonnes en 2024. Sur l’ensemble de la période, la récolte annuelle a donc chuté de plus de 75 %. Les recettes d’exportation se sont effondrées dans le même temps, atteignant 11,5 millions de dollars en 2025, contre 41 millions trois ans plus tôt, soit près de quatre fois moins.

    Face à cette crise, Abuja avait déjà créé en 2024 un comité national de lutte contre la maladie. Un fonds de 1,6 milliard de nairas, environ 1,2 million de dollars, avait aussi été mobilisé pour soutenir les petits exploitants des zones les plus touchées.

    Le nouveau plan de relance vise d’abord à reconstituer rapidement la base productive. La secrétaire permanente du ministère de l’Agriculture et des Ressources naturelles de l’État d’Abia, Ijeoma Adamma Agoha, a expliqué que cette réponse devait permettre de reconstruire des systèmes plus solides. Elle doit aussi restaurer la confiance des agriculteurs grâce à la science et à l’innovation. En parallèle, le NADF investit dans le renforcement de plusieurs instituts de recherche, dont le NRCRI. L’objectif est de privilégier la prévention plutôt qu’une gestion uniquement réactive des crises.

    L’enjeu dépasse toutefois la reconstruction de l’outil productif. Le marché mondial du gingembre pèse plus de 4 milliards de dollars. Selon le Centre du commerce international, le Nigeria pourrait porter ses exportations annuelles à 86 millions de dollars d’ici 2030, à condition de structurer durablement la filière.

     

  • Côte d’Ivoire : La réforme des prix ouvre une nouvelle ère pour la filière hévéa

    Côte d’Ivoire : La réforme des prix ouvre une nouvelle ère pour la filière hévéa

    La campagne hévéicole 2026 a été lancée le vendredi 19 juin à la Fondation Félix Houphouët-Boigny de Yamoussoukro. La cérémonie, placée sous le parrainage du ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Bruno Nabagné Koné, a réuni près de 2 000 producteurs, usiniers, acheteurs et responsables de sociétés coopératives venus de tout le pays.

    Cette nouvelle saison débute avec une réforme très attendue du mécanisme de fixation du prix d’achat du caoutchouc humide. Celle-ci s’accompagne de trois changements concrets. D’abord, la décote de 2 FCFA par kilogramme est définitivement supprimée. Ensuite, la part du prix de référence net versée au producteur passe de 63 % à 66 %. Enfin, les primes versées par les usiniers pour attirer la production sont plafonnées à 10 FCFA par kilogramme. Cette mesure doit mettre fin à la surenchère qui s’était transformée, ces derniers mois, en véritable guerre des prix entre transformateurs et menaçait la viabilité des plus petites unités industrielles.

    Le ministre a également annoncé le déploiement, dès juin, d’équipes de supervision du Conseil Hévéa-Palmier à Huile-Coco sur tout le territoire. Elles devront expliquer la nouvelle clé de répartition dans chaque coopérative et sanctionner les acteurs qui ne respecteraient pas les règles, notamment la marge maximale de 20 FCFA accordée aux intermédiaires.

    La filière fait vivre plus de 1,2 million de personnes. Elle compte environ 170 000 producteurs et plus de 140 000 saigneurs et a redistribué plus de 700 milliards de FCFA aux planteurs en 2025.

    Restée jusque-là largement centrée sur l’exportation de matière première brute et sur la transformation primaire, la filière hévéa affiche désormais l’ambition de fabriquer des pneus sur le sol ivoirien. En stabilisant les règles de prix, l’État espère rassurer les investisseurs et capter une part plus importante de la valeur générée par le premier producteur africain de caoutchouc naturel.

  • Maurice : Un plan triennal de 2,19 millions de dollars par an pour les filières sucrière et théière

    Maurice : Un plan triennal de 2,19 millions de dollars par an pour les filières sucrière et théière

    Maurice mise sur ses petits planteurs pour relancer une filière sucrière en difficulté. Lors de la présentation du budget 2026-2027 au Parlement, le 19 juin, le Premier ministre Navin Ramgoolam a annoncé un investissement annuel de 100 millions de roupies, soit environ 2,19 millions de dollars. Cette enveloppe sera mobilisée pendant trois ans pour réhabiliter 500 hectares de terres appartenant à de petits et moyens producteurs de canne à sucre.

