Le Sénégal prévoit de suspendre à nouveau ses importations de sucre à partir de novembre 2026, pour une durée de huit à neuf mois. Annoncée le 17 octobre par le ministère de l’Industrie et du Commerce, cette décision vise à favoriser l’écoulement de la production de la Compagnie sucrière sénégalaise (CSS), dans un marché où la consommation nationale demeure supérieure aux capacités de production locales.
La période de suspension sera ajustée en fonction de la disponibilité du sucre produit au Sénégal et des besoins du marché. Le ministère prévoit notamment de mettre fin à la délivrance des Déclarations d’importation de produits alimentaires (DIPA) pour le sucre dès la reprise effective des activités industrielles de la CSS. Les autorités entendent ainsi réserver une plus grande part du marché intérieur à l’entreprise, tout en maintenant un dispositif de surveillance de l’approvisionnement et des prix.
La mesure intervient trois mois après la réouverture des importations, autorisée le 15 juillet 2026 pour prévenir les tensions d’approvisionnement, notamment à l’approche des grandes fêtes religieuses. À cette date, le gouvernement avait justifié sa décision par la diminution des stocks de la CSS et la nécessité de compléter l’offre nationale. Aucune nouvelle autorisation d’importation n’avait été accordée depuis le 15 décembre 2025, selon le communiqué ministériel de juillet.
Le marché sénégalais du sucre présente en effet un déséquilibre structurel entre production et consommation. Les besoins nationaux sont évalués par le ministère à environ 25 000 tonnes par mois, soit près de 300 000 tonnes par an. La CSS, installée à Richard-Toll, dans le nord du pays, a produit 140 653 tonnes de sucre durant la campagne 2025-2026, selon le bilan présenté en juin. Cette quantité dépasse de quelque 1 200 tonnes son objectif initial, mais représente moins de la moitié de la consommation annuelle estimée.
L’entreprise poursuit parallèlement ses investissements industriels pour augmenter ses capacités. Une nouvelle chaudière d’une capacité de 180 tonnes de vapeur par heure doit accompagner la prochaine campagne, tandis qu’une nouvelle ligne de diffusion vise à porter le traitement journalier de canne à sucre de 8 000 à 9 000 tonnes actuellement à plus de 12 000 tonnes. Ces équipements s’inscrivent dans la stratégie d’augmentation de la production nationale engagée par la CSS.
Au moment de l’annonce du 17 octobre, les stocks de l’entreprise étaient évalués à environ 30 000 tonnes. Le gouvernement rappelle également l’obligation de maintenir un stock de sécurité correspondant à un mois de consommation nationale. La CSS a elle-même obtenu des autorisations d’importation pour compléter ses disponibilités, illustrant le recours aux approvisionnements extérieurs dans la régulation du marché.
La question des prix demeure également importante. Le ministère reconnaît que le sucre importé est actuellement moins cher que le sucre produit localement, un différentiel qui complique la transition entre les deux sources d’approvisionnement. Les autorités assurent vouloir soutenir l’industrie nationale tout en préservant le pouvoir d’achat des consommateurs.
La nouvelle suspension doit entrer en vigueur avec la reprise des activités de production de la CSS en novembre. Le calendrier annoncé devrait ainsi couvrir l’essentiel de la prochaine campagne sucrière, avant une éventuelle réouverture des importations en fonction des stocks et des besoins de consommation.

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