    Le gouvernement veut porter la production nationale à 250 000 tonnes de sucre d’ici 2030. Cette ambition intervient après plusieurs années de recul des surfaces cultivées et de pression sur les revenus agricoles, dans une île où le sucre a longtemps constitué un pilier de l’économie.

    La filière théière bénéficie elle aussi d’un soutien renforcé dans ce budget. Une subvention couvrira 50 % des coûts de replantation pour les petits producteurs, dans la limite de 25 000 roupies par arpent. Le gouvernement estime que ce dispositif pourrait accroître la production de thé de 50 % d’ici 2029. Il espère ainsi redonner un nouvel élan à une culture qui a progressivement perdu du terrain au profit d’autres usages agricoles. Ces mesures s’accompagnent de l’annonce d’un Forest Bill. Le texte doit promouvoir l’agroforesterie et renforcer la résilience des forêts face aux aléas climatiques. Un centre de ressources sera également créé pour les chercheurs et les agriculteurs. Il devra appuyer la production d’aliments sains pour le marché local et contribuer à la sécurité alimentaire du pays.

    Ces annonces n’ont toutefois pas convaincu tous les acteurs du secteur. Certains syndicalistes estiment en effet que le gouvernement gagnerait davantage à créer des entreprises spécialisées dans la transformation et la conservation des produits mauriciens, plutôt qu’à se concentrer uniquement sur la réhabilitation des surfaces cultivées. Ce débat révèle une tension plus large pour les économies insulaires, qui doivent préserver des filières d’exportation historiques, comme le sucre et le thé, tout en renforçant leur souveraineté alimentaire face aux chocs climatiques et aux fluctuations des marchés mondiaux.

  • Égypte : Les investissements chinois accélèrent l’essor d’un hub africain du pneumatique

    Égypte : Les investissements chinois accélèrent l’essor d’un hub africain du pneumatique

    L’Égypte confirme son ambition de devenir la plateforme africaine de référence pour l’industrie du pneumatique. Cette stratégie est portée par une vague d’investissements chinois sans précédent. Le 18 juin 2026, les travaux d’une nouvelle usine ont été officiellement lancés dans le pays par la filiale locale du groupe chinois Chaoyang Longmarch Tyre pour un investissement de 190 millions de dollars.

    Cette annonce intervient à peine deux semaines après celle de China National Tire & Rubber, qui prévoit d’investir 550 millions de dollars pour augmenter ses capacités locales de 1,5 million de pneus par an. Quelques mois plus tôt, en août 2025, l’entreprise Sailun avait promis 1 milliard de dollars pour construire une usine capable de produire 10 millions de pneus chaque année. Depuis 2024, les capitaux chinois injectés dans le secteur égyptien dépassent deux milliards de dollars. Ce rythme place Le Caire en position de force dans la course au statut de hub industriel continental.

    Les autorités égyptiennes s’appuient sur plusieurs atouts pour consolider cette dynamique. Le pays bénéficie d’une position géographique stratégique, au débouché du canal de Suez, dispose de zones industrielles dédiées, notamment la zone économique du canal, et propose des incitations fiscales et administratives aux investisseurs étrangers.

    L’Égypte n’est toutefois pas seule à viser ce statut. Le Maroc a récemment lancé, avec le groupe chinois Shandong Yongsheng Rubber, un complexe industriel de 6,7 milliards de dirhams dans la zone d’accélération industrielle de Betoya. Sa capacité atteindrait 18 millions de pneus par an, ce qui en ferait le plus grand projet du genre en Afrique.

    L’Afrique du Sud et l’Algérie affichent également des ambitions importantes. La compétition pour devenir la première plateforme africaine du pneumatique reste donc largement ouverte. Pour Le Caire comme pour ses rivaux, le défi ne se limite pas à attirer des capitaux. Il faudra construire un écosystème industriel complet, capable de soutenir durablement la production locale et de s’intégrer aux chaînes de valeur régionales.

  • Côte d’Ivoire : La première usine africaine de biochar à base de coques de cajou inaugurée à Attinguié

    Côte d’Ivoire : La première usine africaine de biochar à base de coques de cajou inaugurée à Attinguié

    La Côte d’Ivoire vient de franchir une nouvelle étape dans sa stratégie d’industrialisation verte. Le 18 juin dernier, une usine de transformation de coques de cajou en biochar a été inaugurée à Attinguié, dans la zone industrielle du PK 31.

    Portée par le groupe singapourien Valency International, à travers sa filiale Revata Carbon, cette unité commerciale est la première du genre en Afrique. Elle démontre comment un sous-produit agricole, longtemps considéré comme un déchet encombrant, peut devenir une ressource à forte valeur ajoutée. D’une capacité d’environ 20 000 tonnes par an, l’usine devrait permettre de produire près de 6 000 tonnes de biochar, un matériau carboné qui améliore la fertilité des sols, renforce leur capacité de rétention d’eau et contribue au stockage du carbone. La technologie de Revata Carbon permet aussi de fabriquer des engrais, des huiles destinées au bitume et des compléments énergétiques. Elle ouvre ainsi la voie à une nouvelle branche de la chimie de spécialité en Côte d’Ivoire.

    Cette diversification prolonge une dynamique engagée par Valency en juin 2024, avec une première usine d’épluchage et d’emballage de noix de cajou. Une seconde unité, dédiée à la transformation de la noix elle-même, a suivi en janvier 2025. L’usine d’Attinguié constitue donc la troisième composante d’un dispositif industriel intégré que le groupe singapourien construit progressivement en Côte d’Ivoire.

    Premier producteur mondial de noix brutes de cajou, le pays cherche depuis plusieurs années à accroître la transformation locale afin de conserver davantage de valeur ajoutée sur le territoire, plutôt que d’exporter l’essentiel de la récolte à l’état brut. En valorisant les résidus du décorticage, la nouvelle usine améliore la rentabilité globale de la filière. Elle crée aussi de nouvelles sources de revenus pour les producteurs et les transformateurs, tout en répondant aux exigences croissantes de durabilité dans les chaînes de valeur agricoles africaines.

  • Gabon : Olam face à l’escalade du conflit homme-éléphant dans ses palmeraies

    Gabon : Olam face à l’escalade du conflit homme-éléphant dans ses palmeraies

    Le conflit entre l’agro-industrie et la faune sauvage s’intensifie au Gabon, où les éléphants ne se limitent plus aux champs des petits paysans. La société agro-industrielle Olam Gabon, spécialisée dans la production d’huile de palme, a récemment fait état de la destruction de milliers d’hectares de palmeraies dans plusieurs localités du pays, une situation qui pousse l’entreprise à envisager la fermeture de certains sites, dont celui de Makouké.

    À Makouké, petite ville agricole proche de Lambaréné, dans le centre du pays, les éléphants ont déraciné et dévoré 5 000 hectares de palmiers à huile, contraignant Olam à réduire considérablement ses activités locales et plongeant la commune dans une précarité économique marquée. Le député de la localité, Rolf Mavitsi Nziengui, appelle à une concertation avec l’entreprise pour trouver des solutions concrètes face à une situation qu’il juge alarmante pour l’emploi local.

    Dans la province de la Ngounié, au sud du pays, les dégâts sont tout aussi importants, avec environ 10 000 hectares de palmeraies détruits. Olam y a déployé des barrières électriques pour protéger ses plantations, une stratégie que l’entreprise étend progressivement à l’ensemble de ses sites gabonais, dans le cadre d’un programme d’infrastructures évalué à plusieurs milliards de francs CFA.

    Le ministre de l’Agriculture, Pacôme Kossy, actuellement en visite de terrain, plaide pour une réflexion élargie associant scientifiques et experts, afin de concilier la protection des cultures agro-industrielles avec le respect des réglementations nationales et internationales encadrant la préservation de l’éléphant, une espèce protégée. Selon le ministre, c’est justement cette protection qui aurait favorisé une surpopulation de pachydermes dans certaines régions, un phénomène qui touche désormais l’ensemble des planteurs, grandes entreprises comme exploitations familiales.

    Cette situation illustre une tension croissante à l’échelle de l’Afrique centrale, où la cohabitation entre conservation de la biodiversité et développement des filières agro-industrielles devient un enjeu stratégique. Pour des pays comme le Gabon, dont l’économie agricole reste largement tributaire de l’huile de palme et du caoutchouc, la recherche d’un équilibre entre productivité, emploi rural et préservation de la faune s’annonce comme un défi de gouvernance majeur pour les années à venir.